Il y a dix ans, Steve Jobs présentait l'iPhone

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Smartphones
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le lundi 09 janvier 2017 à 17:38
Vincent Hermann

La présentation de l’iPhone a durablement marqué les esprits. En quelques années, le paysage de la téléphonie en a été largement transformé. Retour sur un produit novateur, qui avait également de nombreuses absences.

Le 9 janvier 2007 était une date largement attendue. Les rumeurs allaient bon train : Apple s’apprêtait à présenter un smartphone. On le disait apte à secouer le cocotier et à chambouler une concurrence qui ne fournissait alors que des appareils disposant d’écrans physiques et souvent non tactiles. Ceux qui en possédaient passaient presque exclusivement par un stylet.

Aussi quand Steve Jobs présente finalement l’iPhone, le produit fait quelque peu table rase du passé. Le seul bouton physique restant était réservé à l’Accueil. Pour le reste, la majeure partie de sa façade présente un écran capacitif, conçu pour être piloté au doigt et présentant (alors) une réactivité nouvelle, liée d’ailleurs à celle du système sous-jacent iOS.

Un impact fracassant sur l'ergonomie

En dix ans, le paysage du smartphone a tellement changé que beaucoup ont peut-être du mal à imaginer ce qu’a pu être l’arrivée de l’iPhone. Apple utilise parfois à tort et à travers le mot « révolutionnaire », mais l’empreinte du produit, quand il est finalement arrivé en juin 2007, a été immédiate et durable. Il s’agissait alors du seul appareil présentant de telles caractéristiques.

Le point principal à retenir était probablement le changement profond que l’iPhone induisait en termes d’ergonomie. Les téléphones étaient en effet tous munis de claviers physiques plus ou moins complet. Conséquence, qu’ils soient utiles ou non, ils étaient toujours affichés à l’utilisateur. Comme l’indiquait alors Steve Jobs dans sa présentation de janvier 2007, la solution existait depuis longtemps dans les ordinateurs, dont l’écran n’affichait que ce qui était nécessaire. Pourquoi alors ne pas s’appuyer sur le même concept et ne faire apparaitre un clavier – et plus globalement des contrôles – que lorsque c’était nécessaire ?

Aujourd’hui, une telle conception du smartphone parait naturelle. Android est arrivé plus tard, mais la possibilité pour les constructeurs de l’utiliser comme pratiquement ils le souhaitent a très largement popularisé ce type d’ergonomie. Au détriment d’ailleurs de certaines marques, notamment BlackBerry, dont les claviers physiques, souvent considérés comme nettement plus précis que ceux sur écran, ont eu tôt fait d’évoquer le passé. Ce n’est pas un hasard si les sociétés ayant principalement réussi (à des degrés bien divers) dans le domaine du smartphone sont celles qui opéraient jusqu’à lors dans le domaine informatique.

Plusieurs projets en compétition

Autre changement introduit par l’iPhone, l’écran tactile multipoint, qui permettait d’y poser deux doigts en même temps afin de réaliser des actions, comme le zoom sur une photo. Pourtant, la gestation de l’iPhone n’a pas été simple, et plusieurs projets internes ont été mis en concurrence, avant qu’ils ne soient écartés au fur et à mesure pour le modèle que l’on connaît.

Les deux principaux projets en lice étaient initialement un smartphone à large écran capacitif et un autre doté d’un écran classique, se pilotant… comme un iPod. L’idée reprenait le concept du baladeur, avec la roue de sélection. On se serait alors déplacé dans les contenus, à la manière de ce que fait la télécommande de l’Apple TV aujourd’hui.

L’autre opposition importante qui a ensuite eu lieu résidait dans les fondations logicielles. Deux grandes idées s’affrontaient alors : une base Linux et OS X. C’est finalement ce dernier qui a été retenu, simplement parce qu’Apple en maîtrisait déjà la mécanique. iOS est donc une version dépouillée d’OS X, mais de nombreuses API ont été reprises, au prix cependant d’un travail qui a nécessité plusieurs années. Les deux systèmes partagent aujourd’hui un nombre accru de technologies communes, mais Apple reste centré sur son idée d’une plateforme logicielle spécifique pour chaque utilisation. Il n'est pas question encore de se diriger vers une solution unique, comme Microsoft avec UWP.

La synergie entre le matériel et le logiciel

Le succès de l’iPhone et plus généralement de son concept a signé un chamboulement et une série d’échecs pour une grande partie de la concurrence. Motorola a été revendu deux fois et appartient désormais à Lenovo, Nokia a été racheté par un Microsoft qui regrette depuis son opération, et on connaît les dégringolades de BlackBerry et de Palm. Aujourd’hui, le Canadien s’apprête à revenir avec de nouveaux modèles, mais il n’en est plus le constructeur.

