Tesla : l'option « conduite entièrement autonome » disponible, que peut-on en attendre ?

Une certitude : il est « impossible de dire quand exactement » 43
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Nouvelle Techno
Sébastien Gavois

Les « nouvelles » Tesla Model S et X, emportant un nombre plus important de capteurs, sont en vente. Les clients peuvent choisir de souscrire à l'option « pilotage automatique amélioré » et à la « conduite entièrement autonome ». Que proposent-elles exactement et quand seront-elles disponibles ? On fait le point.

Cette semaine, Tesla a annoncé que toutes les voitures sortant désormais de ses usines sont équipées pour proposer « une conduite entièrement autonome ». Il ne s'agit par contre « que » de la partie matérielle. Le logiciel arrivera plus tard, à une date qui n'a pas encore été précisée. Cela n'empêche pas le fabricant de déjà proposer cette fonctionnalité à la vente.

La situation actuelle est tout de même assez étrange de la part du constructeur : d'un côté il renforce les capacités techniques de ses voitures, alors que de l'autre il réduit le nombre de fonctionnalités. En effet, le freinage automatique d'urgence, l'avertisseur de collision, le maintien sur la voie ainsi que le régulateur de vitesse actif sont pour le moment aux abonnés absents des « nouvelles » Model S et X. Elles reviendront lorsqu'elles seront « solidement validées », ce qui peut prendre deux à trois mois selon Elon Musk.

Pilotage automatique : la version « améliorée » se paye 2 200 euros de plus...

En attendant, la mise en vente des voitures par le fabricant est l'occasion de découvre le prix des options : il faut compter 5 600 euros pour le « pilotage automatique amélioré » sur la Model S, contre 5 500 euros sur la Model X. Soit une différence de 100 euros, alors que les fonctionnalités sont exactement les mêmes.

C'est donc une hausse relativement importante puisque cette option était auparavant facturée 3 300 euros, et mêmes 2 800 euros avant la discrète hausse du mois d'août. Pour rappel, le constructeur nous avait confirmé que ces changements ne reflètaient pas « l’ajout d'un ou plusieurs équipements à notre système Pilotage automatique » et qu'il s'agissait d'un ajustement de tarif comme cela arrive « périodiquement ».

... mais avec plus de services et d'autonomie

Le pilotage automatique version 2.0 – « amélioré » dans le langage de Tesla – exploitera quatre des huit caméras présentes sur la voiture afin de proposer « une plus grande exactitude et une meilleure capacité à capter tous les véhicules s'approchant dans les voies adjacentes ». Alors que l'on peut supposer que « l'exactitude » aurait été encore plus grande avec huit caméras, il faudra payer un peu plus pour que l'ordinateur de bord les exploite (nous y reviendrons). Bien évidemment, la douzaine de capteurs ultrasons est utilisée.

Ainsi, votre Tesla « pourra adapter sa vitesse au trafic, rester dans sa voie, changer de voie avec fluidité sans intervention du conducteur, bifurquer vers une autre autoroute, sortir de celle-ci une fois votre destination proche, se garer toute seule quand vous êtes à proximité d'un parking ou manœuvrer pour sortir et entrer de votre garage ».

Pour rappel, il était auparavant question de « suivre la route », de changer de voie en actionnant le clignotant, d'adapter la vitesse en fonction du trafic et se garer automatiquement. La version 2.0 du pilotage automatique permet donc à la voiture de gagner en autonomie, notamment sur autoroute.

Tesla rappelle les obligations du conducteur

La description de l'option indique désormais que « le pilotage automatique amélioré doit être considéré comme un assistant à la conduite et il est de la responsabilité du conducteur de rester maitre de son véhicule en toutes circonstances ». Une mise en garde qui n'était pas affichée sur le formulaire auparavant et qui sonne comme une conséquence du récent accident mortel aux États-Unis et à la récente demande de l'Allemagne de ne plus utiliser le terme Autopilot :

 tesla Pilotage automatiquetesla Pilotage automatique amélioréPilotage automatique / Pilotage automatique amélioré

Quoi qu'il en soit, la version « améliorée » du pilotage automatique sera déployée à distance via une mise à jour OTA au cours du mois de décembre, mais cela dépendra « des validations réglementaires en vigueur dans chaque pays ».

Notez que si vous ne prenez pas cette option lors de la commande de la voiture, vous pouvez toujours l'activer par la suite, mais il vous en coûtera alors 1 100 euros de plus, soit un total de 6 700 euros pour la Model S et de 6 600 pour la Model X.

Pour un pilotage entièrement autonome, ajoutez 3 300 euros de plus...

Comme on pouvait s'en douter lors de l'annonce d'hier, la conduite entièrement autonome de la voiture sera une option supplémentaire. Pour en profiter, il faut en effet payer le « pilotage automatique amélioré » et ajouter une rallonge de 3 300 euros. Là encore, il sera possible d'activer l'option dans un second temps, à condition de débourser 1 100 euros de plus sur la Model X (soit 4 400 euros) et 1 200 euros de plus sur la Model S (soit 4 500 euros) :

tesla Pilotage automatique amélioré

Au final, ajouter la capacité de conduite entièrement autonome à une Tesla coute 8 900 euros sur la Model S et 8 800 sur la Model X... à condition de la prendre lors de la commande. Dans le cas contraire, la facture peut grimper de 2 300 euros supplémentaires, soit 11 200 euros tout de même.

Côté matériel, cette option active les huit caméras de la voiture (contre quatre pour le pilotage automatique amélioré). Désormais, vous pouvez simplement « dire à votre voiture où vous souhaitez vous rendre ». Si vous restez silencieux, elle « consultera votre agenda et vous conduira le cas échéant à votre prochain rendez-vous, sinon, elle vous conduira à votre domicile ».

