L'ANSSI s'explique sur l'annulation du vote électronique des Français de l’étranger

Un risque jugé trop élevé 64
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Crédits : Marc Rees (CC-BY-2.0)
Loi

Critiquée, l’annulation du vote électronique à trois mois de l’élection est assumée par l’Agence nationale pour la sécurité des systèmes d’information. Guillaume Poupard explique à Next INpact les raisons de son avis négatif, à trois mois des législatives.

« Jusqu’au dernier moment, nous avons essayé de faire en sorte que la plateforme soit d’un bon niveau » assure le directeur général de l’ANSSI lors d’un entretien hier, en fin d’après-midi à Paris. « C’est une déception pour tout le monde, pour nous, pour les représentants des Français de l’étranger qui y voyaient un axe de progrès. »

Depuis 2012, dernière grande expérience en date, des travaux ont été menés pour essayer de blinder le dispositif, en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères et la société espagnole en charge de ces prestations. Seulement, « si la plateforme est clairement meilleure qu’en 2012, le niveau de la menace est aujourd’hui bien supérieur ».

La loi prévoit la possibilité du vote électronique pour les Français de l’étranger, en conditionnant cependant sa mise en œuvre à l’homologation du système. « La commission d’homologation n’a pas encore eu lieu, mais au vu des pièces fournies, le ministère ne sera pas en capacité d’homologuer le système. L’avis de l’ANSSI est négatif. »

Un risque d’image pour la démocratie

Quels sont justement les risques constatés ? « C’est essentiellement un risque d’image. On ne peut exclure un risque sur la sincérité, mais ce qui est plus probable, en termes de faisabilité, c’est une attaque majeure qui rende le système indisponible, détruise des bases, etc. avec un impact important sur l’image du fonctionnement de la démocratie. » L’intéressé n’exclut pas non plus des cas « de manipulations fines, pourquoi pas la publication de la liste des Français qui ont voté pour tel candidat. En termes de fonctionnement démocratique, ce serait grave ».

L’annulation du vote électronique pour les législatives 2017 a été très critiquée, de Frédéric Lefebvre à Axelle Lemaire, et tous ceux qui voient dans ce mécanisme, une facilité importante pour les Français expatriés. L’analyse est partagée, du côté de l’ANSSI : « Certains Français sont à 3 000 km du premier bureau. Ce n’est en effet pas seulement du confort. Certes, le vote par correspondance reste possible, mais il coûte cher et il existe des zones où il n’y pas de garantie que le courrier papier arrive au destinataire. Mais le débat n’est pas là. Il est sur l’appréciation du risque qui nous semble trop élevé ».

L’agenda de cette décision a lui aussi fait l’objet de réprimandes. Explications de l’ANSSI : « si cela n’a pas été annoncé il y a six mois, c’est parce qu’on espérait encore durcir la plateforme. Les moyens ont été mis en œuvre, mais le niveau atteint ne nous semble pas suffisant ».

Un vote n’est pas un sondage

Le patron de l’Agence revient d’ailleurs à quelques fondamentaux : « la théorie du vote électronique est très en avance, mais son implémentation est compliquée. À un moment donné, nous avons toujours un serveur forcément ouvert sur le monde, qui devient une cible ».

Les yeux vers l’avenir, « le concept même de vote électronique n’est pas remis en cause. Ce n’est pas le moment de relever le stylo. D’ici les prochaines élections, cela reste un objectif ». En attendant, un rappel en guise de conclusion : « Une élection ce n’est pas un sondage, la régularité doit être garantie. Or, on n’est pas à même de garantir la régularité du scrutin ». 

Publiée le 07/03/2017 à 08:30
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef Droit, LCEN, copie privée, terrorisme, données personnelles, surveillance, vie privée, et toutes ces choses...

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