E-sport : Fnatic lève 7 millions de dollars, les propriétaires de l'AS Roma montent à bord

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le mardi 18 avril 2017 à 10:32
Kevin Hottot

Dans le petit monde de l'e-sport, l'argent continue d'affluer et il vient de plus en plus souvent d'acteurs du sport « traditionnel ». La célèbre équipe Fnatic vient ainsi de décrocher un investissement de 7 millions de dollars, injectés en partie par les propriétaires de l'AS Roma, un club de football de premier plan.

Il y a quelques années encore, quand des équipes d'amateurs commençaient à se structurer et à parler de la future professionnalisation de l'e-sport, ceux qui imaginaient que de grands clubs sportifs s'intéresseraient à leur hobby étaient vus comme de doux rêveurs. Pourtant c'est bien dans cette direction que le sport électronique semble tout droit se diriger. 

On se souviendra par exemple du rachat de Team Liquid en septembre dernier par un consortium composé notamment d'investisseurs liés à des franchises de NBA ou de NHL. Quelques jours plus tôt, c'étaient les équipes Apex et Dignitas qui étaient absorbées par le club des Philadelphia 76ers. Plus proche de nous, le Paris Saint-Germain signait un partenariat avec Webedia dans le but de développer sa propre équipe de e-sportifs, sur FIFA et League of Legends.

Fnatic cède aux sirènes des Boston Celtics

Les investissements de ce genre ont tendance à se multiplier, et les équipes qui n'ont pas encore cédé aux appels des grands clubs sportifs doivent souvent composer avec des moyens plus faibles que leurs concurrents. Si l'injection d'argent frais n'est pas une garantie de résultats, elle pose indirectement d'autres problèmes. La relégation directe des LCS de l'équipe de Schalke 04 en est un symbole fort. 

Romain Bigeard, le directeur général de l'équipe allemande Unicorns of Love nous avait d'ailleurs confirmé ce point lors d'un précédent entretien : « Forcément, quand un investisseur paye un à deux millions d'euros pour acheter son slot aux LCS à une équipe, qu'il vient avec une armée d'avocats, de comptables, de coachs, et un budget à sept chiffres, ça crée une certaine tension pendant le mercato ». 

Fnatic AS Roma
Crédits : Fnatic

C'est donc dans un contexte global de coûts galopants, et de revenus qui pour l'heure tardent à suivre la même courbe, que Fnatic a finalement choisi d'ouvrir une partie de son capital à plusieurs investisseurs extérieurs. L'équipe est ainsi parvenue à lever 7 millions de dollars, notamment auprès de Raptor Group, propriétaire des Boston Celtics et de l'AS Roma, ainsi que d'investisseurs individuels comme Hannes Wallin, l'actuel PDG du fabricant de boîtiers Fractal Design. 

Pour attirer les fonds, Fnatic pouvait compter sur son imposant palmarès construit au fil des ans sur plusieurs titres. Sur League of Legends par exemple, elle peut se vanter d'une victoire en 2011 lors du championnat du monde organisé par Riot Games. Une performance confirmée par deux participations aux demi-finales en 2013 et 2015 et cinq titres européens (LCS EU Spring 2013, Summer 2013, Spring 2014, Spring 2015, Summer 2015). Au-delà des performances sportives, sa diversification dans le matériel informatique avec sa marque Fnatic Gear est aussi un facteur d'attrait. 

Des liens privilégiés avec la Roma

Si le propriétaire de l'AS Roma vient d'entrer au capital de Fnatic, les liens de l'équipe avec le célèbre club italien ne sont pas complètement neufs. Les deux entités avaient déjà conclu un partenariat en février dernier autour du jeu FIFA 17, afin de monter une équipe compétitive portant le blason de la Roma, un peu à la façon de ce que l'on a pu voir en France entre le Paris Saint-Germain et Webedia. 

Ce contrat était déjà une première approche entre les deux clubs, dont les liens devraient se renforcer. Sam Mathews, le fondateur de Fnatic, nous confie « travailler sur de gros projets à Rome », ce grâce à « un investisseur qui va vraiment de l'avant » sur les sujets liés à l'e-sport. En filigrane, on comprend que d'autres équipes pourraient porter le blason des Giallorossi à l'avenir, même si cela semble n'être que des projets à plus long terme. 

Que faire avec 7 millions de dollars ?

Avec 7 millions de dollars en poche, un budget suffisant pour faire fonctionner une équipe niveau LCS sur League of Legends pendant quelques années, Fnatic ne compte pas faire de folies. Sam Mathews promeut en effet une approche prudente, et ne veut pas brûler ce cash dans des aspects sportifs, même si une partie de la somme reste provisionnée pour « renforcer le support et les installations pour les joueurs ».

« Nous sommes bien plus qu'une équipe, nous avons lancé Fnatic Gear en novembre 2015 après avoir racheté le fabricant Func », rappelle le fondateur. La marque en a profité pour se recentrer sur quelques produits, un casque, un clavier mécanique, deux souris et autant de tapis, en promettant aux joueurs du matériel convenable, sans aspects superflus à des tarifs plutôt contenus.

Le clavier mécanique maison rétroéclairé équipé de switchs Cherry MX se négocie ainsi à partir 79,99 euros, bien loin des tarifs affichés par les ténors du secteur. Ces produits sont vendus en ligne, mais aussi dans un concept-store londonien nommé Bunkr, que Sam Matthews aimerait bien voir se multiplier à l'avenir.

Fnatic Bunkr Boutique
Crédits : Fnatic

Cet argent doit donc notamment permettre le développement de nouveaux produits pour cette gamme, ainsi que pour d'autres secteurs comme l'habillement, afin d'aller plus loin que la simple vente de maillots et de casquettes arborant le logo de l'équipe. Fnatic compte également investir de nouveaux marchés, et la principale cible semble être la Chine et l'Asie de manière plus large, comme en témoigne l'accord récemment trouvé entre l'équipe et une agence chinoise, relevé en mars par Dotesports.

L'indépendance des équipes en question

Si certains observateurs ne voient pas nécessairement d'un très bon œil les lourds investissements consentis ces derniers mois dans le domaine du sport électronique par des acteurs du sport traditionnel, Fnatic accueille ce genre d'opportunité à bras ouverts. Sam Matthews affirme en effet que cela « permet de faire avancer l'e-sport à un rythme plus rapide », et que tout ceci n'a donc que du bon. 

« Nous avons maintenant bien plus de gens dans le domaine qui ont acquis une expérience dans l'e-sport et ont de meilleures connaissances de la gestion de marques sportives et médiatiques. Cela ne peut être qu'une bonne nouvelle, les choses vont bouger de plus en plus vite », s'exclame le fondateur de Fnatic.

Les autres équipes sont donc prévenues, de nombreuses opportunités devraient encore se présenter à l'ensemble du secteur, et ce sera à elles de parvenir à les saisir à temps, avant qu'il ne soit trop tard. 


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