« Fake news » : Facebook lance un nouvel outil et songerait à rétribuer des médias

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Reseaux Sociaux
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le vendredi 07 avril 2017 à 10:30
Guénaël Pépin

Pour quelques jours, Facebook place un panneau en début de fil d'actualités destiné à apprendre à ses membres à repérer les contenus trompeurs. Depuis quelques semaines, elle s'est associée à des médias (notamment français) pour vérifier certains articles, et se dirait désormais prête à rémunérer les éditeurs de presse s'ils le souhaitent.

La lutte pour la vérité est le dernier grand combat de Facebook. Le réseau social annonce la disponibilité d'un guide à destination de ses membres, directement depuis le fil d'actualité pendant trois jours. Il est proposé dans 14 pays, semble-t-il pas en France pour le moment (même s'il est prévu en français). Il s'agit d'une collaboration avec l'organisation First Draft (dont Facebook est membre), donnant quelques indications pour repérer les fausses actualités.

« Les fausses nouvelles vont à l'encontre de notre mission d'amener les gens vers des contenus pertinents pour eux » rappelle l'entreprise, qui a multiplié rapidement les mesures contre les fake news, après une très forte pression publique en novembre, suite à l'élection de Donald Trump aux États-Unis. Il y a quelques jours, la société a cofondé la News Integrity Initiative, avec d'autres organisations comme Mozilla, avec 14 millions de dollars destinés à l'éducation aux médias aux États-Unis.

Il s'agit d'un énième appel du pied aux médias, qui veulent aussi leur part du gâteau. À l'extension de l'outil de vérification de faits à la France, les médias hexagonaux ont signifié que la question de la rémunération viendrait tôt ou tard sur la table. Sans grande surprise, Facebook se dirait prêt à répondre à cette demande.

Lutte contre les fake news et drague des médias

Début février, Facebook a ainsi étendu son outil de vérification à la France, en lien avec huit médias. Il s'appuie à la fois sur des remontées d'internautes et des analyses automatisées. Une fois un contenu signalé, il est vérifié par une équipe de fact-checkers issue de médias partenaires. Si deux d'entre eux estiment le contenu trompeur, des avertissements apparaissent autour de la publication et au partage, le contenu étant placé plus bas dans les fils d'actualité.

C'était l'une des plus importantes étapes du Journalism Project, officialisé en janvier, qui vise à rassembler l'ensemble des initiatives du réseau social en faveur des médias et de la vérité.

Un revirement rapide, alors que l'entreprise niait initialement toute implication dans la diffusion de fausses nouvelles (fake news). Elle a revu ses algorithmes, par exemple en plaçant en tendances les actualités les plus traitées par les médias en ligne, et non simplement les plus cliquées. Des initiatives de mise en commun de médias, comme CrossCheck, sont aussi chapeautées par l'entreprise.

Dans son dernier billet, elle rappelle qu'elle tente aussi de défaire les incitations financières à la diffusion de fausses nouvelles. La plateforme est accusée d'encourager la production de ces contenus via sa régie publicitaire. En novembre, Facebook et Google avaient d'ailleurs annoncé renforcer leur politique publicitaire, en excluant explicitement les contenus trompeurs de leurs régies... Google affichant d'ailleurs des résultats importants au bout de deux mois.

Tout travail mérite salaire

En parallèle, Facebook se serait bien dit prêt à rémunérer les éditeurs de presse qui contribuent au système de vérification, selon le Financial Times. Les revenus concerneraient les médias partenaires aux États-Unis, en France, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

« Cela pourrait dépendre de chaque organisation, mais nous voulons prendre nos responsabilités et si cela signifie un arrangement financier, nous y sommes très ouverts » affirme Adam Mosseri, vice-président de Facebook en charge du fil d'actualités, cité par le FT.

La question n'est pas nouvelle. À l'annonce de leur collaboration avec Facebook, les médias partenaires ont été très clairs. Si le programme de vérification de faits venait à perdurer, au-delà de cette expérimentation, la question de la rémunération viendrait tôt ou tard sur la table. Rappelons que sont, pour le moment, enrôlés 20 Minutes, l’AFP, BFMTV, Franceinfo, France Médias Monde (France24, RFI...), L’Express, Le Monde et Libération.

« Rendez l'argent ! »

Concrètement, ces médias deviennent des prestataires de Facebook, qui sera sûrement bien amené à les financer pour leur travail. Les éditeurs de presse cherchent depuis des années des biais pour reprendre une partie des recettes publicitaires « détournées » par les géants du Net. Que les médias agissent au nom de Facebook dans la lutte contre les fake news serait donc une nouvelle étape.

Rappelons que de nombreux projets de médias sont déjà subventionnés par les géants du Net, par exemple via les fonds Google (FINP en France puis DNI en Europe), entre autres destinés à apaiser les éditeurs de presse. Des outils comme Decodex du Monde sont, par exemple, en partie financés de cette manière.


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