Voitures connectées et autonomes assurent le show au Mondial de l'Automobile

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Crédits : Chesky_W/iStock
Nouvelle Techno
Sébastien Gavois

Au cours des derniers jours, la CNIL, NVIDIA, Peugeot, Renault et Valeo ont fait des annonces sur les voitures connectées et autonomes. Si les équipementiers semblent pressés, les fabricants d'automobiles tablent davantage sur 2020-2025 pour le lancement des véhicules autonomes. 

Pendant deux semaines, le Mondial de l'Automobile prend place au parc des Expositions de la porte de Versailles, à Paris. C'est bien évidemment l'occasion pour les constructeurs de dévoiler leurs nouveautés, notamment sur les voitures connectées et/ou autonomes, deux tendances en forte progression.

Et ce n'est pas l'institut Gartner qui dira le contraire. En effet, ce dernier estime que 61 millions de voitures connectées devraient être produites en 2020, contre 6,8 millions en 2015. Pour la voiture autonome, les annonces se multiplient et certains modèles de série sont déjà capables, dans certaines circonstances, de remplacer le conducteur, même si ce dernier doit rester attentif et maitre de son véhicule. C'est notamment le cas de certaines Tesla.

La voiture autonome de Valeo roule plus de 700 km sur le périphérique de Paris

Cette année, l'équipementier Valeo n’annonce rien de moins qu'une « première mondiale » : un de ses véhicules autonomes Cruise4U a roulé pendant 24h sur le périphérique parisien, visiblement sans accrochage. Il a ainsi effectué 766 kilomètres, soit un peu plus d'une vingtaine de tours. Cette expérimentation fait suite à d'autres qui se sont déroulées aux États-Unis (21 000 km) et en France (4 000 km).

Mais cette fois-ci, les conditions étaient bien plus compliquées explique le constructeur. Il liste quelques-unes des spécificités de ce boulevard circulaire : deux-roues entre les files, embouteillages, travaux, marquages au sol effacés, priorités à droite et entrées et sorties particulièrement courtes. 

S'il est précisé que pendant 99 % du temps la voiture a roulé de manière autonome, nous n'avons pas beaucoup plus de détails sur cette expérience, dommage. Quand les tests ont-ils été réalisés ? La voiture a-t-elle dû changer plusieurs fois de voie ou bien est-elle restée au même endroit en se contentant d'accélérer et de freiner ? Le communiqué de presse ne le dit pas, difficile donc de se forger une idée plus précise pour l'instant. La vidéo indique qu'il suffit d'actionner le clignotant pour que la voiture change de fille :

Valeo se penche également sur d'autres aspects de la voiture connectée avec InBlue. Derrière ce nom se cache une application Android ou iOS qui permet de transformer son smartphone – ou sa montre connectée – en « clé » de voiture. Elle permet ainsi de la verrouiller, de la déverrouiller et de la démarrer. « Cette solution peut être déployée sur n’importe quel marché » affirme Valeo.

NVIDIA annonce son SoC Xavier pour les voitures connectées, avec Volta aux commandes

NVIDIA répond également présent avec Xavier, un SoC spécialement pensé pour les voitures autonomes. L'annonce a eu lieu juste avant l'ouverture du salon parisien, lors de la conférence GTC Europe. Il intégrera une partie CPU avec 8 cœurs et exploitera la prochaine architecture GPU du caméléon, Volta, avec 512 unités de calcul. Xavier intégrera 7 milliards de transistors et sera gravé en FinFET 16 nm.

NVIDIA annonce une puissance de 20 DLTOPS (Deep-Learning Tera Operations Per Second) pour 20 watts de consommation... mais sans donner la moindre précision sur les conditions du test, impossible donc de comparer cela à d'autres solutions du même genre. Dans tous les cas, Xavier se place comme un remplaçant de la plateforme Drive PX2 dévoilée au CES du début d'année. Les premiers exemplaires seront disponibles au cours du quatrième trimestre 2017. 

SoC Xavier

Une démonstration de Waze pour Android Auto chez Renault

Renault n'est pas en reste avec plusieurs annonces en ce début de mois d'octobre, en plus de son accord autour de la « conduite connectée » signée avec Microsoft lors de la conférence Ignite (voir notre compte rendu). Tout d'abord, le fabricant dévoile un partenariat avec Waze.

