Patch et colère autour d’un Windows 7 figé sur des machines Kaby Lake ou Ryzen

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Crédits : ALLVISIONN/iStock
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Vincent Hermann

Un développeur a créé un patch non officiel pour rendre à Windows 7 sa capacité à recevoir les mises à jour si la machine contient un processeur Kaby Lake ou Ryzen. Cette solution tierce a ses limites, mais elle montre surtout que les décisions de Microsoft en la matière ont été mal reçues.

Il y a deux semaines, nous abordions une bascule redoutée par certains utilisateurs. Avec le Patch Tuesday d’avril, Microsoft a en effet activé le blocage des mises à jour pour Windows 7 et 8.1 si ces systèmes sont présents sur des machines contenant un processeur très récent, Kaby Lake ou Ryzen.

Ce blocage avait été annoncé en janvier 2016, l’éditeur espérant certainement pouvoir brandir la pancarte du « nous vous l’avions bien dit ». On pouvait évidemment se douter que ce blocage provoquerait la colère des utilisateurs concernés et l’incompréhension des autres. Car si la décision peut sembler logique pour Windows 7, elle l’est beaucoup moins pour Windows 8.1, toujours en support mainstream.

Pour le premier, une « solution » existe néanmoins. Et même s’il nous parait difficile de la recommander en l’état, elle montre les tensions créées par les choix de Microsoft.

Un patch non officiel et open source

Un développeur connu uniquement sous le pseudonyme de « Zeffy » propose depuis quelques jours un petit patch permettant de rouvrir Windows Update s’il a été bloqué suite aux dernières mises à jour.

Pour le réaliser, il a commencé par récupérer le package de mise à jour distribué par Windows Update. Il l’a décompressé et est allé fouiller dans les milliers de fichiers pour déterminer ce qui pouvait bien activer le blocage. Via PowerShell, il a pu filtrer la liste pour ne garder que 14 fichiers. En les comparant avec ceux présents sur son système, il a fini par trouver le fautif : wuaueng.dll.

En modifiant cette bibliothèque, et en lui remettant une valeur bien particulière à son état pré-Patch Tuesday, Windows Update est redevenu capable d’appliquer les mises à jour. Une mesure que certains trouveront particulièrement salvatrice, car Microsoft n’a pas fait dans la dentelle : même les correctifs de sécurité sont bloqués.

Les limites de cette solution

Pour le développeur, le principal problème de son patch est qu’il s’appuie entièrement sur cette bibliothèque, wuaueng.dll. Si une action devait la mettre à jour ou restaurer sa version d’origine, le problème se manifesterait à nouveau.

Or, il est probable que le patch de Zeffy soit à appliquer chaque mois. La DLL est estampillée Windows et sera donc analysée par le moindre scan SFC déclenché. Son intégrité sera jugée comme compromise et le système remettra une version « conforme ».

Si aucun scan d’intégrité n’est lancé, c’est de Windows Update que viendra le souci. Zeffy indique en effet que le fichier a de fortes chances d’être régulièrement à jour. Chaque nouvelle version contiendra le même code de blocage, qu’il faudra ainsi modifier systématiquement.

Évidemment, comme toute solution tierce trafiquant les fichiers du système, il nous parait difficile de recommander une telle procédure. Chacun pèsera donc le pour et le contre s’il est touché par le problème, même si le code est disponible en GPL 3.0 sur GitHub. L’utilisateur sous Windows 7 et ayant un processeur Kaby Lake ou Ryzen ne peut l’être que par choix, mais ce n’est pas pour autant qu’il peut comprendre ce que font ces fichiers, surtout s’il faut récupérer une nouvelle version tous les mois.

Par ailleurs – et c’est un élément capital – les mises à jour n’auront pas été testées pour ces systèmes. Elles peuvent donc mal fonctionner, et il n’y aura aucun support technique en cas de soucis.

Indicateur de l’incompréhension ambiante

Microsoft a beau avoir expliqué ses raisons, elles sont pour beaucoup assez bancales. Les explications techniques étaient pourtant simples : les dernières générations de processeur changent drastiquement la manière de gérer certains éléments, notamment l’énergie. Une déclaration qui se tient, et après tout Windows 7 ne gère pas non plus nativement l’USB 3.0 ou le NVMe.

Il y a cependant une différence avec le cas présent : les constructeurs peuvent fournir des pilotes. Pour les processeurs, le support est assuré par Windows, avec l’aide d’Intel et AMD. Mais si l’on en croit le premier billet de Microsoft sur le sujet l’année dernière, tout laisse à penser que les deux entreprises souhaitaient se concentrer sur Windows 10 pour se simplifier la vie. Il y a donc peu de chances pour qu’elles proposent des pilotes spécifiques sur Windows 7 et 8.1. Ils auraient de toute façon déjà été annoncés.

C’est ce qui pousse Zeffy à parler de « doigt d’honneur géant » à tous ceux qui n’ont pas envie de migrer vers le dernier Windows, qu’il n’apprécie pas. Une colère qu’on retrouve dans un cas de figure très simple : un passionné d’informatique, qui dispose de sa licence Windows 7 ou 8.1 depuis des années et qui continue à changer des pièces dans sa machine.

On pourrait rétorquer que ces personnes auraient pu profiter de la première année de commercialisation de Windows 10, quand la licence de mise à jour était gratuite. Certes, mais ce processus liait la licence à la machine, passant à un modèle proche de l’OEM. C’est tout « l’avantage » des versions boîtes, qui sont réutilisables si le PC vient à changer.

Quoi qu’il en soit, et si vous décidez de tenter l’aventure avec le patch, il est conseillé au minimum de créer un point de restauration dans le système. Si la situation devait déraper, vous auriez ainsi une solution de secours.


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