En 2018, un CeBIT reconstruit « à partir de zéro », avec un changement de date

En même temps, ça caille en mars à Hanovre 6
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Sébastien Gavois

Le CeBIT cherche à se « réinventer » et décide de faire table rase du passé (ou presque). Si le salon se tiendra toujours à Hanovre, il change de date et définit de nouvelles priorités. Est-ce que cela sera suffisant pour endiguer la baisse de fréquentation ? Réponse en juin 2018.

Cela fait maintenant plusieurs années que le CeBIT n'est plus que l'ombre de lui-même. Il était autrefois un grand salon européen sur les nouvelles technologies, avec un rayonnement mondial. Il a été le théâtre d'annonces importantes pour l'informatique, mais il peine désormais à trouver sa place et à sortir des frontières de l'Allemagne. De plus, il est coincé entre le CES de Las Vegas et le Computex de Taipei, quelques jours seulement après le MWC de Barcelone.

Un nombre de visiteurs en chute libre, le CeBIT cherche à se « réinventer »

Deutsche Messe AG, l'organisateur du salon est conscient du problème et annonce qu'il veut le « réinventer » une nouvelle fois, en visant spécifiquement la génération Y... tout un programme. Ce chamboulement intervient après des mois de discussions avec les exposants et le changement a été « largement approuvé » affirme l'organisateur.

L'édition 2017 vient de fermer ses portes dans une indifférence quasi générale, malgré la présence d'un invité de marque : Edward Snowden. Quoi qu'il en soit, les chiffres ne sont pas franchement bons : 200 000 visiteurs seulement, avec une fréquentation en chute libre depuis le début des années 2000 où le salon avait flirté avec les 700 000 visiteurs. 

ceBIT 2017

Cette baisse n'a pas été brutale, mais plus ou moins constante au fil des années. Il n'était ainsi plus question que de 500 000 visiteurs en 2005, 400 000 en 2009, 339 000 en 2011, 210 000 en 2014, avec un petit regain à 221 000 en 2015 pour finalement arriver à 200 000 en 2017. On note par contre une augmentation de la présence des start-ups qui sont passés de 350 à 450 en l'espace de deux ans.

Les organisateurs n'y vont donc pas avec le dos de la cuillère et veulent « reconstruire CeBIT à partir de zéro ». Trois axes de développement sont annoncés : « plus de technologie, plus d'innovations, plus d'attrait émotionnel », le but derrière cela étant certainement d'attirer plus de visiteurs et d'exposants.

Deutsche Messe AG annonce un plan ambitieux : « devenir le salon et la plate-forme n°1 en Europe pour la technologie numérique, pour l'innovation et le développement des affaires ». Mais de manière plus concrète, qu'est-ce que cela signifie ?

Le CeBIT veut devenir un campus et change de date... 

Oliver Frese qui fait partie du comité de direction, explique qu'à partir de l'année prochaine, « le CeBIT est reporté au mois de juin parce qu'une période estivale est plus propice à la mise en scène de la technologie avec un plus grand attrait émotionnel avec une mise en place sous la forme d'un campus ». 

Ceux qui ont déjà été au CeBIT au mois de mars le savent bien : il n'est pas rare d'avoir de la neige à cette période, ainsi que des températures négatives. Un problème que ne connait pas le MWC qui se déroule fin février/début mars, mais à Barcelone, une ville où le climat à cette saison n'a rien à voir avec Hanovre. 

Le nouveau CeBIT édition 2018 disposera aussi de son « d!campus » afin d'organiser des rencontres et des animations. Le fameux toit EXPO en bois construit en 2010 sera au centre de la fête, de quoi donner un cadre agréable et un peu d'ombre si besoin.

Toit EXPO Hanovre
Crédits : By Erwin Müller (Own work), via Wikimedia Commons

Les exposants seront placés dans les halls aux alentours, répartis suivant trois catégories : « d!conomy », « d!tec » et « d!talk ». La première est centrée sur le monde des affaires et ceux qui souhaitent passer des contrats, la seconde pour les sociétés et startups qui misent sur les innovations technologiques et enfin la dernière sur la discussion et le partage : conférences, tables rondes, etc. 

... et se place juste après le Computex

Les premières dates retenues sont du lundi 11 au vendredi 15 juin, le salon se placera donc juste après le Computex de Taipei qui se déroule traditionnellement sur les derniers jours de mai et/ou les premiers du mois de juin. Cela sera aussi juste avant l'E3 (cette année il se tient du 14 au 16 juin).

Il faut dire que le calendrier est serré et ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre. Les mois de juillet/août sont synonymes de vacances, une période peu propice à ce genre d'événement. Début septembre il y a déjà l'IFA de Berlin et après il est trop tard pour profiter de l'effet de la rentrée et du beau temps.

Dans le détail, le premier jour du salon, le lundi 11 juin 2018 sera réservé aux conférences données par des chefs d'entreprises et des officiels, avec un accès limité aux journalistes et à des personnes triées sur le volet. Un déroulement des événements calqué sur ce qui se fait déjà au CES et au MWC de Barcelone, avec des évènements avant l'ouverture du salon, ce qui est plutôt une bonne idée.

Enfin, le dernier jour sera ouvert au grand public.

Le CeBIT n'en est pas à sa première relance

On notera enfin qu'au-delà de la promesse d'une refonte, ce n'est pas la première fois que le CeBIT tente de regagner sa superbe d'antan. L'année 2008 devait ainsi être celle du « renouveau » selon les organisateurs... raté.

À l'époque déjà, les dates avaient été ajustées, mais dans une moindre mesure. Il était simplement question de placer le salon sur une même semaine ou lieu d'être à cheval sur deux, avec le week-end en plein milieu (il se tenait du mercredi 15 mars au mardi 21 mars en 2007, on a vu plus pratique). Pour les journalistes sur place cette époque, il n'était d'ailleurs pas rare de partir avant la fin du salon alors que les années précédentes le temps manquait pour tout voir.

Pour rappel, en 2008, bien avant la French Tech, la France était un partenaire privilégié avec la mise en place de huit pavillons dédiés aux pepites de l'Hexagone. L'accent avait alors été mis sur l'informatique durable avec le renforcement du « Green village ».

Tout cela n'avait par contre pas suffi à endiguer la baisse de la fréquentation, aussi bien côté visiteurs qu'exposants pour les années suivantes, la crise de financière fin 2008 n'ayant évidemment pas aidé. Les changements opérés cette année sont bien plus profonds, reste à voir s'ils seront suffisants pour redorer le blason du CeBIT. Réponse l'année prochaine.


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