La version pour Android Auto (annoncé lors de la dernière Google I/O) est ainsi en démonstration, tandis que les 13 000 points de recharges pour les voitures électriques seront affichés dans l'application de GPS collaboratif. Il faudra par contre être encore patient avant d'en profiter puisque cette version n'est pas attendue avant l'année prochaine, sans plus de détail pour l'instant.

Il est également question d'une plateforme 3DExperience, développée par Dassault Systèmes. En plus des informations techniques sur les différentes pièces de la voiture, elle « permettra également de recevoir les projets les plus complexes comme le développement de la voiture connectée, communicante et autonome ». Pour les particuliers, cela ne devrait rien changer, mais pour le groupe cela permet de renforcer et d'optimiser son pôle Recherche et Développement. À voir où cela mènera.

La Zoe gagne en autonomie et en fonctionnalités

Et justement, dans le domaine de la voiture électrique, la Zoe du constructeur est désormais livrée avec une nouvelle batterie Z.E 40. Selon Renault, cela « lui permet de parcourir 400 km NEDC (soit une autonomie de 300 km en conditions réelles d’utilisation en cycle urbain et périurbain) sur une seule charge ». Actuellement, elle n'est que de 240 km avec le scénario de conduite NEDC.

La petite voiture dispose également de nouveaux services en ligne : Z.E. Trip pour accéder à la liste des bornes publiques de recharge, Z.E. Pass pour simplifier le paiement en Europe et enfin une application Z.E. pour smartphone qui proposera de la « navigation de porte à porte » début 2017.

Des prototypes de C3 Picasso autonomes sont opérationnels

De son côté, Peugeot n'est évidemment pas en reste avec une dizaine de C3 Picasso modifiées afin d'être autonomes dans certaines conditions. Elles ont déjà parcouru plus de 60 000 km en mode autonome à travers l'Europe affirme Carlos Tavares, le patron de PSA, qui ajoute que des prototypes sont d'ores et déjà en train de rouler sur certaines routes de France. Au micro de nos confrères de France TV Info, Vincent Abadie, responsable du projet chez le constructeur, explique que le groupe dispose des autorisations pour mener des expérimentations sur le périphérique parisien (comme Valéo), mais aussi sur l'A13. 

Il reste néanmoins du travail avant d'arriver à une solution utilisable quotidiennement. En effet, le porte-parole du constructeur ajoute que, « en ville, la difficulté que l'on va avoir, ce n'est pas forcément la sécurité, c'est qu'on risque de ne pas avancer du tout. Dès lors que la voiture va rencontrer un danger potentiel, elle va avoir tendance à s'arrêter [...] Au rond-point de l'Étoile, on va rester immobile ». « Ce n'est pas forcément dangereux, mais ce n'est pas utilisable » conclut-il.

Free2Move : Peugeot lance une marque dédiée à la mobilité connectée

Le fabricant automobile profite également du salon pour faire part de ses intentions dans le secteur de la mobilité connectée, un sujet qui va au-delà de la voiture. Il a pour cela lancé une nouvelle marque baptisée Free2Move. Plusieurs axes de développement sont évoqués : le partage de voiture, les services connectés permettant de « gagner du temps », la gestion d'une flotte d'entreprise et le financement.

Pour le reste, il faudra se contenter de la vidéo de présentation :

Il faut des conducteurs « disciplinés » pour les voitures autonomes

Au-delà des annonces techniques, Carlos Ghosn, le patron de Renault et Nissan explique les voitures autonomes devraient arriver en premier dans les pays où les conducteurs sont « disciplinés » : « il faut aussi que les règles de conduite soient respectées, parce que les voitures autonomes respectent les règles ».

Il ajoute par exemple que la nuit au Brésil « personne ne s’arrête aux feux rouges [...] Les voitures autonomes vont s’arrêter, quoi qu’il arrive. Ce sont des ordinateurs. Si elles sont les seules voitures à s’arrêter, vous pouvez imaginer le nombre d’accidents qu’il va y avoir au Brésil ». D'autres pays sont également concernés avec l'Inde et l'Arabie Saoudite pour ne citer que ceux-là.

