Rencontre avec Oxi, ces autres Français qui veulent « transformer le smartphone en ordinateur »

Une alternative au DeX de Samsung 18
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Smartphones
Sébastien Gavois

Oxi est une solution permettant de transformer un smartphone en ordinateur de bureau. Elle n'est donc pas sans rappeler le DeX de Samsung, mais avec une ouverture bien plus large sur les terminaux compatibles. Nous avons pu rencontrer une partie de l'équipe, qui nous détaille son service.

Lors de sa conférence la semaine dernière, Samsung a dévoilé son Galaxy S8(+) ainsi qu'une station d'accueil un peu particulière : DeX. Elle est capable de transformer le smartphone en ordinateur de bureau, une idée qui n'est pas nouvelle – elle se place d'ailleurs dans la lignée de Continuum de Microsoft – et qui va dans le sens de la convergence. Il s'agit pour rappel d'une tendance forte que l'on rencontre sur les différents salons que nous couvrons.

Lors du MWC de Barcelone, nous avons ainsi pu nous entretenir avec des membres de l'équipe d'Oxi, un service proposé par la start-up française Auxens (basée dans la région parisienne). Elle travaille justement sur une solution pour Android permettant de « transformer le smartphone en ordinateur personnel ».

Elle demande par contre de procéder à certaines modifications profondes dans le système d'exploitation, et nécessite l'installation d'un firmware spécial, ce qui n'est donc pas à la portée de tout le monde.

Avec Oxi, étendez votre bureau Android à un écran secondaire

Oxi propose une solution pour profiter sur un écran plus grand que celui de son smartphone de toutes les applications Android, sans que les développeurs de ces dernières n'aient besoin de les adapter d'une manière ou d'une autre.

La société nous explique qu'elle prend en charge une grande variété de technologies pour connecter un écran : sortie vidéo MHL (Mobile High-Definition Link), USB Type-C (via Alternate Mode) ainsi que des solutions sans fil telles que Miracast. De plus, via Bluetooth, vous pouvez ajouter un clavier et/ou une souris qui sera utilisé pour contrôler votre écran secondaire.

Des fenêtres redimensionnables, le téléphone reste « complètement indépendant »

L'utilisation se veut simple : une fois le téléphone branché, il suffit de lancer l'application Oxi pour que l'interface de celui-ci s'adapte automatiquement. Vous avez alors accès à un bureau classique, comme on en retrouve sur les systèmes d'exploitation pensés pour les ordinateurs.

Les fonctionnalités basiques que l'on retrouve sur ce genre d'environnement sont de la partie : redimensionner les fenêtres à la volée, les réorganiser et les superposer. Pour le moment, il existe une limitation (qui pourrait être enlevée lors de la mise en ligne d'une future version) : il n'est possible de lancer qu'une seule instance d'une application, que ce soit sur le téléphone ou sur l'écran secondaire.

Si une application est déjà lancée, son icône apparait alors comme « grisée » dans l'autre interface.

Oxi

Pour le reste, le développeur en charge du projet nous explique que le « téléphone est complètement indépendant » du second écran. Vous pouvez ainsi lancer une application de traitement de texte sur l'un et répondre à un appel sur l'autre.

Il existe tout de même certaines interactions entre les deux. Par exemple, les notifications de votre smartphone sont également affichées sur l'écran secondaire, sous la forme de petites cartes qui prennent place sur la droite.

Remote et locale : deux fonctionnalités supplémentaires

Via une application dédiée baptisée Remote, il est possible d'utiliser son téléphone comme manette tactile (ou bien via l'accéléromètre et/ou le gyroscope) pour un jeu lancé sur un second écran. Une autre fonctionnalité, Local, permet de lancer l'interface d'Oxi directement sur son smartphone pour ceux qui le souhaitent.

Suivant la demande, une fonctionnalité permettant de gérer plusieurs écrans pourra être ajoutée à la roadmap d'Oxi. Pour le moment, des « premiers tests concluants » ont été effectués, mais rien de plus nous indique le développeur.

Quels sont les prérequis ?

