Après SFR Distribution, la supervision du réseau Numericable en grève « illimitée »

« Pas d’impact significatif » selon SFR 24
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Crédits : DanielVilleneuve/iStock/Thinkstock
Téléphonie
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le lundi 10 avril 2017 à 17:35
Sébastien Gavois

La colère gronde chez des employés de SFR. Alors que le réseau de boutiques était en grève samedi 1er avril, la supervision du réseau de Numericable est en « grève illimitée et reconductible » depuis une semaine. En cause, la question de la rémunération qui revient sur le tapis dans les deux cas.

Depuis quelques mois, SFR subit de nombreux revers. L'opérateur a ainsi été condamné pour des retards sur le déploiement de la fibre et pour le sabordage d'Outremer Telecom. Il est aussi critiqué par certains pour son option SFR Presse et les plaintes des clients auprès de l'AFUTT ont explosé en 2016.

Du côté des employés, la situation n'est pas non plus au beau fixe avec des mouvements de grève chez SFR Distribution et la supervision du réseau Numericable. Dans le second cas, nous avons pu nous entretenir avec certains employés afin d'en savoir plus sur leurs revendications. De son côté, SFR nous affirme que cela n'aurait « pas d’impact significatif ».

Après une grève, SFR Distribution temporise en attendant un entretien

Le 1er avril était ainsi une journée de grève pour SFR distribution (le réseau de boutiques), à cause des conditions de travail et des salaires. Selon la CGT Fatp, cette journée a donné lieu à une mobilisation « sans précédent », l'organisation d'affirmer que « sur le territoire ce ne sont pas moins de 147 boutiques sont restées portes closes ».

Dans un communiqué commun publié la semaine dernière, plusieurs syndicats – CGT Fapt, CFDT, CFTC, UNSA et CFE-CGC –expliquent que « quand un outil ne marche pas, un vendeur ne peut pas vendre et quand il ne peut pas vendre, il ne génère pas de rémunération. Ce n’est pas aux vendeurs de subir financièrement les déboires informatiques ». 

Les syndicats veulent également que leur direction essaye de comprendre « ce qui se passe véritablement sur le terrain » et affirment qu'ils sont ouverts à la discussion :

Suite à un possible entretien entre des représentants et la direction des ressources humaines de l'opérateur, les syndicats ont demandé aux employés de « donner le maximum de chance à la discussion » et de « freiner leur initiative de reconduction de la grève ».

Nous avons tenté de joindre les différentes organisations qui ont signé ce communiqué, pour avoir des précisions sur l'avancement des discussions, sans aucune réponse pour le moment.

La supervision du réseau de Numericable en « grève illimitée et reconductible »

Aujourd'hui, nous apprenons qu'une autre branche de SFR est en grève : la supervision – NOC ou Network Operating Center – du réseau fixe de Numericable (FTTLA) à Saint Denis. Depuis le 4 avril, soit il y a quasiment une semaine, 25 employés seraient en « grève illimitée et reconductible ». Celle-ci n'est pas portée par une organisation syndicale, mais autogérée par les salariés.

Un employé de la marque au carré rouge, qui souhaite rester anonyme, nous explique que ce centre est en charge de surveiller – 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 – le réseau câble de l'opérateur (qui est également utilisé par Bouygues Telecom pour certaines offres en marque blanche) afin de détecter et remonter d'éventuels incidents pour qu'ils soient traités le plus rapidement possible.

« Quasiment pas de surveillance » pour l'un, « pas d'impact significatif » pour l'autre

Conséquence de cette grève, depuis une semaine il n'y aurait « quasiment pas de surveillance » nous indique notre contact, nous expliquant qu'en cas de panne cela pourrait évidemment être problématique pour les clients.

Une vision que ne partage pas vraiment SFR. En effet, un porte-parole de l'opérateur nous confirme bien qu'une grève est en cours, mais qu'elle « concerne quelques collaborateurs » de la supervision du réseau Numericable. Il ajoute que cela n'aurait « pas d’impact significatif » sur le fonctionnement des services.

Notez que les deux parties se rejoignent au moins sur un point : l'importance du centre de supervision du réseau. Sur son site, SFR le présente en effet comme étant « la clé de voûte de la qualité de service attendue par nos clients ». 

Grève à choix multiples : rémunération, reconnaissance, suppression de postes

Les causes de cette grève sont multiples, selon l'employé de SFR avec qui nous avons échangé : une « perte de rémunération », un « manque de reconnaissance » et de possibles suppressions de postes. Dans le premier cas, il s'agit d'une prime qui ne serait « pas calculée de la même manière » depuis le passage des employés de Numericable/Completel à SFR, avec des pertes qui seraient « significatives » pour certains d'entre eux.

Ce point de discorde n'est pas vraiment nouveau. En effet, en juillet 2016, une grève de 48h avait déjà eu lieu, afin de « prévenir » cette perte de salaire ; un point qui était alors contesté par la direction selon un tract (voir ci-dessous). En août, SFR aurait garanti une « non perte de rémunération », mais le couperet serait finalement tombé en février avec une décision différente, toujours selon les salariés mécontents. 

SFR supervision grève

Les grévistes demandent donc le « maintien de la rémunération » et auraient installé un piquet de grève sur le campus de SFR afin d'ouvrir les négociations. De son côté, la marque au carré rouge nous explique simplement que des « discussions sont en cours » sur cette question, sans plus de détail pour le moment.

Chaque jour depuis une semaine, cette grève des employés de SFR supervision serait prolongée avec un vote à l'unanimité durant une assemblée générale, nous déclare notre interlocuteur. Il ajoute que l'ambiance actuelle est plus à la reconduction du mouvement qu'à son arrêt.

Bientôt trois ans que Numericable a racheté SFR...

Quoi qu'il en soit, la situation de SFR risque de se compliquer encore un peu plus au cours des prochains mois. En effet, c'est en novembre 2014 que Numericable rachetait son concurrent, avec une garantie sur l'emploi de trois ans... qui arrivera bientôt à échéance.

Patrick Drahi a déjà annoncé la couleur : selon lui, SFR est en « sureffectif », ce qui fait donc craindre aux syndicats un « carnage » sur l'emploi (voir notre analyse). Pour rappel, SFR pourrait se séparer de 5 000 salariés d'ici 2019, ce qui sera l'occasion d'un échange musclé entre les équipes et la direction.


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