Le PDG pense donc que « les voitures autonomes arriveront en premier dans les pays où la conduite est très disciplinée comme le Japon, les États-Unis, la France ou l’Allemagne, et ensuite, petit à petit, nous allons appliquer la technologie à des pays où les choses sont un peu plus flexibles ». Mais il ne donne aucun calendrier 

Vers un chamboulement à partir de 2020 ? 

Renault et Peugeot prévoient tous les deux de lancer leurs premières voitures autonomes d'ici 2020. Un calendrier vague, pour des véhicules dont on ne sait pas encore quel sera leur degré d'autonomie. Gilles Le Borgne, directeur R&D chez PSA Peugeot Citroën, précise qu'il faudra probablement attendre 2025-2030 avant de pouvoir « se reposer et s'allonger » durant un trajet. Bref, une fourchette bien vague qui oscille entre quasiment 5 et 15 ans suivant les cas.

Dans tous les cas, il faut que les expérimentations continuent et surtout que des questions importantes comme le choix des victimes en cas d'accident mortel trouvent des réponses. Comme nous l'avons déjà expliqué dans cette actualité, la Belgique et les États-Unis répondent présents aux industriels qui voudraient mettre des prototypes de voitures autonomes sur la route. En France par contre, le décret se fait toujours attendre pour un déploiement plus massif.

En attendant son pack de conformité, la CNIL fait le point sur l'utilisation des données 

Les fabricants ne sont pas les seuls à profiter du Mondial de l'Automobile pour dévoiler leurs travaux. La CNIL est également présente afin de faire un point d’étape sur l’avancement de son « pack de conformité pour les véhicules connectés ». Pour rappel, les travaux ont été lancés en mars de cette année et ils visent à définir « des lignes directrices, pour une utilisation responsable des données dans les prochaines générations de voitures ».

La gardienne des libertés souhaite en effet que les constructeurs automobiles intègrent la notion de « protection des données personnelles » dès la conception des produits. En plus de s'assurer de la confiance des utilisateurs, cela permet surtout « aux acteurs concernés d’être en conformité avec le règlement général sur la protection des données, entrée en vigueur en mai dernier, et qui sera applicable le 25 mai 2018 » ajoute la commission.

Elle rappelle ainsi que « toutes les données qui peuvent être rattachées à une personne physique identifiée ou identifiable notamment via le numéro de la plaque d’immatriculation ou le numéro de série du véhicule sont des données à caractère personnel protégées ». C'est par exemple le cas des trajets, du kilométrage effectué, de l'usage des pièces de la voiture, des dates des contrôles techniques et du style de la conduite.

Trois scénarios possibles, mais l'un est à privilégier

En l'état actuel des choses, la CNIL distingue trois types de scénarios pour les données collectées par les voitures connectées :

  • In - In : les données restent en local et ne sont pas transmises au constructeur ou à des services tiers
  • In - Out : elles sont transmises à l'extérieur pour fournir un service au conducteur
  • In - Out - In : elles sont non seulement transmises, mais leur analyse sert aussi à déclencher une action sur la voiture

La gardienne des libertés « encourage » évidemment les fabricants à privilégier la première solution qui « offre de bonnes garanties en matière de la vie privée » et qui « entraîne pour les responsables de traitement des obligations allégées ». Elle rappelle aussi que la protection des données « dès la conception » du produit doit être privilégiée afin de limiter au maximum les risques.

Afin d'appuyer ses dires, elle reprend le résultat d'une enquête de Research Now pour la Fédération internationale de l'automobile qui annonce que 85 % des sondés « s’inquiètent d’une possible divulgation de leurs données personnelles, et 84 % d’un usage commercial non consenti de leurs données ». Ils sont même 94 % à vouloir couper les communications entre leur voiture et l'extérieur.

Dans tous les cas, la commission est bien consciente « qu'un opt-in impliquant des paramétrages à chaque démarrage risque de dégrader l’expérience de conduite ». Elle semble par contre intransigeante sur l'information qui est faite au conducteur et précise que, pour le reste, « les règles applicables aux traitements seront fixées au cas par cas, notamment en fonction du scénario retenu ».


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