Primaire de droite : à la rencontre de GOV, l'application derrière la soirée « participative » de LCI

Une vitrine et des services 11
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Reseaux Sociaux PRIMAIRES
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le lundi 17 octobre 2016 à 16:33
Guénaël Pépin

Le 13 octobre au soir, LCI montait un dispositif original pour impliquer les internautes et tenir compte de leurs avis. Il s'agit d'un partenariat avec GOV, un réseau social français spécialisé, qui ambitionne de reconnecter internautes et politiques. Derrière le service, une entreprise qui vend des services aux collectivités et grands groupes.

La course vers l'élection présidentielle ne concerne pas que les politiques. À l'occasion des primaires, médias et réseaux sociaux redoublent d'efforts pour devenir le support des débats censés agiter la société, surtout sur Internet (voir notre actualité). Pour le premier débat de la primaire de la droite et du centre, qui a eu lieu le 13 octobre à 21h, LCI s'était associé à la jeune pousse française GOV, pour déterminer en temps réel la cote de popularité des candidats et les questions que se pose une partie des spectateurs.

Alors que les médias ont, pour le moment, surtout monté des partenariats avec des acteurs de poids, comme Facebook et Twitter, le choix d'une startup qui compte à peine 100 000 membres a de quoi interroger. GOV s'est officiellement lancé fin 2014, après une version bêta ouverte un an plus tôt. Le but, devenu habituel aujourd'hui : « sortir de la communication politique verticale vers le bon peuple, pour entrer dans une ère de dialogue entre le peuple et les politiques » nous explique Pierre-Alexandre Teulié, son cofondateur avec Bobby Demri.

Teulié n'est pas un débutant. À 46 ans, il sort d'une carrière dans la haute fonction publique (notamment à Bercy) et plusieurs années dans de grands groupes (Nestlé, Procter & Gamble...), dont trois ans en tant que secrétaire général du groupe Carrefour. « GOV est la rencontre entre ma culture intérêt général et celle de la grande consommation » résume-t-il.

Pour se différencier, la société s'appuie sur une communauté réduite de « personnes intéressées par la vie publique », qui doivent permettre de faire émerger des questions ou sujets de société bien avant des sondages. Il doit s'agir d'une prise directe avec les Français, dont seraient déconnectés les politiques. « Les sondages sont généralement commandés par quelqu'un qui le paie, et formule la question un peu de la façon dont il attend la réponse » estime Teulié.

Primaire de droite : 25 000 votants pour les candidats

C'est surtout l'aspect temps réel de l'application qui a intéressé LCI, qui a monté un dispositif autour. Le service est d'ailleurs brièvement passé aux couleurs de la chaine pour permettre les votes, aussi possibles via la page Facebook et le site de la chaine. Il s'agissait d'une nouvelle expérimentation pour amener les téléspectateurs à interagir et être entendus. Au programme : affichage constant des cotes de popularité des candidats et réponses aux questions des internautes, mêlées à celles posées sur d'autres réseaux sociaux, avec données démographiques.

Si le service se vante d'avoir attiré 25 000 votants pour jauger la performance des candidats et d'avoir reçu de nombreuses questions, sur une base de six millions de téléspectateurs, seules quelques infographies transparaissent encore sur le site de LCI. « C'est une première expérience, avec l'intérêt de montrer aux spectateurs qu'ils peuvent être partie prenante et acteurs du débat » affirme le cofondateur de GOV, qui attendait que son outil montre des tendances et des questions autres que celles poussées par des sondages classiques.

« C'est difficile de parler de ce que veulent les "Français" en général, une globalité uniforme. Le chômage semble un sujet plus au cœur des préoccupations des gens du nord, alors que dans le sud, ce sont la sécurité et l'identité qui émergent le plus » note par exemple Pierre-Alexandre Teulié. Pourtant, LCI affiche justement des tendances nationales dans ses articles post-débat, qualifiant même les résultats de « sondage ».

La jeune pousse réfute aussi l'idée d'une surcouche « téléréalité » sur un débat politique. « Si vous vous limitez à la cote de popularité, je peux vous rejoindre. Ne sous-estimez pas les propositions des téléspectateurs. C'est du fond, des propositions, pas de simples commentaires » affirme son cofondateur.

