Counter Strike : Global Offensive, quand les micro-transactions déraillent

Et que peu de monde réagit 23
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Le système de micro-transactions de Counter Strike : Global Offensive est en grande partie à l’origine du succès du jeu. Mais il est aussi l'occasion d’affaires de matchs truqués, de paris illégaux et plus récemment de casinos en ligne accessibles à tous, même aux mineurs.

Lancé en août 2013 sous le nom « Traffic d’armes », le système de micro-transactions de Counter Strike : Global Offensive avait pour objectif de relancer les ventes du jeu en allongeant considérablement sa durée de vie.

Son principe est simple et ajoute au titre une surcouche de personnalisation des armes avec des modèles allant d’une simple marque de rouille à un revêtement complet en or, platine ou quelconque métal précieux. L’obtention de ces skins est liée à l’ouverture de caisses que l’on obtient parfois à l’issue d’une partie. En dévoiler le contenu ne se fait qu’après avoir acheté une clé, vendue directement par l’éditeur Valve via sa plate-forme Steam.

L’annonce originelle promettait aux joueurs de « vivre les frissons de l’illégalité et du marché noir », un choix de mot aussi ironique que prémonitoire. Les intentions comme le fonctionnement du système sont longuement évoqués dans une conférence tenue à la Game Developpers Conference (GDC) de 2014.

En modulant la surface de l'objet recouverte par l’élément de personnalisation, Valve créé une échelle de valeur qui a largement trouvé écho auprès du public. Depuis août 2013, date de déploiement de la mise à jour, le nombre moyen de joueurs par jour a été multiplié par dix pour atteindre plus de 300.000 joueurs.

Lord of War

Le jeu de base opposant les Terroristes aux Counter Terrorists n’a pas disparu mais cohabite désormais avec tout un écosystème d’échanges, d’achats et de reventes de ces modèles, stockés dans l’inventaire Steam. La plateforme propose aux développeurs d’utiliser une API (Application Programming Interface) dont la fonction est de faciliter le lien et l’échange d’informations entre le compte Steam et celui d’un autre site ou application. Il est ainsi possible de donner à un casino l’accès à son inventaire, laissant libre l’ajout ou la suppression d’objets.

CS:GO Marketplace

Ce principe permet d’analyser par exemple les données de la plateforme marchande ou de faciliter le choix du consommateur en période de soldes. Mais il s’agit également d’un élément indispensable dans l’ouverture d’un bookmaker en ligne. Comme il est possible d’échanger ces objets contre de l’argent réel, ils peuvent être utilisés comme une monnaie ou de simples jetons de casino pour miser sur le résultat d’un match. A en croire un rapport de Bloomberg paru en avril dernier, le total des mises pour l’année 2015 dépasserait les 2,3 milliards de dollars.

Nul besoin d’être cynique pour envisager qu’un tel marché attise la convoitise d’individus exploitant le système à leur avantage. Prenons comme exemple l’affaire des matchs truqués révélée en janvier 2016, à l’issue de laquelle 7 joueurs professionnels s’étaient vu interdire à vie l’accès aux compétitions officielles.

En dehors de cette sanction, la réponse de Valve à la polémique donnait l’impression d’un service minimum, le communiqué intitulé « De l’intégrité et du fair-play » ne faisant pas le lien entre le succès du jeu et l’existence des paris autour des compétitions.

Et c’est pas fini...

Plus récemment, un tout autre concept de casino a vu le jour : les skins servant toujours de jetons mais pour participer à des loteries dont les récompenses sont… d’autres skins. Les affaires les plus récentes mettent en scène deux de ces services ainsi que trois YouTubers influents, disposant chacun de plusieurs millions d’abonnés.

Le premier d’entre eux s’appelle m0E, un ancien joueur professionnel américain reconverti en streamer. Il proposait régulièrement des vidéos où il jouait en direct à ce genre de loteries, et pour cause un accord le liait à csgodiamonds.com, dont il faisait la promotion. L’affaire fut résumée par la chaîne CSGo News, en voici la chronologie.

Le 13 juin, m0E se plaint sur Twitter de ne pas avoir récolté les 26 000 dollars stockés sur son compte et promet de révéler l’affaire dans les 24 heures. La réponse ne s’est pas faite attendre puisque quelques heures plus tard, l’équipe du casino donne tous les détails de l’accord qui existait entre les deux parties.

Le streamer recevait non seulement des objets de la part de csgodiamonds pour pouvoir les miser, mais l’équipe lui fournissait également les résultats des loteries à l’avance. Non pas que celles-ci soient truquées, le communiqué insistant sur le sérieux des opérations et leur capacité à connaître les résultats. Le but avoué par l’équipe du casino étant de rendre les vidéos « plus divertissantes ».

Forcément, un tel avantage ajoute une tension dramatique dans des vidéos où chaque victoire est en réalité montée de toute pièce. M0E ne devait donc pas toucher les récompenses mais était tout de même intéressé à hauteur de 10% des résultats du site. Un accord sans doute juteux qui ne lui suffisait manifestement plus.

