Après un an d'activité, Liberapay veut être l'alternative libre pour les dons récurrents

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le jeudi 13 avril 2017 à 16:50
Guénaël Pépin

Alors que Flattr est désormais dans les mains d'Eyeo et que les plateformes comme Patreon s'installent dans le paysage, le libre peine encore à trouver des moyens de se financer. C'est ce que propose Liberapay, une plateforme lancée il y a un peu plus d'un an, qui vise à s'étendre au-delà des frontières françaises et européennes.

Début avril, la société derrière Adblock Plus, Eyeo, avalait le service de paiement Flattr. Un changement de philosophie pour l'outil cofondé par Peter Sunde (The Pirate Bay), qui propose des micropaiements pour les contenus appréciés sur le Net, en répartissant une cagnotte mensuelle. En mai 2016, les deux sociétés s'étaient déjà rapprochées pour lancer Flattr Plus, dont le but est de coupler le bâton (le blocage de publicité) avec une carotte (la rémunération des contenus).

Si ce modèle de paiement à l'acte semble avoir peu d'adeptes, il a contribué à habituer les internautes à un modèle proche : le paiement récurrent d'une production via des plateformes comme Patreon et Tipeee, très appréciés des créateurs, notamment de podcasts (voir notre dossier). Parmi ces plateformes figure Liberapay, un service open source français qui a fêté son premier anniversaire en février. Ses travaux ont quant à eux débuté en mars 2015.

« Il a été créé suite aux difficultés et au changement de cap de son prédécesseur [américain] Gratipay (précédemment Gittip) » nous explique Charly Coste, son cofondateur, dans un entretien par email. En 2015, le service a commencé à refuser les dons aux particuliers, après plusieurs bannissements de comptes.

Liberapay partage une partie de son code avec le service américain, dont il reprend la philosophie première, à savoir financer durablement des projets libres et des biens communs. Si elle finance moins de 1 700 euros par mois aujourd'hui, elle travaille à son développement, notamment à l'étranger.

Un Patreon libre à but non-lucratif

Dans les faits, le service est une association française, qui n'intervient que sur les aspects légaux. Les documents sont d'ailleurs disponibles sur GitHub. L'équipe se dit ouverte à tous les projets, partout dans le monde, « même si c'est en France et en Europe qu'il fonctionne le mieux pour le moment, car notre opérateur de paiement est franco-européen ».

L'outil sert surtout aujourd'hui à financer des blogueurs, des logiciels libres (Liberapay nous cite Weblate), des projets liés aux communs et « depuis la semaine dernière », des administrateurs d'instances du réseau Mastodon, comme Alda et Val. Des associations comme Nos Oignons (gérant des nœuds Tor) y ont aussi migré. Les sommes dépassent rarement les quelques (dizaines) d'euros par semaine.

Sur le modèle de Gratipay, le service lui-même n'impose pas de commission, sinon celles prélevées par les prestataires tiers (dont de paiement). Il est pour le moment possible de passer par les cartes et le virement bancaire, le prélèvement devant arriver par la suite ; PayPal, lui, n'est pas dans les cartons.

Liberapay se finance donc comme les autres projets qu'elle héberge, via une cagnotte dédiée, gagnant pour le moment 19 euros par semaine. Le service compte 919 utilisateurs, qui financent en moyenne deux personnes, pour 1,37 euro chacun.

Quel intérêt, donc, à cette plateforme de dons face aux Patreon ou Tipeee ? « Pour un collectif sans structure légale, Liberapay a une fonction de répartition des revenus qui n'existe sur aucune autre plateforme, tandis que pour un individu ou une association, l'avantage est pour l'instant principalement éthique » détaille Charly Coste.

Ouvrir les frontières du financement libre

Contrairement à d'autres plateformes, Liberapay essaie de ne pas se limiter pas à une interface de paiement. Le service s'est enrichi au fil des mois, par exemple en connectant des comptes tiers (type Gitlab). « Pour que le financement par dons récurrents se développe, nous devons faire en sorte que les projets soient rapidement portés à l'attention des donateurs potentiels, et que ces derniers puissent les financer facilement » résume Coste.

D'autres fonctions doivent arriver dans les prochains mois, comme un système de paiement de notes de frais pour associations. Un montant global de dons, des objectifs de financement multiples ou encore des conditions d'utilisation améliorées sont aussi au programme. Cela en plus du support d'autres monnaies que l'euro.

Parce que l'idée est bien de dépasser les frontières françaises et européennes, la majeure partie de la vingtaine de personnes contribuant au service étant des traducteurs. Pour le moment, le site est disponible en anglais, français, allemand, espagnol, esperanto, italien, néerlandais et portugais. Chaque utilisateur peut d'ailleurs publier ses textes en plusieurs langues. « L'internationalisation est prise très au sérieux » soutient Charly Coste.

L'avenir incertain de Flattr

Dans l'autre sens, Flattr continue « sa perdition » aux yeux du cofondateur de Liberapay. Son rachat par l'éditeur d'Adblock Plus finirait de le confirmer. « Pour nous Flattr est obsolète, c'est une entreprise opaque qui prend une grosse commission sur tous les transferts » lance-t-il, voyant son usage décroître.

« Le modèle Flattr n'a jamais vraiment été un succès il me semble, contrairement à d'autres plateformes » comme Patreon, qui permettent à des créateurs de vivre, avance-t-il encore.

Coste estime tout de même que Flattr Plus, qui permet d'automatiser la rémunération des créateurs, est une voie à suivre. « Plus il sera simple et rapide de faire des dons plus ceux-ci augmenteront (probablement). C'est un concept intéressant, mais pas si une seule entreprise comme Eyeo contrôle le marché » pondère-t-il.

Un équilibre à trouver pour Liberapay

Charly Coste est, pour l'instant, le principal développeur du service. « Personne n'en vit pour le moment, nous n'avons pas encore réussi à nous faire connaître et à convaincre suffisamment pour cela » nous répond-il, espérant pouvoir à terme « rémunérer à sa juste valeur » l'énorme travail de traduction des autres contributeurs.

Il reste donc que Liberapay ne fait transiter que 1 700 euros de dons par mois. « Oui, c'est peu, mais il n'a été lancé qu'il y a un peu plus d'un an, et n'a pas de capital pour financer son développement. Malgré cela le nombre d'utilisateurs augmente doucement mais sûrement depuis le début et le service s'améliore petit à petit, devenant progressivement plus utile et convaincant » détaille encore son cofondateur.

Au-delà du système de notes de frais pour associations et des améliorations du paiement, d'autres chantiers sont en cours, comme la gestion de newsletters et une amélioration de l'interface utilisateur. Les promesses de dons pourraient aussi s'effectuer avec une simple adresse email à l'avenir, et non plus en passant par un compte tiers (comme Facebook, GitHub ou Twitter).

« Ce que j'espère pour Liberapay c'est que le projet atteigne son objectif : permettre un meilleur financement du libre, pas seulement les logiciels mais aussi l'art et tout le reste. J'espère aussi que le public va reconnaître le travail gigantesque que représente un projet comme Liberapay et soutenir davantage son développement » conclut son cocréateur. Les prochaines évolutions devraient être détaillées lors d'une conférence aux Rencontres mondiales du logiciel libre (RMLL) à Saint Étienne, début juillet. 


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