Un outil « complémentaire » aux sondages

Il reste que si le dispositif se voulait original, LCI semble bien en avoir retenu l'aspect sondagier. Pour GOV, ils ont une fonction bien différente : quand les sondages sont des thermomètres à un instant précis, son service doit proposer un baromètre constant du débat politique. Autre différence importante : quand les sondages ont une mission de représentativité de la population, GOV affirme ne pas chercher à s'y conformer. « Par contre, on va voir émerger des sujets à la seconde où des gens se posent des questions dessus. Il n'y a pas besoin d'aller leur poser la question des jours, voire des semaines plus tard » déclare-t-elle encore.

« On se situe plutôt en amont des instituts de sondage » poursuit Teulié, pour qui son application permet de mesurer l'éventail des opinions. « Quand quelqu'un pose la question, par exemple, sur la légalisation du cannabis, un autre utilisateur va se dire en faveur d'un usage thérapeutique, un autre pour lutter contre le terrorisme ou le financement des mafias, un quatrième pour faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'Etat... Au final, on va se retrouver avec toutes les sensibilités qui peuvent s'exprimer sur un sujet » estime-t-il. Le nombre de contributions peut aller d'un millier à 10 000 par sujet, selon les jours.

GOV se voit donc comme un « premier filtre » avant les sondages, avec des résultats déclarés très proches, parfois bien en amont. Pour cela, l'entreprise affirme garantir son indépendance. « GOV n'a pas de modèle économique sur la dynamique politique, c'est une application gratuite, sans publicité, sans vente des chiffres ou des données. Et personne ne paie pour poser des questions, 100 % d'entre elles sont posées par la communauté » indique Teulié. 

Une application gratuite, des services payants

En fait, le service est la vitrine de la société, qu'elle finance par la conception d'applications et le conseil. Le modèle économique de l'entreprise est simple : vendre en marque blanche des outils de consultation et de débat pour des collectivités et de grandes entreprises, dont des départements. Cela autant pour obtenir des statistiques que « fluidifier le dialogue social ».

« Le modèle économique est de passer, partout où c'est possible, de la communication au dialogue » résume encore le cofondateur de GOV. Au-delà des applications elles-mêmes, c'est le conseil sur les réponses et les plans d'action des clients qui finance la société. « S'il s'agissait uniquement de vendre une application quelques dizaines de milliers d'euros à chaque fois, je ne suis pas sûr que l'aventure serait aussi jolie » résume-t-il encore.

La jeune pousse, qui en est à sa première année commerciale, refuse pour le moment de donner la moindre indication de chiffre d'affaires. Tout juste affirme-t-elle qu'une douzaine de personnes travaillent sur l'application, en interne ou en prestataire, « quasi à plein temps », uniquement sur fonds propres. « On n'a besoin de personne pour financer tous nos développements, donc on peut dire que l'entreprise est rentable. »

Côté actionnariat, les cofondateurs disent être encore « largement majoritaires ». Une première levée de fonds de 75 000 euros, notamment auprès de l'agence de communication Fred & Farid, a permis de concevoir la première version du service, accompagnés d'anciens de l'achat d'espace publicitaire. Ils ont été rejoints par Clear Channel France, qui avait exploité GOV pour une opération de communication via l'affichage urbain à l'occasion de la COP21.

Un contact constant avec les politiques

Si le monde de la communication semble bien avoir compris l'intérêt de GOV, qu'en est-il des politiques eux-mêmes ? Pour Pierre-Alexandre Teulié, « tous les politiques connaissent, utilisent ou observent. C'est une certitude ». Certains, dont Alain Juppé et Emmanuel Macron, ou des parlementaires français et européens, contribueraient à visage découvert... Voire testent des idées de réforme. Quand d'autres participeraient ou consulteraient le service de manière plus discrète.

« Il y a aussi les politiques qui viennent piquer des idées [populaires] pour se les attribuer. Cela veut juste dire qu'ils n'ont rien compris ! » tance Teulié, pour qui ils devraient plutôt afficher le soutien déjà exprimé par les internautes. Les concepteurs du service seraient aussi sollicités par une partie de ses politiques, y compris « de premier plan », pour mieux maitriser l'outil. « Autant on ne vend rien à personne, autant on parle avec tout le monde » déclare l'entreprise, qui décèle une vraie curiosité du monde politique.

Pourtant, après près de deux ans d'activité et une première expérience télé avec LCI (dont on ne sait si elle sera renouvelée), le service doit encore affirmer son rôle démocratique. Si l'entreprise affirme être sur de bons rails en matière commerciale, il reste à voir si elle saura convaincre la masse large des internautes et du personnel politique de s'y impliquer plus, face aux mastodontes que sont les réseaux sociaux généralistes.


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