Les inquiétudes de Sergio Coronado, « seul député » à encore utiliser du libre à l’Assemblée

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Crédits : Marc Rees
Loi
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le vendredi 27 janvier 2017 à 16:33
Marc Rees

Sergio Coronado, l’un des députés des Français de l’étranger, vient d’écrire à Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, pour lui faire part de ses « nombreuses inquiétudes » dans l’utilisation du libre sur son poste de travail. 

Celui qui se présente « le seul député » à utiliser le libre sur son ordinateur professionnel mis à disposition par les services, dénonce de multiples problèmes au quotidien. Ainsi, « les services techniques de l’Assemblée nationale éprouvent des difficultés à renouveler [ces] logiciels libres ». À titre d’exemple, il pointe « Anaïs », la nouvelle procédure en ligne pour l’accueil des invités, qui génère des « incompatibilités » lorsqu’elle est utilisée sur son ordinateur.  

Pour le député, ces bugs favorisent de facto les « positions dominantes des grandes entreprises », bien loin de l’indépendance technologique associée aux solutions libres.

Contacté, Frédric Toutain, attaché parlementaire d’Isabelle Attard, nous révèle d'ailleurs qu’en juin 2012, lors de leur arrivée à l’Assemblée, « les autres attachés déjà en place nous avaient dit qu’on avait effectivement le choix entre Windows et Linux, mais que ce dernier souffrait de nombreux bugs. Finalement, ce choix n’était pas entre propriétaire ou libre, mais entre un système qui marche ou un autre qui ne marche pas. Confrontés à une telle alternative, nous avons opté pour Windows, sachant que l'option était alors présentée comme définitive ». L'intéressé nous précise cependant que sous Windows, « il y a beaucoup de solutions libres installées. Outre VLC, des applications métiers dédiées au dépôt des amendements sont couplées à Firefox »

Qu'est-ce qu'un OS qui marche, pour un député ?

Jonathan Chibois a rédigé de nombreux travaux sur ce thème. Voilà plusieurs années déjà, les parlementaires rencontraient déjà des difficultés à lire des DVD en raison des DRM, protégés par cette fameuse loi DADVSI qu’ils ont eux-mêmes votée. Se sont ajoutés des problèmes d’interaction avec les nouveaux smartphones et avant tout l’iPhone.

Ce chercheur en anthropologie politique tempère :  « Pratiquement, il faut savoir exactement ce que veut dire un OS qui marche pour un député. Souvent, il s’agit d’un ordinateur compatible avec l’iPhone, capable de lire ou produire des DVD. On ne peut donc pas jeter la pierre sur l’administration parlementaire. Quand ils ont décidé de mettre du logiciel libre, c’était en 2006, avant l’iPhone. Les agendas partagés n’existaient pas encore. Ils ont ensuite été pris de vitesse avec cette technologie grand public qui a fait un bond en avant ».

Il se souvient d’ailleurs qu’à l’époque, certains parlementaires ressortaient de vieux Windows 98 pour synchroniser leurs agendas. Contrairement à la précédente législature, vissée sur le libre, ces élus ont pu choisir Windows ou Ubuntu à partir de 2012, pour la plus grande satisfaction de l’éditeur de Redmond. Un membre des services de l’Assemblée nous avait d’ailleurs indiqué à l’époque que « cela fait cinq ans que Microsoft essaye de revenir, l’éditeur a fait un gros effort sur le prix des licences... »

Sergio Coronado ajoute à Next INpact que les problèmes sont en réalité beaucoup plus lourds : « il n’y a aucune mise à jour, rien. Quand cela bug et que j’appelle les services, ils me disent qu’il n’y a plus personne pour les logiciels libres, pourquoi alors faire appel à des techniciens ? » 

De l'article 16 de la loi Lemaire

« Je trouve cette contradiction désastreuse ». Sergio Coronado a le doigt pointé en effet sur l’article 16 de la loi sur la République numérique du 16 octobre 2016. Avec lui, le législateur a prévu que les administrations, État compris, « veillent à préserver la maîtrise, la pérennité et l'indépendance de leurs systèmes d'information ». À ce titre, « elles encouragent l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts lors du développement, de l'achat ou de l'utilisation, de tout ou partie, de ces systèmes d'information ».

« Notre institution devrait servir d’exemple » plaide le député, avant de suggérer au Président de l’Assemblée nationale que la priorité soit donnée au libre, à tout le moins qu’une égalité de traitement et d’égalité d’accès soit assurée. « Le choix du libre est un choix politique pour moi. Ce que je vote à l’Assemblée a pour moi des conséquences » nous confie au final l'élu. Nous reviendrons sur le sujet, selon les retours des services concernés.

sergio coronado


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