Sécurité routière : la Gendarmerie juge « intéressantes » les premières expérimentations de drones

Qui a dit que les poulets ne volaient pas ? 35
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Crédits : Gendarmerie Nationale
Justice
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le vendredi 12 août 2016 à 08:30
Xavier Berne

La Gendarmerie nationale s’intéresse de plus en plus aux drones. Ces appareils commencent même à être utilisés afin de lutter contre les délits routiers (dépassements dangereux...). Une évaluation menée en février par l’institution, et que Next INpact a pu se procurer, invite d'ailleurs les autorités à explorer davantage cette voie.

C’était l’une des mesures phares annoncées par Manuel Valls à l’issue du Comité interministériel de la sécurité routière du 2 octobre dernier : « expérimenter l’utilisation de drones au service de la sécurité routière ». Le gouvernement avait toutefois gardé le silence quant à ses plans, ne donnant absolument aucun détail technique ou même de calendrier...

On sait aujourd’hui que les forces de l’ordre ont finalement procédé à au moins deux tests grandeur nature. Le premier fut mené dans l’Oise, comme le rapportait Le Courrier Picard fin 2015. Le second a été initié depuis le camp militaire de Beynes, près de Versailles, les 2 et 16 février dernier.

Cette dernière expérimentation a conduit au déploiement de deux « mini-drones ». Le premier était à voilure tournante (c’est-à-dire avec des hélices), tandis que le second disposait d’une voilure fixe, tel un petit avion – nécessitant donc une rampe de lancement.

Des appareils efficaces pour le non respect de stops ou des distances de sécurité

Au travers d’un bilan (PDF) que nous avons obtenu après plusieurs mois d’attente – et l’enclenchement d’une procédure « CADA » – la Direction générale de la Gendarmerie nationale estime que les premières conclusions de cette opération sont « intéressantes ».

Et pour cause, le drone s’avère être « un très bon « œil déporté » du gendarme » : « Quel que soit le drone utilisé, le déport simultané d’images est envisageable à la fois sur la tablette de télé-pilotage du télépilote et sur un outil de type smartphone entre les mains d’un chef de dispositif », indique cette note. Il n’est pas encore question de constater des excès de vitesse depuis les airs, mais au moins de repérer certains comportements dangereux (à l’aide des caméras embarquées par les drones), avant d’envoyer par exemple des motards arrêter le conducteur fautif.

L’efficacité des drones a été tout particulièrement constatée pour le non respect de stops ou des distances de sécurité, pour le défaut de port du casque, etc. En revanche, on apprend que l’utilisation du téléphone au volant a été impossible à déceler.

drone efficacité gendarmerie

Encore beaucoup de barrières techniques

En dépit de ces premiers pas, la Gendarmerie nationale laisse clairement entendre que l’utilisation des drones en matière de sécurité routière n’en n’est qu’à ses débuts... « Aucun des deux systèmes n’est en mesure de remplir à lui seul tous les effets opérationnels qu’exige la lutte contre les comportements dangereux au volant (détection, reconnaissance, identification) en raison de leurs spécificités techniques propres », peut-on ainsi lire. Le drone à voilure tournante – de type DJI Phantom – s’est par exemple fait remarquer pour la qualité « exceptionnelle » de ses images, mais aussi pour son autonomie limitée (30 minutes). Le second appareil testé pouvait quant à lui rester dans les airs pendant deux heures, ce qui était son « principal atout ». Seul hic, il s’est révélé incapable de lire une plaque d’immatriculation...

En plus de ces aspects techniques, les militaires insistent sur le fait que les résultats de cette expérimentation pourraient varier en fonction des lieux de déploiement des drones. Autre difficulté : s’assurer du « respect de la réglementation applicable (aéronautique et informatique et libertés) ». La lourdeur administrative des autorisations à obtenir auprès de la Direction générale de l’aviation civile pour chaque vol du drone à voilure fixe est par exemple soulignée.

La Gendarmerie propose de développer un prototype de drone spécifique

Et l’utilisation de « drones-radars automatiques » ? Visiblement, ce n’est pas pour demain... « Sauf à créer un drone « sur mesure » alliant les caractéristiques et capacités techniques des drones testés lors des deux tests expérimentaux, la lecture efficace de la plaque d’immatriculation d’un véhicule en mouvement pour le contrôle sanction automatisé à partir d’un drone ne semble pas envisageable à court terme. » On apprend au passage qu’un des deux drones a été testé en mode stationnaire au dessus d’un rond point « pour figurer « la jumelle embarquée sur un pylône virtuel ». Avec une altitude de vol adaptée (40m au moins), il n’est pas repéré et permet la surveillance discrète de flux. »

En guise de perspective, la Gendarmerie nationale propose que la Délégation à la sécurité et à la circulation routière (DSCR) développe « un prototype avec une capacité de contrôle sanction automatisé ». Cela serait aux yeux de l’institution « un moyen pour continuer de progresser ».


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