Pour l'ANSSI, le chiffrement est « une technologie de paix et de prospérité »

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le jeudi 06 octobre 2016 à 09:50
Marc Rees

En août dernier, Libération éventait une note de l’ANSSI où Guillaume Poupard dégommait sans nuance l’idée d’installer des backdoors (portes dérobées) dans les solutions de chiffrement. Le sujet est revenu sur la scène des Assises de Monaco.

Imposer de telles brèches, écrivait-il alors à destination des ministères de la Défense, de la Justice, de l’Intérieur et de l’Economie, « aurait pour effet désastreux d'imposer aux concepteurs de produits et de services de sécurité un affaiblissement des mécanismes cryptographiques ». Le risque est en effet lourd : voir s’introduire dans ce trou de serrure des personnes moins bien intentionnées...

Cette lettre, datant de mars 2016, intervenait dans un contexte particulier, où imperturbablement, cet outil de protection de la vie privée était déjà décrit avant tout comme un problème, notamment par le procureur de la République François Molins.   

Hier, aux Assises de la sécurité, questionné par nos soins sur les suites de cette missive, le numéro un de l’ANSSI a d’abord souligné qu'elle « n’avait rien à faire dans la presse. Elle n’avait pas été prévue pour, et n’avait pas vocation à y être ». Néanmoins, ce document n’étant pas classé secret défense, l’absence d’un tel sceau a, quelque part, permis de sauter par-dessus des murs en principe infranchissables...

« Un mauvais choix »

En tout cas pour Poupard, si l’ANSSI est intervenue dans ce débat, ce n’est pas pour porter un quelconque message politique mais par « pédagogie », histoire de souffler son expertise technique sur les risques d’une mise en œuvre des propositions les plus farfelues.

« Des notes comme ça, on en fait plein ! » tempère-t-il avant de revenir sur le fond : « l’idée consistant à l’affaiblir ou à mettre des portes dérobées volontairement sont à mon avis de mauvais choix », a-t-il répété devant les journalistes réunis aux Assises de Monaco. « Et j’ai plutôt tendance à penser que de  telles solutions ne sont pas efficaces, elles sont même dangereuses et se retourneront contre nous ». 

Un sujet beaucoup moins passionné dans les réunions interministérielles

Mais quelles ont été les effets ou les retombées de cette fameuse note non-confidentielle ? « Au niveau des délibérations gouvernementales et entre administrations, on a eu plusieurs réunions interministérielles. Le sujet est beaucoup moins passionné que ce qui peut transparaitre dans vos articles » temporise l'intéressé, oubliant de relever par politesse que les médias sont avant tout la caisse de résonnance des paroles publiques.

Guillaume Poupard admet certes avoir fait « un constat d’impuissance désagréable. Cela ne me fait jamais plaisir d’apprendre que telle procédure judiciaire est bloquée à cause de l’utilisation du chiffrement par telle personne peu recommandable. Mais de là à tout jeter pour espérer répondre à ce problème, évidemment c’est une mauvaise décision ! ». Et celui-ci de dépeindre le chiffrement comme « une technologie de paix et de prospérité avant tout, même s’il y a des gens malfaisants qui peuvent s’en servir ».

Du rapprochement des services de messagerie et des opérateurs

Autre chose, quelle sera l’efficacité d’un rapprochement du statut des services de messagerie chiffrée avec celui des opérateurs ?

Il s'agit là d'une cible de l'ARCEP, du ministère de l’Intérieur, également en joue au niveau de la Commission européenne. Et pour cause, une telle assimilation statutaire, même partielle, obligerait les services en ligne à collaborer plus activement avec le renseignement ou les autorités judiciaires.

Seul souci, comment une telle réforme pourra-t-elle être mise en œuvre face à l’imperturbable Telegram, ou toute autre solution équivalente installée si loin de nos frontières ? À notre question, le représentant de l’ANSSI s’est contenté d’esquisser un large sourire, en faisant « non » de la tête.


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