L'ANSSI défend le chiffrement de bout-en-bout, sans portes dérobées

Le chiffrement devient hype 36
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Crédits : zmeel/iStock
Securité
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le mercredi 03 août 2016 à 12:00
Guénaël Pépin

Dans une missive adressée à plusieurs ministères, Guillaume Poupard, directeur général de l'ANSSI, affirme que le chiffrement est nécessaire à la protection des données. Pour l'agence, imposer des portes dérobées ne ferait qu'affaiblir leur sécurité, alors que des solutions d'accès aux contenus existent déjà.

L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) défend ouvertement le chiffrement. Dans une lettre datée du 24 mars, publiée hier par Libération, son directeur général Guillaume Poupard met en garde les ministères de la Défense, de l’Économie, de l'Intérieur et de la Justice contre la tentation d'imposer des backdoors (portes dérobées) dans les logiciels utilisant du chiffrement.

Éviter d'affaiblir la sécurité des particuliers et entreprises

Pour lui, la cryptographie est un « moyen indispensable » pour protéger les communications, dont les données personnelles des citoyens et les données sensibles des entreprises. Ce serait même la seule garantie de la sécurité de ces contenus, qu'il faut encourager, « voire règlementairement l'imposer dans les situations les plus critiques ». Il estime ainsi que la législation actuelle, qui impose par exemple de fournir les clés de chiffrement aux autorités si besoin, est proportionnée.

L'ANSSI affirme ainsi que vouloir à tout prix garantir l'accès aux données chiffrées, par exemple au moyen d'une backdoor, « aurait pour effet désastreux d'imposer aux concepteurs de produits et de services de sécurité un affaiblissement des mécanismes cryptographiques ». Il serait d'ailleurs impossible de s'assurer que ces portes ne seront pas utilisées par des tiers. 

De même, une telle obligation s'appliquerait aux acteurs qui respectent la loi, alors que les criminels peuvent désormais créer leurs propres solutions de chiffrement, estime l'ANSSI. Il faudrait donc privilégier la coopération avec les acteurs du numérique, ou développer les techniques d'interception « et d'intrusion informatique » légales si nécessaire. L'agence, chargée de la sécurité des données de l'État, défend donc surtout les moyens à disposition pour garantir sa mission.

La défense du chiffrement, une position qui s'étend

Comme le rappelle à juste titre Libération, cette lettre suivait une série d'interventions de la DGSI et du procureur de la République François Molins, qui décrivaient le chiffrement comme un problème. Des parlementaires avaient également envisagé d'imposer ces backdoors. La situation a bien changé depuis, la loi Numérique, portée par Axelle Lemaire, affichant une position modérée sur le sujet.

Lors de la consultation publique sur cette fameuse loi Numérique – qui doit être définitivement adoptée fin septembre –des propositions avaient émergé pour imposer le chiffrement de bout-en-bout des communications, y compris des comptes email fournis par les fournisseurs d'accès. Las, Bercy n'a pas donné suite à ces requêtes, indiquant que les FAI se sont déjà engagés à chiffrer les échanges d'emails.

La loi confie tout de même à la CNIL la promotion des technologies à même de protéger la vie privée, chiffrement compris. La commission s'affiche d'ailleurs ouvertement en faveur du chiffrement de bout-en-bout, notamment dans son bilan 2015, présenté en avril. « L’introduction de portes dérobées ou de clés maîtres conduirait à affaiblir la sécurité des solutions techniques aujourd’hui déployées » affirmait-elle.

Au niveau européen, le contrôleur de la protection des données personnels a récemment demandé une modification de la législation actuelle, entre autres pour protéger le chiffrement de bout-en-bout. Selon Giovanni Buttarelli, il ne serait ainsi pas question d'introduire des portes dérobées, ni d'effectuer de rétro-ingénierie sur ces logiciels.


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