On pourrait analyser sur de nombreuses pages l’évolution du marché du smartphone et chercher les raisons qui ont fait de l’iPhone un succès quand tant d’autres échouaient, voire fermaient leurs portes. Mais l’un des points-clés à retenir était sans doute la synergie entre le matériel et le logiciel : iOS accompagnait l’iPhone comme OS X accompagnait le Mac. Les capacités matérielles étaient exploitées par un système dont l’ergonomie était travaillée pour en tirer parti. En outre, les mêmes capacités étaient offertes aux développeurs, qui pouvaient les reprendre à leur compte.

Un premier modèle novateur, mais de nombreuses absences

iOS a été en effet le premier système d’exploitation à intégrer une boutique d’applications. Là encore, la pratique est désormais commune, mais il s’agissait alors d’une réelle nouveauté. Elle n’était cependant pas présente dans la première version du système, et il a fallu attendre iOS 2.0 en juillet 2008 pour officialiser l’App Store. L’idée d’installer des applications n’était pas nouvelle, mais le processus simplifiait largement l’opération, de même que les gains pour les développeurs – et pour Apple, qui en gardait 30 %. Une ouverture contrebalancée par une fermeture liée à un environnement très contrôlé.

Le tout premier iPhone n’avait cependant pas de nombreuses capacités que l’on considère aujourd’hui comme allant de soi. Il avait fait largement parler de lui pour son absence de 3G et de gestion des MMS, une fonctionnalité pourtant basique. Au rythme d’une version d’iOS par an, il aura fallu donc attendre deux ans pour les voir arriver, en même temps que le copier/couper/coller, qui faisait cruellement défaut, surtout pour ce type d’interface. De même, il n’était pas encore question à l’époque de parler de notifications push, le centre dédié n’apparaissant d’ailleurs que dans iOS 5. Une mouture qui avait également introduit iMessage, Siri et la possibilité de se passer entièrement d’iTunes. iOS 4 avait pour sa part mis en place la vue multitâche et FaceTime.

iphone ios 6 7
iOS 6 et 7

Depuis, une évolution plus douce...

La situation depuis 2007 a bien sûr grandement évolué. L’iPhone est toujours considéré comme un produit de « référence », mais son aspect révolutionnaire ne concerne finalement que le premier modèle, qui avait clairement mis un grand coup de pied dans la fourmilière. Une fois le concept installé, Apple a mis à jour petit à petit son produit, tantôt par des bonds importants (iPhone 4 et 6 par exemple), tantôt par des évolutions plus douces, surtout avec les versions « S ».

L’iPhone 7 en fait évidemment bien plus que le premier modèle. La seule comparaison de la puissance délivrée par le SoC suffirait à faire sourire. Pour autant, le concept central n’a pas changé d’un iota : il s’agit toujours de transporter sa vie numérique avec soi, dans un appareil à tout faire et qui se manipule avec les doigts. Un concept qui a été élargi aux iPod et aux tablettes depuis (l'iPad est arrivé en 2010).

ipad

... jusqu'au net ralentissement ?

Cette évolution douce fait dire aujourd’hui à certains qu’Apple s’endort sur ses lauriers, voire a tendance à s’égarer. L’iPhone revêt une importance capitale pour la firme, dont une grande partie du chiffre d’affaires en dépend directement. La dernière évolution notable du design date d’il y a plus de deux ans avec l’iPhone 6 et iOS lui-même semble ralentir sur les nouveautés, donnant parfois le sentiment que tout a été fait, et qu’il ne reste plus qu’à améliorer l’existant. Un sentiment qui n’est d’ailleurs pas spécifique à Apple, tant les constructeurs semblent parfois à court d’idées pour proposer davantage que des composants plus puissants dans des châssis plus grands.

On peut donc se demander si Apple serait prête à chambouler son iPhone comme elle l’a fait récemment avec son MacBook Pro. Cependant, puisque ce dernier a récolté nombre d’avis négatifs au vu des choix de l’entreprise, il n’est pas évident qu’elle arrête des décisions aussi tranchées, au risque d’un impact brutal sur ses finances.

Une position menacée

Par ailleurs, Apple doit faire attention à certains fondamentaux, notamment la qualité. Un problème croissant au sujet de l’autonomie des iPhone n’a toujours pas été reconnu par Apple, et encore moins pris en charge. Seul l’iPhone 6s dispose d’un programme d’échange de la batterie. Mais, comme nous l’avions indiqué fin novembre, de très nombreux utilisateurs témoignent de symptômes identiques depuis le passage d’iOS 10.1, de l’iPhone 5 à l’iPhone 7.

Mais dans tous les cas, l’arrivée d’un nouvel iPhone est toujours un évènement que beaucoup attendent, certains pour savoir ce que fera leur prochain smartphone, d’autres simplement pour observer les mouvements du constructeur, comme si Apple donnait le « La ». Ce n’est plus tout à fait le cas, et même si Apple est un acteur majeur sur ce marché, d’autres constructeurs ont rencontré le succès et provoquent pratiquement le même enthousiasme, à l’instar de Samsung, que même l’incident du Galaxy Note7 n’a pas affaibli


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