The Access Industries (Warner Music) prend le contrôle de Deezer

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Société
Kevin Hottot

L'Autorité de la concurrence a rendue publique une décision concernant le service de musique en ligne Deezer. Elle autorise la prise de contrôle exclusif de l'entreprise par The Access Industries (TAI), la maison-mère de Warner Music.

En janvier dernier, Deezer annonçait une importante levée de fonds, à laquelle deux groupes ont pris part : Orange, actionnaire historique de l'entreprise, et The Access Industries, un groupe de médias contrôlant notamment la major Warner Music. Montant total de l'opération : 100 millions d'euros.

Ces fonds représentaient à l'époque un bol d'air plus que bienvenu pour la société, qui avait dû renoncer à son introduction en bourse quelques mois plus tôt, officiellement en raison de « conditions de marché défavorables ». Selon une source bancaire Deezer n'était pas parvenue à remplir son carnet d'ordres avec les 300 millions d'euros requis. 

Une valorisation divisée par deux ?

Cette levée de fonds a eu d'importantes conséquences pour l'entreprise. TAI a en effet pris le « contrôle exclusif » de Deezer, comme le révèle la décision 16-DCC-97, récemment rendue publique par l'Autorité de la concurrence. En d'autres termes, TAI dispose désormais de plus de 50 % des droits de vote de Deezer. Un « non-évènement » selon un représentant de l'entreprise. « L'actionnariat a changé, mais en ce qui concerne le management et la direction, cela ne change strictement rien », nous précise-t-on.

La question de la valorisation de l'entreprise se pose néanmoins. Lors de sa tentative d'introduction en bourse, Deezer a publié un état des lieux précis de son actionnariat dans un prospectus présenté à l'Autorité des Marchés Financiers (AMF). En voici le détail : 

Deezer Actionnariat

On y note que TAI disposait au 16 octobre 2015 de 29,7 % du capital. En supposant que chaque action donne droit à un vote (ce qui n'est pas exactement le cas ici, Deezer ayant également distribué un nombre inconnu d'actions « préférentielles » avec droits de vote augmentés), il manquait donc environ 20 % du capital à TAI pour prendre le contrôle. 

En sachant que TAI et Orange ont participé à la dernière levée de fonds à hauteur de 100 millions d'euros au total, la valorisation totale de l'entreprise aurait alors été, selon cette hypothèse, inférieure à 500 millions d'euros. Un coup dur pour la société et ses actionnaires, qui espéraient une valorisation comprise entre 900 millions et 1,1 milliard d'euros lors de la tentative d'introduction en bourse.

Pas d'entrave à la concurrence

Quoi qu'il en soit, si l'Autorité de la concurrence s'est penchée sur le cas de Deezer, c'est parce qu'elle estimait que la situation méritait un examen approfondi. En effet, la prise de contrôle d'une plateforme de diffusion de musique, par une major (Warner Music, via TAI) soulevait un certain nombre de questions, notamment concernant la disponibilité de son catalogue chez les autres acteurs du milieu. 

L'Autorité note que lors de son instruction, certains concurrents ont manifesté des craintes quant à la possibilité pour Warner d'attribuer à Deezer des licences exclusives pour certains titres ou artistes. La réponse apportée est sans équivoque : « Ce scénario n’est cependant pas crédible, tant au regard de la pression concurrentielle à laquelle fait face Deezer que des incitations de Warner Music ».

Bref, Deezer n'est pas assez gros, pour que cela représente un risque. En effet, le service s'adjuge moins de 5 % du marché européen de la vente au détail de musique enregistrée numérique (téléchargement et streaming inclus), contre plus de 40 % chacun pour iTunes et Spotify.


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