Une proposition de loi pour pénaliser la divulgation des photos et de l’identité des terroristes

M.L.-B. 165
En bref
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Crédits : abadonian
Loi
Marc Rees

Une brochette de députés Les Républicains a déposé une proposition de loi visant à interdire la diffusion des photographies et de l’identité des terroristes, notamment sur Internet et dans les médias. 

« Tandis que les familles pleurent leurs défunts et blessés, les visages et noms des terroristes sont omniprésents dans le traitement médiatique des attentats. Analysés, décortiqués, racontés par des amis d’enfance ou des membres de leur famille, les parcours de ces criminels sont étalés au vu et au su de tous, à la manière des célébrités ». Voilà comment est introduite la PPL signée Marine Brenier, Meyer Habib ou encore Lionnel Luca.

Alors que le CSA plaide pour une charte déontologique, les députés signataires de ce texte considèrent qu’en dévoilant le nom et la photo des personnes poursuivies pour terrorisme, « la médiasphère accorde à ces criminels une vitrine et une publicité post-mortem, soit exactement ce que recherchent les auteurs d’actes terroristes ». Les familles subiraient ainsi « le phénomène de starification de ceux qui ont semé la mort dans leur entourage » tout comme les personnes « dont la curiosité pour l’islamisme radical peut être attisée par tant de frénésie médiatique ».

Pas tendres avec les journalistes, ces parlementaires estiment en outre que « la médiasphère fonce ainsi tête baissée dans la mise en scène de ces odieux crimes orchestrée par les terroristes eux-mêmes, qui n’aspirent qu’au martyre et à une renommée qu’ils souhaitent proportionnelle au degré de sauvagerie de leurs actes ».

Jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende

Afin de fracasser cette caisse de résonnance et ne plus « laisser Internet et les médias encourager le terrorisme, de façon involontaire, certes, mais non moins intolérable », ils proposent à coup de Code pénal, de faire tomber dans l’oubli ces individus pour casser la mécanique de l’héroïsation. Leur PPL se limite à un seul et unique article au terme duquel, sauf avis de recherche du ministère de l’Intérieur, « le fait de publier les photographies et de diffuser l’identité des personnes physiques poursuivies pour un acte de terrorisme ou ayant été jugées coupables d’un acte de terrorisme prévu au présent chapitre est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende ».

Leur mesure concerne donc aussi bien les personnes poursuivies que celles condamnées. Pour l’une comme l’autre, personne en France n’aurait pas la possibilité de diffuser leur photo et leur identité.

Les médias divisés sur la question

Sans attendre cette possible interdiction, plusieurs rédactions ont déjà décidé de ne plus diffuser ces informations, notamment après l'attentat de Nice. C'est le cas du Monde, de BFM TV d’Europe 1 ou de France Médias Monde. « L'un des objectifs des terroristes est d'attirer sur eux une forme d'héroïsation et de faire parler d'eux » estime ainsi Nicolas Escoulan, directeur de rédaction d’Europe 1. « On peut continuer de faire notre travail, d'informer, de raconter qui ils sont (...) sans avoir besoin de les citer ou de donner leur identité ».

Même ligne au Monde : « Nous avons notamment décidé de ne plus publier d’images extraites des documents de propagande ou de revendication de l’EI. A la suite de l’attentat de Nice, nous ne publierons plus de photographies des auteurs de tueries, pour éviter d’éventuels effets de glorification posthume ».

Certains irréductibles comme Marianne  rappellent au contraire que « l’essence même du métier de journaliste consiste à informer le public et à lui délivrer des informations complètes, bref à raconter la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, même si celle-ci est douloureuse ». Selon nos confrères, « le fait de masquer une partie de cette vérité ne peut avoir qu’un effet contre-productif dévastateur pour la société elle-même. C’est courir le risque d’entretenir le poison du complotisme qui y fait déjà d’ores et déjà des ravages ».

Le Figaro, qui opte pour le cap de la prudence et de la mesure, estime lui aussi que ces données sont des éléments d’information objectifs : « ne tombons pas dans le piège de ce monde imaginé par Orwell où les noms des « méchants » (où s'arrêtera la liste ?) sont systématiquement effacés des livres d'histoire ».


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