Windows Vista : vie et mort d'un système mal aimé

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le mercredi 12 avril 2017 à 17:15
Vincent Hermann

Avec la dernière série de mises à jour de sécurité publiée hier soir par Microsoft, Vista s’en est allé. Le système n’est plus entretenu, signifiant un danger croissant à l’utiliser désormais. Retour sur un Windows peu apprécié, et qui a pourtant modifié profondément ses bases.

Lorsque Vista est sorti en 2007, il était attendu. Le contexte était alors très particulier, avec un Windows XP en place depuis six ans. Jamais Microsoft n’avait pris autant de retard pour lancer une nouvelle version de son système, et les défis à relever étaient immenses. Mais pour beaucoup, Vista a été un choc, notamment à cause de la puissance réclamée.

Une genèse complexe

Il existait un écart très important entre les deux produits, entre autres à cause de plusieurs retards intervenus dans le développement. Deux éléments ont joué. D’une part, la nécessité absolue de se pencher sur un Service Pack 2 pour Windows XP qui irait beaucoup plus loin qu’une simple collection de correctifs. Le système était attaqué de toute part et il fallait impérativement en renforcer les défenses.

D’autre part, le projet Longhorn – nom de code de Vista initialement – a fini par être jugé trop ambitieux par Microsoft, notamment sur des technologies comme WinFS, un nouveau système de fichiers qui a finalement été « abandonné » en cours de route. Pour la petite histoire, même s’il n’est pas sorti en tant que tel, ses technologies ont été reprises et intégrées en partie dans NTFS, ainsi que dans SQL Server.

Le choc de la consommation des ressources

Résultat, les utilisateurs habitués à Windows XP et plus particulièrement à sa consommation plus que maîtrisée des ressources ont eu un choc avec Vista. Le système avait été conçu pour des machines beaucoup plus récentes, et les configurations moyennes ont eu du mal avec le nouveau produit dans les premiers temps.

Le problème tenait essentiellement à sa consommation de ressources, beaucoup plus importante que son prédécesseur. Microsoft avait décidé de s’appuyer sur la puissance des ordinateurs plus récents pour activer un plus grand nombre de services. Parmi ces derniers, se trouvait notamment l’indexation des fichiers, une fonctionnalité nouvelle sur Windows, qui a fait grincer bien des dents.

Cette indexation existait sur OS X depuis la mouture 10.4, avec Spotlight. Le système crée un index des fichiers présents afin de proposer des résultats très rapides de recherche quand l’utilisateur en a besoin. Cependant, la construction de l’index réclamait un bon moment, particulièrement sur Vista. Conséquence, en un temps où les SSD étaient encore peu répandus, le disque dur grattait de manière assez constante.

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L'UAC et ses fenêtres intempestives

Globalement, Vista était ressenti comme un système « lourd », à cause de sa consommation de mémoire vive supérieure, une activité très fréquente du disque dur, ainsi que certains choix ergonomiques qui provoquaient bien des froncements de sourcils. C’était particulièrement le cas de l’UAC, pour User Account Control, une fonctionnalité de sécurité qui demandait à l’utilisateur d’accepter des actions importantes, comme l’installation d’une application.

Dans la pratique cependant, l’UAC s’est révélé pénible d’emploi, surtout dans les premiers temps. Ses fenêtres incessantes agaçaient les utilisateurs, qui devaient confirmer de nombreuses actions. Une situation qui s’était largement améliorée avec l’arrivée du Service Pack 1, qui avait d’ailleurs calmé les critiques sur de nombreux points, sans pour autant les effacer.

Mémoire vive, un cas à part

On notera toutefois que le lancement de Vista a été en partie affecté par un mauvais calibrage des offres des constructeurs, qui respectaient à peine les prérequis techniques du système pour proposer de nouvelles configurations. En 2007, on pouvait ainsi trouver des ordinateurs embarquant seulement 256 Mo de RAM, alors que le minimum requis était normalement de 512 Mo. Microsoft avait cependant ouvert la porte à ce genre de pratique en révisant sa classification « Vista Ready », la rendant plus floue.

La consommation de mémoire vive de Vista a d’ailleurs été incomprise pendant longtemps, malgré les multiples explications de Microsoft à ce sujet. À compter de cette version, Windows prend en effet ses aises. S’il détecte que la mémoire libre reste abondante, il en alloue davantage aux processus actifs pour que le disque dur soit moins sollicité.

« Et pourtant, elle tourne »

Oui, et pourtant. Vista avait la difficile mission de relancer Windows sur des bases plus modernes. Le fait qu’il ait été peu apprécié, associé à une communication très peu maitrisée de Microsoft, en ferait presque oublier que même l’actuel Windows 10 lui doit beaucoup.

Vista a ainsi été le premier Windows à être disponible en 64 bits pour le grand public. Une telle variante de Windows XP existait bien, mais elle n’était proposée qu’aux entreprises, tout en n’étant guère poussée par Microsoft. Ce fut également le premier à apporter en partie une composition graphique de l’interface, avec des effets calculés par la carte graphique, via le fameux thème Aero, que l’on a retrouvé ensuite dans Windows 7. On notera également l’architecture de pilote WDDM, toujours en place aujourd’hui.

Vista a en outre apporté la gestion native de l’IPv6, PowerShell, le chiffrement de disque BitLocker, DirectX 10, Audio Session (permettant de communiquer avec les périphériques de son par sessions), PatchGuard (protection du cœur du système contre des modifications extérieures), SuperFetch (cache pour lancer les applications plus rapidement ensuite), une consommation réduite via une meilleure gestion des états des processeurs, ou encore Internet Explorer 7.

Notez que certaines technologies ont rapidement disparu, notamment à cause de la diffusion des SSD. SuperFetch était désactivé dans Windows 7 si un tel matériel était détecté, tout comme la défragmentation automatique et l’indexation. ReadyBoost, qui permet d’apporter un cache sous forme de mémoire flash via une clé USB, n’a jamais vraiment pris.

Vite oublié avec Windows 7

C’est peu de dire que le successeur de Vista était attendu. Avec une communication soigneusement distillée au compte-goutte, le responsable du développement, Steven Sinofsky, avait su créer une excitation palpable.

À ce jour en fait, Windows 7 est souvent considéré comme « le meilleur Windows » jamais publié par Microsoft, à l’exception pour les plus nostalgiques de Windows 2000 (et non pas Millenium). Pourtant, ce successeur s'appuyait en grande partie sur les améliorations de Vista et apportait un nombre beaucoup moins important de nouveautés.

Cela étant, la fin de support de Vista représente un problème beaucoup moins important que celle de Windows XP il y a déjà trois ans. Sa mauvaise réputation a largement freiné les migrations, qui se sont réellement débloquées avec Windows 7. La part de marché n’a pu péniblement grimper que jusqu’à 30 %, ce réservoir se vidant rapidement à partir de 2009 au profit du successeur. Aujourd’hui, la part de marché de Vista tourne aux alentours de 1 %.

Les conséquences pour les utilisateurs sont cependant les mêmes que pour XP : il faut impérativement passer à un système plus récent. Sans support technique, les failles trouvées ne recevront plus de correctifs et finiront invariablement par être exploitées par des malwares. Les antivirus peuvent compenser en partie, mais ils ne pourront rien faire en cas de faille sérieuse dans le système d’exploitation.

Il faudra donc qu’ils mettent à jour vers un Windows plus récent, une distribution Linux, voire changer de machine. Dans de nombreux cas en effet, les ordinateurs commercialisés avec Vista ont aujourd’hui entre huit et dix ans.


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