Véhicules autonomes : Google accuse Uber d'avoir volé sa propriété industrielle

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Justice
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le mardi 28 février 2017 à 09:45
Vincent Hermann

Google accuse Uber de lui avoir dérobé de la propriété industrielle. Le vol se serait fait lors de la copie de milliers de fichiers par un ancien employé, aujourd’hui chez Uber. Un procès pourrait ruiner les efforts de l’entreprise dans le domaine des véhicules autonomes, déjà mis à mal.

La plainte de Google émane en fait de Waymo, une société créée par Alphabet pour prendre le relai en 2016 des efforts de Google en matière de véhicules autonomes. La structure rassemble donc des années de travail dans ce domaine, dont on sait qu’il intéresse de très près Google, qui y investit depuis des années.

Un glissement de 14 000 documents techniques

La plainte a été déposée jeudi dernier devant un tribunal local de San Francisco. Elle accuse Anthony Levandowski, ancien employé de Google, d’être parti de l’entreprise fin 2015 en embarquant au passage environ 14 000 documents de conception, pour un poids de 9,7 Go. Des données précieuses portant sur le système Lidar (laser detection and ranging) que Levandowski aurait gardées avec lui.

Peu de temps après son départ de Waymo, il est parti travailler dans une autre entreprise, Otto, spécialisée dans la conception de poids-lourds autonomes. Or, quelques mois plus tard, Uber rachète Otto pour 680 millions de dollars, Levandowski devenant dans l’opération son responsable pour tout ce qui touche aux véhicules autonomes.

Un fournisseur aurait vendu la mèche

Le simple glissement de Levandowski d’une société à une autre pouvait déjà faire craindre à Google d’éventuelles fuites. Mais selon Google, le vol des documents prouverait un véritable transfert de propriété intellectuelle par le jeu des rachats d’entreprise, une situation qui aurait largement profité à l'ex-employé. C'est en effet le développement très rapide d'Otto qui aurait attiré les soupçons de Waymo.

La filiale d’Alphabet détaille d’ailleurs plusieurs points dans l’enchainement chronologique des évènements. C’est en décembre 2016 que l’entreprise aurait reçu les premiers éléments prouvant qu’Otto et Uber utilisaient des designs brevetés de système Lidar. C’est un fournisseur de composants qui aurait vendu la mèche, envoyant un mail à Waymo pour lui faire part d’une étrange découverte : le dessin d’une carte électronique de chez Otto ayant une très forte ressemblance avec celle de Waymo, y compris certaines caractéristiques « uniques ».

Une période complexe pour Uber

Il ne fait aucun doute pour Waymo qu’Otto, et donc Uber, sont responsables devant le Defend Trade Secrets Act, une loi votée l’année dernière et qui se focalise justement sur ce type de transfert de propriété intellectuelle. Waymo réclame donc des dommages et intérêts ainsi qu’une injonction pour bloquer les ventes de tout produit concerné par cette propriété.

L’affaire est sérieuse et pourrait largement mettre à mal les efforts d’Uber dans le domaine des voitures autonomes. Des efforts déjà plus complexes que prévu avec un enchainement de problèmes à San Francisco en fin d’année dernière. Et la plainte de Waymo s’ajoute déjà à un contexte difficile, Uber ayant été accusée par une ex-ingénieure de ne pas lutter contre le harcèlement sexuel dans l’entreprise.

La plainte de Waymo illustre également le changement rapide des rapports entre Google et Uber, le premier étant initialement un investisseur du second. Dans un billet de blog, Waymo indique d’ailleurs que les deux entreprises ont collaboré de nombreuses fois sur ces dernières années et que la décision n’a pas été facile à prendre. De son côté, Uber a indiqué avoir demandé à Eric Holder, qui dirigeait le département américain de la Justice, de se pencher sur la plainte.


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