Le moteur de recherche juridique Doctrine.fr lève 2 millions d’euros

Du carburant sous le capot 4
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Crédits : doctrine.fr
Loi
Marc Rees

Lancé le 24 février 2016, Doctrine.fr, annonce ce matin une levée de fonds de deux millions d’euros. Son CEO, Nicolas Bustamante, revient dans nos colonnes sur les ambitions de ce moteur de recherche juridique gorgé de big data et machine learning.

Pourquoi une telle levée de fonds de 2 millions d’euros ?

Doctine.fr est un moteur de recherche qui a pour objectif de mettre l’intelligence artificielle au service des avocats. Il s’agit pour nous de prendre le contrepied de ce qu’on a entendu à San Francisco - l’IA à la place des professionnels du droit. Pour notre part, on veut faire gagner à ces acteurs de la productivité, du temps, tout en fournissant des informations précieuses pour leurs clients. Par exemple, nous sommes aujourd’hui capables d’extraire des moyennes de dommages et intérêts au Prud’hommes ou calculer des délais moyens entre une décision de première instance et un arrêt de cassation. Une telle démarche n’est pas possible avec une analyse manuelle.

Depuis juin, le site a connu une très forte croissance, près de 15% par semaine. De très beaux chiffres épaulés par une belle technologie qui ont exigé une levée de fonds afin de maintenir notre rythme et surtout nous donner les moyens de nos ambitions. Elle servira à poursuivre nos recrutement de datas scientists sur notre pôle à Paris. Nous avons ainsi embauché des datas scientists qui étaient jusqu’alors à San Francisco, pour les former à la matière juridique puisqu’ils doivent travailler avec grande finesse sur ces problématiques. Nous voulons également développer encore l’intelligence artificielle et le traitement automatique du langage naturel de notre moteur, collecter davantage de décisions de justice au quotidien avec nos robots qui partent à la recherche sur le web. Enfin, nous souhaitons accentuer notre pôle produit. 5 000 avocats utilisent nos services, nous voulons continuer à les satisfaire en accentuant encore la simplicité de la recherche juridique et tendant vers l’exhaustivité des décisions indexées.

Qui sont les acteurs derrière ces deux millions d’euros ?

Il y a Otium Venture à hauteur de 70 %, Kima Ventures (Xavier Niel), TheFamily (Save, CaptainTrain, Algolia), Oleg Tscheltzoff (Fotolia), Florian Douetteau (Dataiku) et Thibault Viort (Wipolo, Cityvox). Ils ont été séduits par le potentiel de croissance, la technologie développée et notre mode de développement.

Envisagez-vous un service payant ?

Oui, nous avons des coûts de fonctionnements importants. Avec notre intelligence artificielle, nous personnalisons les recherches en fonction des utilisateurs. Plus une personne recherche, plus les résultats s’affinent selon son profil. Auparavant, la veille était une action positive. Maintenant, c’est une action passive, où on va fournir l’information susceptible d’intéresser.

Ce travail a exigé de nombreuses ressources informatiques et de recherches et développements. Aujourd’hui, nous sommes donc capables d’analyser ses recherches pour proposer au professionnel du droit les décisions qu’il doit lire. Ce service a exigé de scanner des millions de décisions de justice avec l’objectif de n’en manquer aucune et de simplifier l’accès à l’information juridique. Avec notre service, nous estimons faire gagner à l’avocat entre 2 et 3 heures par semaine.

Combien de décisions sont référencées ?

On va avoir le double d’un éditeur juridique traditionnel, en récupérant notamment les décisions de première instance à l’aide de robots parcourant les sites des avocats, des syndicats, etc. Nous disposons aujourd’hui de près de 3 millions de décisions de justice.

La loi Lemaire a organisé l’ouverture des données issues des décisions de justice. Qu’en dites-vous ?

C’est évidemment une formidable avancée que l’ensemble des décisions soient mises en Open Data. L’objectif est de numériser ces fonds et de les anonymiser avant leur mise en ligne sur data.gouv.fr. La France va alors être l’un des leaders sur le sujet, devant l’Espagne ou le Royaume Uni. L’anonymisation est une problématique lorsqu’elle est faite à la main. De notre côté, nous avons mis au point un logiciel dédié qui permet de gommer assez massivement et à moindre coût ces informations dans les décisions.

Comment se passent vos relations avec les éditeurs traditionnels ?

Nous sommes complémentaires sur de nombreux sujets. Ils publient de nombreux commentaires d’arrêt, nous on indexe ces informations. De façon plus globale, certains ont copiés nos fonctionnalités, ce qui est très flatteur pour notre équipe. À titre d’exemple de fonctionnalités reprises, nous avons réussi à chaîner l’ensemble du contentieux. À partir d’un arrêt de la Cour de cassation, on peut cliquer sur une frise pour revenir à l’appel ou au jugement de première instance.

Quel est le principal point noir de Doctrine.fr ?

Doctrine.fr compte 10 personnes dans ses rangs. Nous recrutons une quinzaine de personnes, des ingénieurs, développeurs, des datas scientist et par la suite en marketing et dans la communication. Aujourd’hui le site est connu par le bouche à oreille, notamment sur les réseaux sociaux. La croissance se fait sur la qualité du produit, on communique trop peu sur les fonctionnalités régulièrement ajoutées. On va donc redoubler d’effort pour communiquer.

Merci Nicolas Bustamante.


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