Très éloquente sur l’éthique de certains acteurs du milieu, cette première affaire est vite suivie par une seconde révélée le 27 juin. Une autre chaîne, Honorthecall dénonce alors les malversations de Tmartn et Syndicate, respectivement américain et britannique, dont les chaînes regorgent de vidéos promotionnelles pour csgolotto.com, encore un autre casino. Notons au passage que Thomas Cassel (alias Syndicate) avait déjà été pris la main dans le sac après avoir vanté les mérites de Dead Realm, un jeu qu’il avait tout intérêt à voir marcher vu qu’il en était l’un des producteurs.

CS:Go tmartin paris

C’est un schéma très similaire qu’on retrouve ici, les deux YouTubers prétendent disposer d’un partenariat avec « un nouveau site » dans des vidéos aux titres aussi improbables que « Comment gagner 13.000$ en cinq minutes » sur leurs chaînes. En guise d’accord, ils ont en réalité monté la société mère de csgolotto le 3 décembre 2015. Une simple vérification des statuts de l’entreprise enregistrée en Floride confirme l’identité du président et vice-président, ainsi que leurs adresses personnelles.

Très vite, une vidéo d’explication est publiée puis supprimée par Trevor Martin « Tmartn », dans laquelle le jeune homme se confond en excuses et en explications hasardeuses tout en assurant qu’il n’a rien fait de mal. Mieux, il va jusqu’à reprocher à son audience de ne pas avoir su faire le lien entre ses vidéos et son rôle dans l’existence même du site. Et pour cause, aucune mention d’un quelconque sponsoring n’apparaissait dans la description des vidéos, qui ont été rajoutées à la va-vite après révélation de l’affaire.

La justice s'en mêle

D’un scandale sur les réseaux sociaux, l’affaire prend une tournure judiciaire lorsqu’elle est ajoutée le 7 juillet à une class action lancée le 23 juin par Michael John McLeod, représenté par le cabinet Jones Ward. La plainte vise notamment Valve et désigne l’éditeur comme responsable l’accès par des mineurs à tout un écosystème de plateformes de jeux en ligne, probablement illégaux.

La nuance est importante en raison d’une précédente affaire visant un éditeur de jeu mobile, ayant eu gain de cause après que l’état de Californie détermine qu’un casino virtuel n’a rien d’illégal. Pour esportbettingreport.com, il ne fait aucun doute que la plainte n’aboutira pas.

L’article démonte point par point les accusations à l’encontre de Valve, comme par exemple l’absence de frais liés à l’échange de skins entre joueurs. Les mouvements effectués dans les casinos en ligne n’auraient donc aucun impact financier pour l’éditeur de jeux. Cependant, le cabinet d’avocats Jones Ward rappelle que pour obtenir ces objets il faut forcément passer par l’achat de clés via Steam, qui sert également de plateforme d’échange entre joueurs qui souhaitent revendre ces skins. Indirectement, Valve verrait le nombre de transactions progresser grâce à ce système parallèle.

Au-delà de cette dispute légale, la posture adoptée par Valve n’indique toujours pas sa volonté de mettre fin au problème. Le 20 juillet dernier, 23 sites recevaient une lettre de mise en demeure, les menaçant de poursuites judiciaires si leurs activités ne cessaient pas sous dix jours. Une réponse plus musclée que leur silence lorsque le développeur TinyBuild (The Punch Club, Speedrunners) déplorait la perte de sèche d’un demi-million de dollars à cause de clés Steam volées revendues sur le site G2A. Mais là encore, l’éditeur semble se tenir à l’écart de ces polémiques, pourtant provoquées par la manière dont sa plateforme fonctionne.

Avant même la fin de l’ultimatum de Valve, l’attitude adoptée par les 23 visés par cette mise en demeure est déjà connue. Sept ont déclaré leur intention de cesser leur activité en date du 30 juillet, les autres poursuivent leurs activités comme à l’accoutumée ou n’ont simplement pas annoncé leur position officielle sur le sujet. Malgré les menaces de Valve, ce résultat n’empêchera ni la création de nouveaux casinos, ni la migration massive de l’audience d’une plateforme vers une autre.

Le dernier rebondissement en date concerne le site csgolounge.com, l'un des plus gros sites de paris s'appuyant sur les skins de Counter Strike : Global Offensive. The Esports Observer a établi un lien entre ce casino en ligne et la maison mère de Virtus.pro, l'une des équipes professionnelles les plus connues sur le titre de Valve. Celle-ci en détient en effet 90 % de son capital. Peu après la diffusion de cette information, le casino publiait un message annonçant la cessation immédiate de ses activités liés aux paris pour se muer en « plateforme d'information et de divertissement ».

Difficile régulation

La class action ayant peu de chances d’aboutir, il faudrait alors se tourner vers les organismes de régulation des jeux d’argent. Malheureusement, ceux-ci accusent un retard énorme sur le sujet et commencent à peine à manifester de l’intérêt pour les paris liés aux compétitions eSport.

La réponse la plus musclée est finalement venue de PayPal, qui traite une grande partie des transactions liés aux paris et aux loteries. En plus de menacer de geler les comptes en question, le service de paiement en ligne exige désormais d’énormes garanties pour attester de la légalité de chaque site.

Mais là encore, il n’aura pas fallu attendre plus de 48 heures pour voir des bookmakers comme Gfinity annoncer en grande pompe un changement dans leur système de paiement. Il est à noter que Microsoft a justement signé un partenariat avec eux pour qu’ils organisent le pan eSport du futur Gears of War 4.


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