Pour fonctionner correctement, Oxi réclame un smartphone avec au moins 2 Go de mémoire vive. Bien évidemment, plus vous lancez d'applications, plus la quantité nécessaire est importante. Néanmoins, l'équipe nous affirme qu'avec 4 Go il est possible de lancer à peu près tout ce que l'on souhaite.

Il n'y a pas de limitation à proprement parler sur le SoC, mais pour qu'Oxi fonctionne dans de bonnes conditions il est recommandé qu'il obtienne au moins un score de 40 000 points sur Antutu. À titre d'information, c'est le cas pour les Galaxy S5 et Note4, OnePlus, Meizu MX4 et Nexus 6 pour ne citer qu'eux. Il en est évidemment de même pour bon nombre des terminaux plus récents.

À voir maintenant ce qu'il en sera dans la pratique, mais les démonstrations effectuées sur place étaient plutôt convaincantes et fluides... sur des smartphones haut de gamme avec 4/6 Go de mémoire vive et un SoC puissant.

Comment installer Oxi sur son smartphone (s'il est compatible)

Comme nous l'indiquions précédemment, profiter d'Oxi demande plus de manipulation que simplement ajouter une application à Android. Il faut en effet installer un nouveau firmware sur son téléphone, une opération délicate.

L'équipe nous explique qu'elle doit ainsi procéder à des modifications dans le cœur même d'Android pour qu'Oxi puisse ensuite manipuler correctement les fenêtres et laisser le téléphone fonctionner de manière indépendante. Si les firmwares sont actuellement basés sur Android 6.x (Marshmallow), le passage à Android 7 (Nougat) fait partie des développements en cours, sans plus de détail sur le calendrier pour le moment.

Des firmwares compatibles sont disponibles pour une poignée de terminaux pour ceux qui voudraient se lancer dans l'aventure : OnePlus 3, Nexus 5, Samsung Galaxy S4 (I9506) et Note 4 (SM-N910F), ainsi que le Redmi Note 3 Pro de Xiaomi. L'équipe travaille à ajouter de nouveaux smartphones à sa liste, voire des tablettes, mais ne donne pas de liste précise pour l'instant.

Oxi est donc limité à quelques terminaux et son installation n'est pas à la portée de tout le monde côté grand public. Ce n'est de toute façon pas la cible principale de la société.

Le modèle économique, la recherche de partenaires

Lors du MWC de Barcelone, Oxi était présent sur le stand de Vernee, un fabricant de smartphones chinois qui veut renforcer sa présence en Europe et en France. Il s'agissait d'un partenariat entre les deux sociétés : Vernee proposait de la visibilité avec une place sur son stand à Oxi, tandis que ce dernier faisait des démonstrations de son application avec les téléphones Apollo du constructeur.

C'est d'ailleurs le modèle économique visé. Si pour le moment les firwmares disponibles permettent à tout un chacun de se faire une idée sans limitation, Oxi ne souhaite pas vendre sa solution à des utilisateurs finaux, mais bien l'intégrer directement auprès de constructeurs. Ces derniers pourront ensuite mettre en avant cette fonctionnalité logicielle, à la manière de ce que propose Samsung sur son Galaxy S8 avec le DeX.

Le développeur en charge du projet nous précise qu'il peut facilement et rapidement déployer sa solution sur d'autres modèles, à partir du moment où le fabricant leur donne accès à toute la partie logicielle.

Oxi surfe sur l'annonce de Samsung

Suite à l'annonce du DeX, nous avons recontacté Oxi qui nous explique qu'il avait présenté son projet (qui s'appelait alors Fonyx) à Samsung il y a deux ans maintenant : « Nous avons eu quelques échanges intéressants tout au long de la première année, sans rien de concret au bout. Nous pensons qu'ils se sont dit que l'idée était bonne, mais qu'ils avaient les ressources en interne pour ne pas avoir à nous solliciter ».

Pour autant, cette annonce de Samsung est plutôt une bonne nouvelle pour l'équipe d'Oxi : « En se positionnant sur le sujet et avec une exclusivité pour leurs smartphones, ils devraient nous permettre de nous positionner chez leurs concurrents plus facilement ». Reste maintenant à voir si Oxi réussira son pari.


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