Un chauffeur Lyft attaque Uber pour concurrence déloyale et violation de la vie privée

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Crédits : Uber
Justice
Kevin Hottot

Un chauffeur Lyft vient de lancer une class action contre Uber. Celle-ci s'appuie sur les récentes révélations autour de « Hell », un logiciel interne d'Uber capable de détecter les conducteurs travaillant à la fois pour lui et son concurrent Lyft.

Depuis quelques années, Lyft et Uber, les deux principaux acteurs du marché des VTC aux États-Unis, se livrent une bataille sans merci afin de prendre le dessus sur l'autre. Une bataille qui, pour l'un comme pour l'autre, se fait sur fond d'importantes pertes, compensées par de généreux investisseurs qui renflouent les deux bateaux à grands renforts de milliards. Respectivement, Lyft et Uber ont ainsi collecté 2,6 et 8,8 milliards de dollars lors de leurs différents tours de table.

Ces fonds ne permettent pas seulement aux deux entreprises de mener leurs activités quotidiennes, mais également de financer leurs recherches dans le domaine des véhicules autonomes. L'une et l'autre espèrent pouvoir un jour ne plus avoir à gérer de chauffeurs, mais seulement une armada de voitures sans pilote, transportant automatiquement les clients où bon leur semble.

En septembre dernier, John Zimmer, co-fondateur de Lyft affirmait ainsi à Bloomberg que la majorité des courses gérées par son entreprise le seront avec des véhicules autonomes d'ici cinq ans. Et déjà, des expérimentations ont lieu, aussi bien chez Lyft, que chez Uber. En attendant, les chauffeurs sont toujours là, et ils sont même le nerf de la guerre entre les deux services.

Hell, l'arme secrète d'Uber pour entraver Lyft

Uber a fait un calcul simple. Plus l'entreprise dispose de chauffeurs dans un secteur donné, plus elle a de chances de capter des courses et donc de collecter sa commission sur un plus grand nombre de trajets facturés. Sa stratégie est donc simple : attirer le plus grand nombre de conducteurs possible, quitte à aller piocher dans le vivier de la concurrence.

Les chauffeurs n'étant pas salariés et que de simples sous-traitants individuels, les débaucher est aisé. Pas besoin de rompre des contrats, de payer des bonus ou d'embaucher des avocats, il suffit de leur proposer davantage de courses que le concurrent d'en face, et les chauffeurs viennent naturellement là où les conditions sont les plus favorables.

Il y a deux semaines, le site The Information a publié un épais article concernant « Hell », un logiciel conçu par Uber dans le but de suivre à la fois ses chauffeurs et ceux travaillant pour Lyft. L'idée derrière cette application maison est de parvenir à détecter les chauffeurs travaillant pour les deux sociétés, ce afin de leur transmettre des courses.

Un conducteur inscrit sur les deux plateformes pouvait alors voir qu'Uber lui fournissait davantage de missions et donc de revenus, et pouvait alors être tenté de ne travailler exclusivement pour lui. Pareillement, tant que ce chauffeur effectue des missions Uber, il n'est pas disponible pour Lyft qui pouvait se trouver en pénurie de chauffeurs à certains moments. Les clients voyant que le temps d'attente sur cette plateforme était élevé pouvaient alors être tentés d'essayer l'autre en espérant trouver un carrosse plus vite.

Un chauffeur Lyft se rebelle

Michael Gonzales, un chauffeur travaillant pour Lyft a décidé d'amener le cas devant les tribunaux californiens. Pas seulement pour traiter son cas, mais aussi celui de tout autre sous-traitant de l'entreprise qui se serait senti lésé par cette pratique d'Uber. Une class action a donc été ouverte.

Le chauffeur y explique en s'appuyant sur l'article de The Information qu'une équipe de développeurs d'Uber s'est rendue compte d'une vulnérabilité dans le système informatique de Lyft, qui lui a permis d'obtenir des informations sur les chauffeurs présents dans certaines zones. Ces données comprennent notamment leur localisation, leur identifiant unique et leurs habitudes. Uber pouvait ainsi donner prioritairement des courses aux chauffeurs connectés à la fois chez eux et chez Lyft. Un point que l'entreprise dément formellement pour le moment.  

Le programme aurait été utilisé entre 2014 et 2016, à un moment où Lyft tentait de s'installer dans davantage de villes américaines, étendant son empreinte de 20 à 65 communes. Selon la plainte, sur cette période, 315 000 personnes ont réalisé des courses pour le compte de Lyft, dont environ 60 % auraient aussi conduit pour Uber.

Concurrence déloyale et autres réjouissances

Au total, la plainte déroule quatre chefs d'accusation. Le premier concerne l'interception de communications électroniques. Uber est ici soupçonnée d'avoir collecté et utilisé intentionnellement des informations qui ne lui étaient pas destinées, par le biais d'un système d'interception de données.

Deux chefs d'accusation concernent des violations de la vie privée. L'un concerne une loi californienne (le California Invasion of Privacy Act de 1967), le second s'appuie sur la loi fédérale. Dans les deux cas, le plaignant et ses avocats estiment qu'Uber a fait usage d'informations sur la vie privée des chauffeurs (leurs liens avec Lyft et leurs habitudes de travail) pour interférer avec leurs habitudes.

Enfin, Michael Gonzales met en avant que les agissements d'Uber avec Hell violent la loi californienne sur la concurrence déloyale. Selon lui, Lyft n'était pas en mesure d'obtenir conventionnellement les mêmes informations sur les chauffeurs Uber, alors que son concurrent aurait fait usage de moyens illégaux. 

Le tribunal du district Nord de Californie est chargé de cette affaire, qui ne devrait pas se démêler avant de longs mois. Pour l'heure, Lyft et Uber se refusent à tout commentaire sur cette procédure. 


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