Ubuntu : cap sur la rentabilité pour Canonical, qui met fin à Unity et à la convergence

Unityyyy, c'est finiiiiii 46
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Vincent Hermann

Surprise, Canonical vient d’annoncer l’abandon de l’environnement d’Unity au profit de GNOME dans Ubuntu. Dans la foulée, la société indique qu’elle stoppe également ses efforts de convergence afin de se concentrer sur de nouvelles opportunités.

Ce n’était pas une nouvelle attendue, et pourtant : Canonical ne s’appuiera bientôt plus sur Unity, proposé dans Ubuntu depuis plusieurs années. Un environnement dans lequel l’éditeur investissait largement, avec l’objectif affiché de produire notamment une interface tout terrain, capable de s’adapter aux ordinateurs, tablettes et smartphones.

Une décision radicale

Du choix de Canonical découlent plusieurs conséquences. Il faut dire que même si le travail sur Unity 8 était intensif – la version qui devait apporter la convergence – elle n’a pas tenu toutes ses promesses, notamment en termes de stabilité. Jusqu'à présent, on ne la trouvait ainsi que sous forme d'une session d'essai. De fait, son abandon entraine le retour vers GNOME, dont les moutures se sont enchainées sur un rythme de métronome depuis la cassure majeure de la version 3.0.

L’arrêt d’Unity entraîne celui de Mir, le serveur d’affichage que Canonical développait pour accompagner son environnement. La conséquence est logique pour tout habitué des environnements Linux sur les dernières années : une bascule vers Wayland. Rappelons que ce dernier prend peu à peu le pas sur l’ancien serveur X.org, avec de nombreux bénéfices. À ce jour, seule la distribution Fedora a osé utiliser Wayland par défaut.

La fin de Unity enterre également tous les efforts qui avaient été faits dans le domaine des tablettes et smartphones. Plus qu’un arrêt, on devrait parler en fait de recentrage global de Canonical sur ses projets, donc d’une réattribution des ressources. Point important, cette décision ne remet pas en cause les différents supports techniques en cours.

Retour aux premières amours

Initialement, Ubuntu était une distribution Linux utilisant GNOME, de 2004 à 2010. L’environnement est resté d’ailleurs l’une des principales variantes du système, parmi la liste de celles reconnues officiellement par Canonical.

La bascule ne va pas se faire tout de suite cependant, surtout avec une mouture 17.04 finale attendue pour le 13 avril. Mark Shuttleworth, dans un billet de blog explicatif, indique que le grand retour à GNOME se fera pour la sortie d’Ubuntu 18.04, qui arrivera dans un an.

En plus du temps nécessaire évidemment aux changements techniques induits, il y a une autre raison à cette attente : il s’agira d’une mouture LTS, donc avec un support de cinq ans (au lieu des neuf mois habituels). Le fondateur de Canonical précise cependant que cette décision a été « douloureuse », car il estime que la convergence est le futur de l’informatique.

Il ajoute qu’il soutenait l’équipe en charge de Unity 8, mais qu’il n’y avait plus vraiment le choix : « Nous nous sentons comme une famille, mais le choix a été dicté par des contraintes commerciales, et ces deux éléments sont difficiles à concilier ».

Ubuntu 16.10
Ubuntu actuellement

Quelle nouvelle direction pour Ubuntu ?

Certains se posent sans doute la question, mais l’éditeur va simplement opérer un léger virage pour se recentrer sur les produits dont ils disposent déjà, et pour lesquels il rencontre déjà un certain succès.

Comme nous l'expliquions ce matin, cette décision était déjà perceptible au MWC de Barcelone où des secteurs comme la robotique, la réalité virtuelle ou l'intégration aux réseaux téléphoniques étaient au cœur des démonstrations. Une tendance qui n'a rien de nouveau pour un acteur du genre. Elle est notamment exploitée par Red Hat et de nombreuses autres distributions depuis un moment déjà. 

Ubuntu va donc continuer comme la majorité des autres, avec pour objectif l’ordinateur classique, fixe ou portable, mais pas seulement : puisqu'elle a commencé à se faire une place dans le domaine du « Cloud », pas question que les efforts s’arrêtent en si bon chemin. Même situation pour les objets connectés, où Ubuntu est également très présent.

Le président de l’éditeur résume : « Le choix, finalement, est d’investir dans les domaines qui contribuent à la croissance de l’entreprise. Ce sont donc Ubuntu lui-même pour le desktop, les serveurs et machines virtuelles, nos produits pour l’infrastructure cloud (OpenStack et Kubernetes), nos capacités sur le cloud (MAAS, LXD, Juju et BootStack), nos développements IoT avec les snaps et Ubuntu Core ». Shuttleworth profite de l’occasion pour s’adresser directement au conseil d’administration : « nous avons l’énergie et la rigueur pour cette voie ».

En d’autres termes, Canonical lâche du lest pour se concentrer sur ce qui lui rapporte de l’argent. Pas simple de se tailler une place au soleil dans le marché ultra concurrentiel des smartphones. Il est clair en tout cas que certains utilisateurs retrouveront sans doute un peu perdus durant la transition, après des années passées à s’habituer à Unity.

Il sera d’ailleurs intéressant de voir quelle place sera réservée à Budgie, variante officielle d’Ubuntu depuis novembre dernier, et utilisant les applications de GNOME.


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