Linux fête ses 25 ans : retour sur un simple « hobby »

Du noyau aux nuages 194
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le jeudi 25 août 2016 à 18:24
Vincent Hermann

Linux fête aujourd’hui ses 25 ans. L’occasion de revenir sur son histoire et sur des développements que son principal développeur, Linus Torvalds, aurait alors bien été incapable de prévoir. En tant que tel, Linux est pourtant devenu « l’actif technologique le plus partagé de l’histoire ».

Linux, au départ, n’était pas grand-chose. À vrai dire, il ne s’agissait que d’un petit projet personnel lancé par un étudiant qui avait alors 21 ans : Linus Benedict Torvalds. Dans un message publié le 25 août 1991 sur Usenet, Torvalds s’adresse aux utilisateurs de Minix, un clone d’Unix. Il y avertit la cantonade qu’il s’est lancé dans l’écriture d’un système d’exploitation pour l’architecture i386. Il indique simplement qu’il aimerait des retours et que ce projet, un simple « hobby », ne sera ni « gros » ni « professionnel ».

10 000 lignes de code

Le kernel, c’est-à-dire le noyau, tenait alors dans 10 000 lignes de code. Il était difficilement réutilisable car la géométrie du disque dur était alors codée en dur dans le kernel. En clair, il fallait un matériel très proche de la machine utilisée par Torvalds. Évidemment, la situation a évolué dans les années qui ont suivi, car le virus de ce hobby a contaminé un nombre croissant de développeurs.

Plus ils ont été nombreux, plus le travail a avancé. Le noyau est devenu petit à petit compatible avec un plus grand nombre de matériels et d’architectures. Peu de temps après, on a pu assister à l’une des grandes bascules de Linux : l’apparition des distributions. Les deux premières ont été Slackware et Debian, dont les versions 1.0 sont toutes deux arrivées en 1993. L’année suivante, c’était au tour de Red Hat Linux d’entrer en piste.

Premières tentatives d'entraves

Ces premières années, marquées par une explosion du nombre de développeurs et des initiatives autour de Linux, a signé également l’arrivée des premiers problèmes. L’un des plus emblématiques, et qui ne s’est pas démenti depuis, est la prolifération des distributions, environnements et projets attenants. Depuis bien entendu, de vastes travaux ont été entrepris pour établir une compatibilité transversale, via des projets comme la LSB (Linux Standard Base).

D’autres problèmes sont apparus avec le temps : les accusations de copie et les soucis d’ordre légal. Même dans les premières années, Linus Torvalds a été accusé d’avoir copié le code de Minix. Quand bien même le créateur de ce dernier a affirmé que ce n’était pas le cas, cette idée est restée ancrée chez certains. Parmi les grandes batailles juridiques, le cas le plus connu est celui de SCO, qui s’en est pris à de nombreuses distributions Linux en les accusant de violer son copyright. Techniquement, ce procès débuté en 2003 n’est toujours pas terminé, mais semble proche d’un dénouement assez négatif pour le plaignant.

Dans de nombreux domaines invisibles

Les années suivantes ont été marqués par d’autres défis, mais également par une attention toujours plus grande de l’industrie. Car le noyau Linux est protégé par une licence, la GPL, qui permet à n’importe qui de le prendre pour ses besoins, à conditions d’en publier les éventuelles modifications qui y ont été portées. Mais le nouveau code est alors lui-même sous GPL. Un fonctionnement de « teinte » qui a poussé Steve Ballmer à faire sa fameuse comparaison hasardeuse en 2001, quand il a parlé de Linux comme « un cancer ». Ces propos ont d’ailleurs marqué le début de « guerre » entre Microsoft et le monde Linux en général. Une tension qui a brusquement chuté depuis le départ de Ballmer et son remplacement par Satya Nadella.

Linux, aujourd’hui, est sur tous les fronts, mais pas vraiment là où l’attention a pu se concentrer par moments. Beaucoup veulent continuer à ne voir que le « desktop », où il serait frontalement en guerre contre Microsoft. En dépit de bien des années d’attente, la part de marché globale dans ce domaine reste située autour de 1 %. Par contre, les différents systèmes Linux ont remporté une longue suite de victoires dans d’autres domaines, particulièrement les serveurs, les centres de données pour le cloud et, bien entendu, l’univers mobile.

Quand bien même on ne peut pas dire réellement que les smartphones sont équipés de Linux, Android repose bien sur un tel noyau. Même si Google fournit ses propres technologies et qu’il n’est pas question par exemple d’installer des paquets RPM ou DEB, l’éditeur a pu se lancer dans son projet grâce à ce noyau, qui représentait une matière fortement malléable.

Adaptable pour à peu près tout et n'importe quoi

C’est d’ailleurs ce qui fait le succès de Linux aujourd’hui dans de nombreux domaines : son adaptabilité. On le retrouve pratiquement partout, et il s’est émancipé depuis bien longtemps du seul domaine du PC pour voguer vers les appareils mobiles, l’informatique embarquée, les robots, ou encore les grands datacenters. Il est surtout devenu une alternative crédible pour le monde professionnel, secteur que Torvalds était bien loin de viser à ses débuts.

Aujourd’hui bien sûr, le développement fait sur Linux n’a plus aucun rapport avec celui de 1991. L’ensemble est très structuré, seuls des développeurs chevronnés (et autorisés) intervenant sur le code. Dans son dernier rapport, la Linux Foundation indiquait ainsi que 85 % des changements réalisés depuis mars 2015 avaient été faits par des développeurs professionnels et payés. On a appris également que les dix entreprises ayant le plus soutenu Linux financièrement pendant cette période étaient Intel, Red Hat, Linaro, Samsung, SUSE, IBM, Renesas, Google, AMD, Texas Instruments et ARM. Preuve s’il en fallait encore que bien des partis veillent sur l’avenir de ce « hobby ».


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