Bitcoin : la SEC rejette la demande d'ouverture d'un fonds indiciel

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Crédits : AUDINDesign/iStock/Thinkstock
Crypto-monnaie MàJ
Kevin Hottot

Mise à jour : La SEC a finalement décidé de rejeter la demande des frères Winklevoss sur l'ouverture d'un tracker dédié au bitcoin. Elle détaille ses raisons dans un document d'une quarantaine de pages, l'absence de régulation étant un des motifs avancés. Après une chute du cours à près de 1 050 dollars ce week-end, le bitcoin est revenu flirter avec les 1 200 dollars.

Le petit monde des crypto-monnaies s'attend à un séisme imminent. Les autorités boursières américaines doivent rendre ce samedi leur verdict sur l'autorisation ou non de l'ouverture d'un tracker dédié au bitcoin. En cas de succès, les fonds d'investissement traditionnels pourraient s'engouffrer dans la brèche.

En 2013, les jumeaux Winklevoss, connus pour avoir entamé une longue procédure contre Mark Zuckerberg concernant la paternité de Facebook, se sont lancés dans un nouveau projet : le Winklevoss Bitcoin Trust. Derrière ce nom, se cache un fonds indiciel côté (ETF ou tracker en anglais) s'appuyant sur la célèbre crypto-monnaie.

Celle-ci cotait alors aux environs de 200 dollars l'unité, et les deux frères affirmaient détenir 1 % de toute la masse alors en circulation, pour un total d'environ 11 millions de dollars.

Le fonds du problème

Avant d'aller plus loin il convient de rappeler ce qu'est un tracker. Il s'agit d'un fonds de placement à gestion passive, dont la valeur reproduit directement l'évolution d'un indice boursier précis, comme le CAC 40, le S&P 500 ou le FTSE All-Share. Concrètement, dans le cas d'un tracker s'appuyant sur le CAC 40, chaque variation de l'indice parisien se traduit par une variation équivalente du cours du tracker.

L'idée des frères Winklevoss est de proposer ce type de produit, mais indexé sur le cours du bitcoin, plutôt que sur un indice boursier quelconque. Avant de proposer ce type de produit au public, la réglementation américaine impose un passage en revue par la SEC, l'équivalent local de notre AMF, qui peut autoriser ou non la mise en place de ce type de fonds. 

Après quatre longues années de procédures diverses et de multiples amendements et reports, la SEC désormais à court d'options doit impérativement rendre son verdict avant le 11 mars prochain sur cette demande d'autorisation. En cas de succès, le Winklevoss Bitcoin Trust serait le premier tracker dédié au bitcoin régulé par une entité américaine. 

Un résultat encore incertain

Les pronostics sur la décision de la SEC restent très hasardeux. Certains analystes parlent d'une situation comparable à un pile ou face, tandis que d'autres comme Spencer Bogart de Needham & Company confient à Forbes que les chances de succès de cette opération gravitent sous les 25 %. 

« Il faut tenir compte du conservatisme général de la SEC. Regardez ça sous le spectre de la théorie des jeux. Si je travaille à la SEC, que j'approuve ce tracker, qu'une grande quantité d'argent y file et que quelque chose se passe mal, il y a de fortes chances que je perde mon boulot pour ça. Si je l'approuve et que tout se passe extrêmement bien, il y a quand même peu de chance que quelqu'un me donne une tape dans le dos, ou m'offre une promotion », résume l'analyste.

L'environnement juridique se précise

La question ne se limite toutefois pas à ce seul aspect. Différentes autorités de régulation américaines ont tendu la main à l'écosystème du bitcoin en proposant des cadres légaux stables pour les entreprises qui y travaillent.

La CFTC américaine, qui n'est pas un syndicat mais le diminutif de Commodity Futures Trading Commission, a ainsi établi en septembre 2015 que le bitcoin pouvait être considéré comme une « commodité », à même titre que le blé, ou le coton (mais pas les oignons)

Simultanément, l'État de New York commençait à délivrer des « BitLicense » aux entreprises œuvrant dans le domaine des crypto-monnaies. Celle-ci permet aux sociétés détentrices de poursuivre leurs activités sans être inquiétées, à condition de remplir quelques prérequis.

Elles doivent ainsi se soumettre à des audits financiers tous les ans, de la même nature que ceux imposés aux banques, disposer d'une quantité suffisante de fonds propres (appréciée au cas par cas) et être capables de lier l'adresse d'un portefeuille de crypto-monnaie à une personne physique. Des avancées qui pourront peut-être convaincre la SEC que l'environnement est assez mûr pour faire un pas de plus.

Quel effet sur le cours du bitcoin ?

Ces dernières semaines, le cours du bitcoin a connu une progression régulière, passant de 1 000 dollars environ au début du mois de février à 1 265 dollars au moment où nous rédigeons cette actualité. Une hausse notamment soutenue par la spéculation autour du verdict de la SEC.

Si le régulateur américain ouvre les vannes pour ce premier tracker basé sur le cours du bitcoin, cela pourrait changer durablement le paysage de la crypto-monnaie, en permettant aux investisseurs traditionnels de pouvoir miser dessus. Des changements sont également attendus sur la liquidité du marché, qui pourrait profiter de l'arrivée soudaine des fonds d'investissement. Les effets sur le cours pourraient être positifs, mais la crypto-monnaie affiche une telle volatilité que tout pronostic laisse une grande place à l'inconnu. 

Au début de l'année, les analystes spécialisés avaient d'ailleurs des pronostics très différents sur le cours que pourrait atteindre le bitcoin d'ici fin décembre, avec des fourchettes s'étendant entre 1 200 et 2 200 dollars... Quoi qu'il en soit, même dans le cas le plus défavorable, un bitcoin continuera de valoir un bitcoin, et c'est bien la seule chose qui compte pour une partie des passionnés de crypto-monnaies.

Dernière mise à jour le 13/03/2017 17:00:06

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