Elle s'occupe automatiquement de trouver « l'itinéraire optimal à emprunter, naviguera dans la rue (même sans marquage au sol), gérera les intersections complexes avec des feux de signalisation, les panneaux-stops ou les ronds-points et gérera parfaitement les autoroutes au trafic dense ». Une fois arrivé à destination, vous n'avez plus qu'à descendre de votre voiture, et elle ira chercher une place pour se garer toute seule. Grâce à votre téléphone, elle viendra directement vous chercher lorsque vous en aurez besoin.

... pour un service dont il est « impossible » de dire quand il arrivera 

Intéressant ? Oui, mais attention cette fois encore le diable se cache dans les détails. Le constructeur confesse en effet qu'il est « impossible de dire quand exactement » chaque élément de la capacité de conduite entièrement autonome sera disponible.

Le constructeur ajoute que cela dépendra de la validation par les autorités locales... mais aussi de la finalisation de son logiciel, qui n'est pas encore prêt, et ne le sera probablement pas avant de nombreux mois, voire des années. Il s'agit donc de faire un pari sur l'avenir, mais avec une mise de départ qui est loin d'être anodine.

Et si vous pensiez rentabiliser votre voiture automatique en proposant un service de « VTC 2.0 » (Voiture de Transport sans Chauffeur), vous pouvez faire une croix dessus. L'utilisation de la voiture pour du covoiturage ou un trajet à la demande pour vos proches est possible, mais « toute activité de ce genre à des fins commerciales ne sera autorisée que sur le réseau Tesla ».

Sur ce dernier point, il est certainement question du système de partage de véhicules annoncé cet été par le fabricant. Le propriétaire d'une voiture avec conduite entièrement autonome pourrait ainsi la mettre en mode partage pour qu'elle joue le taxi, mais pour le compte de Tesla qui s'occupe de rémunérer le propriétaire. Dans tous les cas, le constructeur promet plus d'informations « l'an prochain ».

Une conduite entièrement autonome en toute circonstance ?

Dans la présentation de son option, nous avons remarqué un détail intéressant : Tesla parle certes d'une « conduite entièrement autonome », mais dans « quasi toutes les circonstances » seulement, pas toutes. Quelles sont les exceptions ? Cela n'est pas précisé. Nous avons contacté le constructeur afin d'avoir de plus amples informations et nous mettrons cette actualité à jour quand nous aurons la réponse.

Le constructeur affirme que la conduite entièrement autonome propose « un niveau de sécurité deux fois supérieur à celle d'un conducteur humain moyen » et que « ce système a été conçu pour parcourir de courtes ou longues distances sans que vous n'ayez à intervenir à aucun moment ». De plus, la voiture peut se recharger toute seule avec des « Superchargeurs dotés de la connexion de charge automatique ». Une carte listant les stations disponibles est disponible par ici.

Des fonctionnalités qui peuvent varier suivant les pays, mais un tarif unique

En plus de dépendre de la législation en vigueur, les fonctionnalités de la conduite entièrement autonome « sont susceptibles de varier suivant le lieu d'utilisation de votre Tesla ». Pour résumer, vous pouvez payer maintenant plusieurs milliers d'euros pour un service dont on ne sait pas quand il arrivera et surtout comment il sera possible d'en profiter en France où dans les pays aux alentours.

Pour rappel, la France se prépare seulement à autoriser les expérimentations sur routes des voitures autonomes, mais il manque toujours le décret d'application. Pendant ce temps, la Belgique et les États-Unis ont modifié leurs règles afin d'assouplir les conditions de tests sur les routes (voir notre analyse).

Tesla n'est pas le seul, les constructeurs sont nombreux à se lancer

Si Tesla est le premier à proposer des voitures de série avec une option de conduite entièrement autonome (même si elle n'arrive que plus tard), les constructeurs sont nombreux à s'intéresser à ce marché qui promet d'être lucratif. Plusieurs démonstrations/annonces ont par exemple été réalisées à l'occasion du Mondial de l'Automobile à Paris (voir notre compte rendu).

Ainsi, Valeo faisait rouler un véhicule autonome Cruise4U pendant 24 heures sur le périphérique parisien, tandis que Peugeot présentait des prototypes de C3 Picasso autonomes. Plus tôt dans l'année, Uber a mis en place une flotte de Ford Fusion et signait un partenariat avec Volvo.

On peut également citer les ambitions de bon nombre de fabricants dans ce domaine : NVIDIA avec son SoC Xavier (architecture Volta), Intel, Delphi, Mobileye, etc. Bref, les annonces devraient se multiplier comme des lapins durant les prochaines années. Pour rappel, Renault et Peugeot estiment que l'arrivée de leurs voitures autonomes devrait commencer à partir de 2020.

Les questions législatives et éthiques doivent trouver des réponses

Au-delà de la question législative, dont la réponse devra être apportée rapidement puisque des voitures avec une option de conduite entièrement autonome sont déjà en vente, se pose encore et toujours celle de l'éthique. Même si les constructeurs planchent évidemment afin d'éviter au maximum tous les accidents, le risque zéro est impossible à certifier. Il faut donc définir comment une voiture peut être amenée à « choisir » des victimes en cas d'accident mortel (voir cette actualité). Pour rappel, Mercedez-Benz a tranché : le constructeur préfère sauver le conducteur et les passagers de la voiture.

Le chemin est donc encore long et promet d'être tortueux avant de se laisser guider par une voiture entièrement autonome, mais on se rapproche inexorablement de la ligne d'arrivée. 


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