Facebook étend Messenger Lite à 150 marchés, une menace pour la version classique ?

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le vendredi 28 avril 2017 à 14:00
Vincent Hermann

Facebook vient de donner un gros coup d’accélérateur à son application Messenger Lite pour Android. Elle s’ouvre à 150 nouveaux pays, permettant de récupérer une version beaucoup plus légère du service. Elle pose la question de l’utilité réelle de la version classique.

Messenger Lite existe depuis octobre dernier. Initialement, elle ne concernait que quelques pays : Kenya, Malaisie, Sri Lanka, Tunisie et Venezuela. L’idée était très simple, à savoir proposer une version très légère de l’application pour des secteurs où le moindre mégaoctet consommé peut faire la différence, soit parce que les forfaits data sont peu élevés, soit parce que les réseaux mobiles sont moins développés qu’ailleurs. Voire un mélange des deux.

Mais alors que l’on pensait que cette mouture serait réservée aux pays émergents, Facebook a pris la décision le mois dernier d’aller flirter avec des marchés mobiles matures. Le 22 mars, l’application est ainsi devenue disponible en Afrique du Sud, Argentine, Australie, Égypte, France, Pakistan et Thaïlande.

Avec l’arrivée dans 150 nouveaux pays, la disponibilité est donc maintenant quasi générale.

Une différence radicale de poids

Facebook n’étant pas spécialement connu pour la légèreté de ses applications, certains se demandent sans doute ce que l’éditeur entend par « Lite ». L’appellation n’est pas usurpée : à peine 3,87 Mo de téléchargement.

La taille une fois installée dépendra de l’appareil utilisé, les ressources graphiques notamment prenant plus de place sur des modèles à plus grand écran. À titre indicatif, Messenger Lite pèse ainsi 6,35 Mo sur un Moto G de première génération, et 13,68 Mo sur un Galaxy S6.

Pour bien marque la différence avec le Messenger classique, il suffit d’observer les tailles d’installation sur les mêmes appareils, respectivement 53,21 et 169 Mo. La seconde témoigne d’ailleurs bien davantage de ce que les utilisateurs verront sur des smartphones récents, le grand écran étant devenu une « norme ».

Des fonctionnalités en moins… tant mieux ?

Comme on s’en doute, Messenger Lite n’embarque pas les mêmes fonctionnalités que l’application classique. Pour autant, est-ce réellement un problème ? On y retrouve la liste des contacts, les échanges de messages, les envois de photos, les emojis ou encore les échanges de liens. En d’autres termes, tout ce qui constitue le cœur du service et qui suffit à bon nombre d’utilisateurs.

C’est ici que vient se poser la question : dans quelle mesure les adeptes de Messenger ont besoin de ces fonctionnalités qui sont constamment ajoutées au service ? On pense aux petits jeux, aux bots, aux appels audio et vidéo ou autres. Avec la disponibilité de cette version Lite, certains risquent de se demander s’il ne serait pas plus simple de basculer sur une mouture nettement plus économe. Sur la fiche de l'application, de nombreuses remarques vont en ce sens.

« Small is beautiful »

La généralisation de Messenger Lite pose en fait la question d’une dérive des deux applications phares de Facebook, à savoir le client classique pour le réseau social, et Messenger. Une question qui se pose d’autant plus que la société impose l’utilisation de Messenger pour accéder, justement, à la messagerie.

Cette fonctionnalité était intégrée précédemment dans la première, et on se souvient que nombreux ont été les utilisateurs à se plaindre de cette coupure. Facebook a cependant de grandes ambitions pour son Messenger, comme la conférence F8 l’a encore montré récemment : toujours plus de bots et de fonctionnalités périphériques, afin de transformer le service en plateforme incontournable de communication.

Mais sur Android, les utilisateurs ont désormais le choix. Plutôt que d’utiliser un Messenger qui s’alourdit constamment et ne permet pas de contrôler véritablement l’interface – qui essaye sans cesse de remettre les favoris, contacts en ligne, jeux et Stories dans l’écran principal – ils pourraient se diriger vers une application qui ne pèse que quelques Mo et fait l’essentiel du travail.

À vrai dire, on ne comprend pas bien la logique de Facebook dans sa généralisation de Messenger Lite. Dans des marchés qui n’ont plus rien à prouver sur les réseaux mobiles, le succès de l’application pourrait remettre en question celle d’origine. Et si Messenger devait se retrouver moins utilisé que sa version Lite, Facebook aurait du mal à réussir son pari d’universalité.

De gros progrès à faire sur le poids des applications

Facebook n’est pas la seule entreprise concernée par un souci de taille sur ses applications. Elle est toutefois emblématique de cette inflation continuelle, qu’on retrouve notamment chez les grosses structures ayant des contraintes de développement multiplateforme.

La présence de Messenger Lite sur Android souligne d’ailleurs son absence sur iOS. Or, c’est sur le système mobile d’Apple que les applications de Facebook sont les plus lourdes : 160 Mo pour Messenger et 230 Mo pour Facebook. On a bien du mal à comprendre ce qui peut nécessiter tant de place pour accéder à une messagerie et à un réseau social. D’autant que ces poids lourds obligent sur iOS à disposer d’une connexion Wi-Fi, le système bloquant les téléchargements de plus de 100 Mo. Une limitation anachronique avec les forfaits actuels, d’autant que le même iOS laisse passer les mises à jour.

On ne peut donc qu’espérer que Facebook tirera les leçons d’un éventuel succès de Messenger Lite. Une sérieuse cure d’amaigrissement serait salutaire pour ses applications classiques. Après tout, ce n’est pas parce que le stockage des smartphones augmente et que les réseaux deviennent plus rapides qu’il faut proposer un client dont les mises à jour dépassent parfois 350 Mo.


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