Oracle serre la vis sur les licences de Java en entreprise

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Justice
Vincent Hermann

Oracle est désormais plus offensif sur le respect des licences Java quand elles sont utilisées par les entreprises partenaires. Car en dépit des apparences, il en existe plusieurs éditions, dont certaines sont payantes. Le procès contre Google ne portant pas les fruits espérés, l’éditeur chercherait ainsi à serrer la vis.

La question de savoir si Java est gratuit est finalement plus complexe qu’il n’y paraît. Comme l’indique The Register, des partenaires d’Oracle ont la désagréable surprise de se voir imposer des audits de leurs licences par l’éditeur, pour savoir s’ils ne devraient pas quelque argent sans même être au courant.

Un renforcement des services de contrôle

Le modèle de licence de Java est en effet assez spécifique, et beaucoup ne semblent pas s’être posé la question jusqu’à présent, pas même Oracle. Mais depuis peu, l’éditeur cherche à récupérer son dû. Selon nos confrères, l’entreprise aurait embauché pas moins d’une vingtaine de personnes supplémentaires pour étoffer ses License Management Services (LMS), qui gèrent ce type de cas. Six ans après le rachat de Sun, l’heure serait donc aux comptes.

Toujours selon The Register, les entreprises concernées embauchent actuellement des experts sur ces questions de licences, car les sommes en jeu vont de quelques dizaines à quelques centaines de milliers de dollars. Un flou dû à la manière dont les licences Java sont testées, même si les clients croient n’utiliser que Java SE, l’édition gratuite.

Java SE est bien gratuit, mais...

En effet, si l’édition SE est bel et bien gratuite, elle est suivie de trois autres variantes, payantes cette fois : SE Advanced Desktop, SE Advanced et SE Suite. Elles offrent toutes des socles fonctionnels différents. La SE Suite par exemple est facturée 300 dollars par utilisateur et par mois, assorti d’une licence de 66 dollars. Selon le cas, notamment en utilisation serveur, la facturation peut basculer sur un modèle par processeur, ici pour 15 000 dollars par mois, avec un support de 3 300 dollars.

Ici, les choses se compliquent, car il y a deux éléments à prendre en compte. D’une part, Java SE se veut gratuit pour certaines catégories d’utilisation qu’Oracle décrit comme « générale », à savoir les ordinateurs fixes ou portables, les tablettes et les smartphones. Tout ce qui sort de ce cadre, notamment les équipements spécialisés, les platines Blu-ray et autres équipements réseau, entraine une facturation.

D’autre part, et c’est là que la mauvaise surprise peut résider, la société concernée ne sait pas forcément qu’elle se sert d’une édition payante de Java. L’installation de Java SE met en effet en place l’ensemble des composants. Les développeurs peuvent donc se servir de presque tout ce que Java peut offrir… sans savoir qu’ils utilisent peut-être un élément appartenant à une édition payante. Or, si elle s’en sert pour développer des produits payants sur des catégories spécifiques de produits mentionnées plus haut, elle enfreint la licence d’utilisation.

Attention aux composants utilisés

D’après un expert interrogé par The Register, une grande partie du problème actuel réside dans cette confusion : « Si vous téléchargez Java, vous obtenez tout, et vous devez vous assurer que vous n’utilisez que les composants auxquels vous avez droit et que vous avez supprimé ce que vous n’utilisez pas. L’utilisation commerciale se déclenche dès que vous vous servez d’une de ces fonctionnalités payantes. « L’objectif général » n’est défini que vaguement, d’où ces conflits ».

Selon les sources de The Register, tout porte à croire qu’Oracle devrait intensifier ses réclamations en 2017. L’éditeur chercherait manifestement à remettre la situation à plat via les audits déjà mentionnés, afin de remplir un peu ses caisses. Et les embauches dans les LMS prouvent qu’il est plus que décidé à faire respecter les règles en la matière.

L'influence d'un procès qui traîne ?

On s’étonnera malgré tout que ces questions de licence semblent tout à coup poser problème plus de six an après le rachat de Sun. Pourquoi un tel calendrier ? On peut estimer que le procès intenté à Google sur la violation des brevets Java douche actuellement les espoirs d’Oracle sur la possibilité d’une victoire. L’éditeur avait réclamé jusqu’à 9,3 milliards de dollars, mais Google a obtenu gain de cause. Même si Oracle a fait appel de la décision, la procédure sera longue et l’issue incertaine.

En attendant, le seul conseil qui puisse être donné aux entreprises se servant de Java est de faire attention aux composants utilisés. Si certains appartiennent à des éditions payantes, elles peuvent s’attendre à un courrier d’Oracle et à une facture potentiellement salée.


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