Gearbox s'en prend à G2A après avoir tenté d'y vendre un coffret collector de BulletStorm

L'heure n'est pas aux TotalBiscuit 64
Accès libre
image dediée
Jeux video
Kevin Hottot

G2A est très loin d'être le revendeur le plus apprécié du marché, du moins du côté des éditeurs. Gearbox, le studio à l'origine de Borderlands, a voulu conclure un partenariat avec la boutique, s'est pris un violent retour de bâton de la part du public et a tenté de tourner la situation à son avantage, en vain.

Pour assurer la promotion du lancement de BulletStorm : Full Clip, le studio Gearbox a eu l'idée de s'associer avec plusieurs revendeurs afin de leur proposer de distribuer des éditions collector au tirage très limité. L'un des revendeurs sélectionnés, le site G2A.com, souffre d'une réputation sulfureuse auprès des joueurs et des éditeurs. Son choix s'est donc rapidement retourné contre Gearbox.

G2A, une cible récurrente des éditeurs

Régulièrement, G2A fait les choux gras de la presse spécialisée, en raison de ses dérapages, ou de ses politiques commerciales discutables. En décembre dernier, c'était Trion Worlds, l'éditeur d'Archeage et de Rift, qui tirait à boulets rouges sur la plateforme, l'accusant de vendre des clés volées ou bien obtenues par des moyens détournés.

« Chacune des clés que l'on a auditées qui était vendue en dessous du prix du marché était obtenue soit via une fraude au paiement, soit grâce à des fraudes exploitant les différences de prix entre régions », affirmait ainsi Scott Hartsman, le PDG de Trion Worlds. « Le mythe du joueur qui veut juste vendre une clé qu'il a en rab' ne semble pas exister. C'est un écran de fumée, cela n'arrive jamais », tempêtait-il. 

Par différences de prix entre régions, il faut comprendre que certains éditeurs adaptent leurs tarifs à certains marchés au pouvoir d'achat plus faible. Dans les pays à l'économie émergente, il est pour ainsi dire impensable de vendre des clés de jeux à 60 dollars, un montant qui peut représenter une part importante du salaire moyen local. Certains en profitent donc pour acheter des licences dans ces pays où les tarifs sont plus bas, pour les revendre en Europe en gardant une marge confortable. 

Si G2A ne procède pas directement à de telles activités, la plateforme permet à des revendeurs d'écouler leurs clés ainsi achetées. « Ils ont intentionnellement créé leur affaire sur la fraude, et une affaire très lucrative qui plus est », martelait le PDG de Trion Worlds l'an dernier. Réponse de la plateforme : « Seuls ceux qui ont les droits de générer des clés peuvent le faire, et si ces clés n'ont pas été verrouillées pour une région spécifique, elles peuvent être utilisées partout sans limitations. Et les gens peuvent les vendre partout, y compris chez nous. Où est-ce que vous voyez une fraude ici ? ».

Une plateforme pas toujours « player-friendly »

Le tableau n'est pas rose non plus du côté des joueurs. Dans le même temps, G2A s'était illustrée en apportant d'importants changements à son modèle économique. L'entreprise avait fait de son assurance « G2A Shield », permettant de s'assurer que la clé qu'il reçoit est bien valide, un produit par abonnement (2 euros par mois) plutôt qu'un achat unitaire.

Seulement, la procédure de résiliation initiale était infâme, faisant passer le client par 11 écrans différents, cherchant tous à le dissuader de couper son abonnement. L'un d'eux demandait même de cliquer sur un lien envoyé dans un email envoyé qu'après un délai de « 20 minutes minimum ». Le tout devait être effectué dans une fenêtre de deux jours avant la date de prélèvement mensuel.

Gearbox tente quand même sa chance

La question est maintenant de savoir comment un label aussi réputé que Gearbox Publishing a pu choisir volontairement de distribuer un de ses titres via une plateforme à la réputation aussi sulfureuse. Randy Pitchford, le directeur général de Gearbox a répondu à cette question sur Twitter. Une réaction qui n'est venue qu'après un tweet assassin de John Bain, plus connu sous le nom de TotalBiscuit, un youtubeur influent.

L'initiative viendrait de People Can Fly, le studio chargé du développement du jeu. Celui-ci est installé en Pologne, tout comme G2A à ses débuts (le siège a depuis bougé à Hong-Kong). Le studio voulait tenter l'expérience avec cette plateforme, ce que Gearbox Publishing a visiblement validé.

Pitchford, lui, assure ne pas avoir été au courant de l'existence de cet accord, sans quoi il s'y serait opposé. « Gearbox Publishing doit être l'éditeur le plus amical de la planète avec les studios. Moi et Steve Gibson [NDLR : le responsable de Gearbox Publishing] sommes ravis et prêts à tuer n'importe quel arrangement avec G2A s'ils ne jouent pas correctement », clame-t-il. 

Un ultimatum corsé

Gearbox a donc fait passer une liste de doléances à G2A, que John Bain a publiée. L'éditeur en demande la mise en place afin de maintenir son partenariat avec la plateforme, et exigeait une réponse immédiate. En voici la liste : 

  • Sous 30 jours, G2A Shield doit devenir une assurance gratuite, plutôt qu'un abonnement séparé, à l'instar de ce qui est proposé par d'autres plateformes. « Tout client dépensant de l'argent mérite une protection contre la fraude de la part d'un marchand. »
  • Les clients actuels du G2A Shield doivent être informés d'ici le 14 avril que ce service est gratuit et qu'ils ne seront plus facturés.
  • Sous 90 jours, G2A doit ouvrir un service web ou une API aux développeurs et éditeurs agréés afin qu'ils puissent rechercher et marquer pour suppression toute clé frauduleuse. L'accès devra évidemment être gratuit ainsi que les suppressions de clés.
  • Implémenter un système « d'étranglement » permettant aux studios et éditeurs non-agréés de signaler et de demander la suppression de comptes des revendeurs frauduleux dont on aurait préalablement relevé les identifiants et les coordonnées de paiement. L'idée est d'ajouter une étape de vérification aux revendeurs pour signaler les ventes illégales avant qu'elles ne soient conclues. 
  • G2A doit promettre publiquement de restructurer son processus de paiement sous 30 jours... Avec l'objectif de permettre aux clients souhaitant acheter ou vendre des clés légitimes de profiter d'une structure de coûts facile à comprendre, sans suppléments cachés ou peu clairs.

Une série de doléances que l'éditeur résume ainsi : « rejoignez les rangs d'autres places de marché majeures ».

« Sans réponse de votre part, nous allons devoir mettre fin à cet appel »

Pour l'heure, G2A n'a pas réagi aux demandes de Gearbox, qui a donc décidé unilatéralement de déclencher les procédures nécessaires à la rupture du contrat conclu avec la plateforme. « Gearbox Publishing fera le nécessaire pour ne pas soutenir directement une place de marché qui n'a pas accepté l'engagement de protéger les clients et les développeurs », résume ainsi Steve Gibson à nos confrères de Waypoint.

Pendant ce temps sur G2A, on ne trouve plus trace des fameuses éditions collector de BulletStorm : Full Clip, ni même de clés de jeu vendues par des tiers, alors que d'autres places de marché référencent bien le titre. Les autres jeux de Gearbox sont quant à eux toujours au catalogue de la plateforme.


chargement
Chargement des commentaires...