Informatique : un coût de 10 milliards d’euros par an pour l’État

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Crédits : Filograph/iStock
Loi
Xavier Berne

Chaque année, les dépenses informatiques de l’État s'élèveraient à près de 10 milliards d’euros. C’est en tout cas ce qui ressort d’un rapport sénatorial rendu public hier, et dans lequel sont formulées différentes recommandations à ce sujet.

Qu’il paraisse élevé ou raisonnable, ce chiffre de 10 milliards d’euros doit être mis en relation avec les 380 milliards d’euros de dépenses prévues dans le cadre du budget 2017.

Le sénateur centriste Michel Canevet, auteur de « L'informatique publique : quels moyens pour l'administration de demain ? », explique qu’il englobe tous les frais relatifs « aux systèmes d'information et de communication (SIC) dans la sphère publique - comprenant l'État, le secteur social et de la santé, les opérateurs et les collectivités territoriales ». En clair, il est ici question des achats de logiciels, de matériel,... des ministères, des mairies, des hôpitaux, des autorités administratives indépendantes telles que la CNIL ou la Hadopi, etc.

Cette enveloppe comprend aussi – et surtout – les dépenses de personnel : « Au 7 avril 2016, environ 18 500 agents étaient chargés des systèmes d'information et de communication de l'État », précise le rapport. « Les dépenses liées aux systèmes d'information militaires (opération et commandement) » ne sont toutefois pas comptabilisées, ce qui fera probablement sourciller les détracteurs du contrat dit Open Bar entre Microsoft et le ministère de la Défense.

Faible suivi de l’impact des projets informatiques

Il n’en reste pas moins que ce chiffre n’est que le résultat d’évaluations, ce que déplore d’ailleurs Michel Canevet. L’élu en appelle ainsi à « consolider la connaissance et le suivi des personnels et des dépenses informatiques de l'État, afin de pouvoir véritablement les piloter et d'être en mesure d'évaluer l'impact, notamment budgétaire, des projets informatiques menés ». Les exemples de « ratés » en la matière sont pour mémoire nombreux : Louvois, Opérateur national de paie, Dossier médical personnel...

Son rapport présente néanmoins quelques détails intéressants, issus de données prévisionnelles collectées en mai 2015 par la DISIC (depuis devenue la DINSIC, Direction interministérielle du numérique) et correspondant aux dépenses informatiques de 29 programmes de l'État représentant « les trois quart » de la dépense informatique annuelle – hors frais de personnel.

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Crédits : Rapport du sénateur Michel Canevet

La DINSIC a par ailleurs indiqué au sénateur qu’un groupe de travail interministériel « Transparence des coûts », animé par ses soins, avait « proposé un référentiel commun de qualification des dépenses informatiques mis en oeuvre dans Chorus à partir du début de l'année 2016 ». Ce changement au sein du célèbre logiciel de gestion des paiements de l’État devrait permettre « de suivre d'une part les économies réalisées sur les dépenses d'informatiques et d'autre part, les investissements réalisés ».

D’une manière plus générale, le rapport plaide pour un renforcement (notamment en termes de moyens) de la DINSIC.

Pas assez de valorisation des informaticiens

Michel Canevet insiste enfin sur le nombre d’informaticiens – 18 500 – travaillant pour le compte de l’État. Ces agents « appartiennent à 900 cadres d'emplois différents », regrette l'auteur du rapport. Ce dernier y voit « un frein important à la mobilité des informaticiens », ce qui « limite l'attractivité de l'État pour ces profils, alors même que les besoins sont importants ». Le sénateur se dit au passage préoccupé par le recours à des prestataires extérieurs.

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Crédits : Rapport du sénateur Michel Canevet

Afin de « fidéliser » les agents (dont 10 % sont des contractuels) et de disposer de « meilleurs profils », l’élu invite les pouvoirs publics à « développer les perspectives de carrière au sein de l'État et favoriser la formation continue », sans s’avancer davantage.

De manière très surprenante, Michel Canevet n’évoque à aucun moment la question des logiciels libres. La récente loi Numérique impose pourtant aux administrations d’encourager l’utilisation de ces solutions (Linux, LibreOffice, VLC...), bien souvent gratuites.


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