« Fake news » : Jimmy Wales veut financer Wikitribune, un média en ligne collaboratif

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Crédits : Wikitribune
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Guénaël Pépin

Le cofondateur de Wikipédia lance le financement d'un nouveau projet, Wikitribune, censé lutter contre la désinformation en ligne en impliquant les internautes. Le tout doit se baser sur un mélange de traitement journalistique professionnel et de sources éditables par tous.

Après le partage de la connaissance, Jimmy Wales se lance dans le combat contre les fake news. Le cofondateur de Wikipédia a mis en ligne la campagne de financement participatif pour Wikitribune, un futur média en ligne censé fournir une réponse à la désinformation, via « un journalisme fondé sur les preuves ». Le tout doit s'appuyer sur trois piliers : les faits, les journalistes et la communauté, sans lien avec Wikipédia.

« Nous développons un outil vivant qui présente des informations justes avec de vraies preuves, que vous puissiez vous faire votre idée avec confiance » écrit Wales, qui aborde le journalisme avec une approche encyclopédique. L'idée semble être que les faits existent en eux-mêmes, au-delà de toute interprétation, même si Wales réfute l'idée qu'il existe « des faits neutres » au Guardian.

Pour y arriver, il prévoit d'embaucher dix journalistes, pour un montant indéfini. Le site propose de soutenir l'initiative de manière mensuelle ou annuelle, avec des paliers à 5, 10 ou 15 dollars, même si la somme reste libre. Cette contribution volontaire ne doit pas donner de droit supplémentaire aux internautes, l'ensemble des contenus produits devant être en accès libre et chacun pouvant éditer les sources des articles.

« Transparence » et absence de publicité

Le site compte donc entièrement sur le volontariat des internautes pour vivre, notamment éditorialement. Les journalistes et les internautes doivent ainsi coécrire les articles, affirme Wales au Guardian. Parmi les sujets prévus figurent la politique américaine et britannique, ainsi que des domaines spécifiques comme les sciences et les technologies, avec des journalistes spécialisés.

Les rédacteurs devront publier l'ensemble de leurs travaux, y compris les transcriptions intégrales, les fichiers audio et vidéos de leurs entretiens. Une approche qu'il faudra éprouver, tant le « off » est devenu habituel dans certains domaines, y compris la politique.

Aucune publicité ne doit être affichée, avant tout pour éviter la recherche de l'audience à tout prix, qui serait l'un des facteurs de la désinformation en ligne selon Jimmy Wales. Cette quête de la page vue est portée par les réseaux sociaux, accuse Wales, pour qui ces derniers sont « conçus pour nous dire ce que nous voulons entendre ». Les contenus doivent être publiés en Creative Commons.

Pour le moment, le site affiche plus de 6 500 soutiens, à montant libre, et affirme disposer des moyens d'embaucher trois journalistes sur les dix prévus. Ni le site, ni la foire aux questions n'indiquent les montants collecté et visé, un point dommage alors que le service mise beaucoup sur la transparence. À terme, il devrait néanmoins publier des comptes détaillés. Si la campagne réussit, Wales prévoit d'embaucher les premiers journalistes avant l'élection britannique du 8 juin. Si elle échoue, les contributeurs seront remboursés, des frais de gestion étant tout de même déduits.

Une approche « radicale »

En plus de Wales, le site est conseillé par le vétéran des technologies Guy Kawasaki, le professeur de journalisme Jeff Jarvis et par Lily Cole, la fondatrice d'Impossible.com (qui conçoit Wikitribune). Si le projet se veut « radical », l'analyse doit être bien plus nuancée, comme l'affirme le fondateur dans une tribune. Les fake news sont un problème largement répandu aujourd'hui, mais pas nouveau.

« Si les fausses actualités ne sont pas nouvelles, leur transmission a changé. Les flux des réseaux sociaux, les vidéos truquées et les messageries instantanées ont largement remplacé les emails comme véhicules pour les mauvaises informations » estime-t-il. Il faut donc combattre le feu par le feu en apportant des informations vérifiées, avec l'approche contributive propre aux wikis.

Wales retient d'ailleurs de Wikipédia que, si l'outil n'est jamais parfait, il permet d'avoir une idée claire des informations existantes. Il ne s'attend d'ailleurs pas à un effet immédiat, Wikitribune devant modérer les positions des internautes, très polarisés, dans le temps.

Les défis du rassemblement et de la visibilité

Il faudra que dans un paysage politique de plus en plus polarisé, notamment en ligne, les internautes collaborent assez pour répondre aux « fausses nouvelles ». Un défi important, surtout au moment où ce sont les internautes eux-mêmes qui diffusent des informations erronées, pour partie produites pour engranger des revenus publicitaires.

Wikitribune devra aussi se faire une place en tant que média, alors que Facebook et Google se rapprochent des éditeurs de presse traditionnels, notamment en les finançant. Ces derniers mois, Facebook a multiplié les initiatives pour séduire la presse, au point de bientôt rémunérer des médias français pour leur prestation sur son outil de vérification de faits (voir notre analyse). Google, lui, a décidé de recentrer ses résultats sur les sources « d'autorité », au détriment des sources douteuses, sur les 0,25 % de requêtes qui seraient touchées.


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