Contre le terrorisme, Twitter rappelle l'absence d'algorithme magique

La blague des totaux dans un étau 146
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Crédits : shironosov/iStock/ThinkStock
Reseaux Sociaux
Par
le vendredi 19 août 2016 à 10:00
Marc Rees

Régulièrement mis en cause pour sa passivité supposée, Twitter a annoncé hier sur son blog officiel, avoir redoublé d’effort pour combattre « l’extrémisme violent ». 360 000 comptes ont ainsi été torpillés depuis l’été 2015.

En tout et pour tout, depuis la mi-2015, le réseau social assure avoir suspendu d’abord 125 000 comptes et depuis février 2016, 235 000 autres soit donc un total de 360 000 comptes. À chaque fois, le service en ligne pointe des contenus en lourde contrariété avec ses conditions générales d’utilisation. Menaces violentes, promotion du terrorisme font partie des motivations de cette javellisation.

Torse bombé, Twitter ajoute, toujours sur son blog officiel, que les suspensions quotidiennes ont augmenté de 80 % depuis l’an passé, avec un temps de réaction qui se serait considérablement amélioré : « Les suspensions journalières ont augmenté de 80 % depuis l’année dernière, avec des pics de suspensions immédiatement après les attaques terroristes. Notre temps de réponse aux demandes de suspension de comptes, la durée pendant laquelle ces comptes se trouvent sur Twitter et le nombre de followers qu’ils accumulent ont diminué de façon significative ».  

Ce bilan teinté d’autosatisfaction tiendrait à un renforcement des équipes, aussi bien quantitatif que linguistique, mieux armées pour réagir promptement aux signalements.

Pour soigner son plus beau profil, Twitter jure qu’il répond aux procédures judiciaires, collabore avec les services d’enquêtes tout en multipliant ses partenariats avec différentes organisations telles Parle-moi d’Islam (France), Imams Online (RU), Wahid Foundation (Indonesie), The Sawab Center (UAE), et True Islam (États-Unis). Seulement, aux grincheux pestant contre la survivance de certains messages, le site rappelle une vraie réalité : il n’y a pas vraiment « d’algorithme magique pour identifier les contenus terroristes sur Internet ».

Pas toujours simple de qualifier une apologie ou une incitation au terrorisme

Et pour cause. L’entreprise, issue d’un pays où la liberté d’expression est reine, sait aussi qu’un contenu dit terroriste n’est pas de qualification aisée contrairement à une image pédopornographique par exemple.

On ne fera pas de dessin, mais autant dans ce dernier cas, l’illicéité est manifeste, flagrante, frappante, autant qualifier un message illuminé d’apologie du terrorisme ou d’incitation à commettre ces actes n’est pas bien simple. Tel tweet est-il une blague aux odeurs d’égouts, une vraie apologie, une incitation à commettre l’irréparable, ou bien des mots qui ont dépassé celui englué dans un esprit étroit, etc. ? De plus, la sensibilité du récepteur du tweet ne sera évidemment pas la même selon les pays et même les personnes. Bref, c’est tout sauf simple.

Ce travail implique d’habitude l’intervention préalable d’un juge, même si dans certains pays comme en France depuis février 2015, les autorités peuvent pour ces mêmes raisons ordonner le blocage ou le déréférencement administratif (on retrouvera sur cette page un bilan des demandes de retrait).

La complexité gagne d'ailleurs un cran lorsqu’on rappelle qu’en France, il n’y pas de définition précise de la provocation ou de l’apologie du terrorisme. Faute de mieux, on s’inspire de la doctrine pour qui, par exemple, il y a provocation lorsque l’auteur « s’adressant à la raison ou excitant des passions, (…) place auditeurs et lecteurs dans un état d’esprit qui porte à l’infraction » (voir notre point).

Être actif, mais pas trop

Vous voulez une pointe de difficulté supplémentaire ? Twitter est aussi juridiquement un hébergeur de contenus postés par des tiers. Il est d’une certaine manière pris dans un étau. Alors certes, en Europe, et notamment en France, la loi exige un certain effort pour lutter contre ces messages, mais dans le même temps, la logique de ce statut, prévu par les mêmes textes votés par les mêmes parlementaires, le dissuade d’agir activement sur les contenus.

Les ayants droit le savent : une intervention beaucoup trop pro-active d’un hébergeur lui ferait perdre mécaniquement cette qualité, confinant sa responsabilité à celle de l’auteur initial. Or, un tel mouvement supposerait que le réseau social (ou Facebook et les millions d'autres sites) soit en capacité de surveiller tous les flux postés de n’importe quel endroit de la planète, dans toutes les langues, du swahilie à l’alsacien, en passant par l’araméen ancien ou moderne.

Malgré tout, la critique de ces intermédiaires reste facile. Souvenons-nous de celles exprimées par le député Olivier Falorni (« les géants du net sont des complices tacites, je dirais même des collaborateurs passifs de Daech »). La réalité est plus épineuse, n’en déplaise à son collègue Kader Arif ou encore au député LR Jacques Myard, qui, dopés au pré-crime de la loi Renseignement, voudraient cette fois installer des boites noires jusque dans le nid à gazouillis.


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