L'ICANN scrute la santé du marché des noms de domaines

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Guénaël Pépin

L'ICANN, a publié une version bêta de son index de la santé du marché des gTLD. L'occasion pour le gestionnaire des ressources du Net de fournir un point de vue chiffré, et de demander l'avis de la communauté sur sa méthode.

En pleine transition d'un contrôle des États-Unis à un modèle multi-partite (voir notre analyse), l'ICANN a publié une première version (bêta) de son index de la santé du marché des gTLD (domaines de premier niveau génériques). L'étude concerne donc la plupart des extensions disponibles (type .com ou .org), à l'exception par exemple de ceux liés à un pays (comme le .fr). Le but : s'assurer que le marché des noms de domaine est diversifié, stable et de confiance.

C'est l'une des nouvelles missions du gestionnaire des ressources d'Internet (adresses IP, numéros de réseaux, noms de domaine...), selon son plan 2016-2020. Une nouvelle édition doit être publiée tous les six mois. Pour cette première bêta, la communauté a jusqu'au 6 septembre pour commenter.

174 millions de noms de domaine fin 2015

Fin 2015, plus de 174 millions de noms de domaine étaient comptés par l'ICANN, soit 15 millions de plus que fin 2014 et 46 millions de plus que fin 2010. En clair, leur nombre a crû de 36 % en cinq ans. La croissance en 2015 a été portée par celle des noms de domaine internationalisés (notamment avec des caractères non-latins), dont plus de 530 000 ont été enregistrés sur l'année, contre environ 320 000 fin 2014. De quoi enrayer le ralentissement de la croissance du marché, qui sévissait jusqu'à 2013. 

En fait, près de 52 millions de nouveaux noms de domaine liés à des gTLD ont été enregistrés en 2015, selon l'ICANN... Contre environ 37 millions supprimés. Sur 174 millions de noms de domaine, le renouvellement est donc (très) important. Les mouvements se sont d'ailleurs accélérés dernièrement. Jusqu'au premier trimestre 2015, environ 20 millions de noms de domaine étaient ajoutés tous les six mois, contre 30 millions en fin d'année dernière. Cette croissance est portée par les nouveaux gTLD (dont les internationalisés), qui comptaient près de 2,5 fois plus de noms de domaine qu'en 2014.

gTLD noms de domaineNombre de noms de domaine liés à un gTLD (en milliers)

De l'autre côté, moins de cinq millions de suppressions intervenaient chaque semestre avant 2014. Un nombre qui a explosé début 2014, avec près de 12 millions de suppressions et un pic fin 2015 à près de 19 millions. La raison, elle, n'est pas indiquée par l'organisme, qui se contente d'un constat chiffré. Tout juste peut-on noter que, depuis 2014, si les ajouts de noms de domaine concernent principalement les nouveaux gTLD, les suppressions concernent avant tout les extensions historiques.

L'explication pourrait venir des domaineurs, ceux qui gèrent en masse des noms de domaine, pour tirer profit du trafic qu'ils attirent. « En volume, l'essentiel du marché (et donc des indicateurs) ne vient pas des gens qui utilisent leurs noms (ceux-ci tendent à être stables et conservateurs) mais des domaineurs, qui testent » nous explique un observateur de l'industrie des noms de domaine. « On essaie quelques noms dans les nouveaux TLD ICANN pour voir s'ils attirent du trafic et, comme il faut bien trouver l'argent quelque part, on supprime des domaines inutilisés dans les anciens TLD. Cela nécessite beaucoup de noms, dont on ne gardera qu'une partie » estime-t-il.

Une industrie très occidentale, qui se réorganise

Sur le plan de la concurrence, la situation n'est pas rose partout. L'ICANN a ainsi mesuré la diversité des acteurs du marché, en premier lieu des registrars (bureaux d'enregistrement, comme Gandi ou OVH). Elle a pris l'adresse de contact principal de chaque groupe (qu'il contienne une ou plusieurs entreprises) et l'a placée sur une carte. Fin 2015, 34 % provenaient d'Asie ou d'Australie, 33 % d'Europe, 27 % d'Amérique du Nord, près de 4 % d'Amérique du Sud et environ 2 % d'Afrique. Dans l'absolu, 67 pays comptent au moins un bureau d'enregistrement. La diversité des acteurs commerciaux est donc encore à construire.

Réfléchir en termes de groupes, et non de bureaux individuels, semble de plus en plus pertinent. Selon les chiffres de l'ICANN, le secteur s'est bien concentré ces dernières années. Début 2014, plus de 40 % des registrars étaient indépendants entre eux, contre à peine 21 % deux ans plus tard. Une donnée validée par une autre : chaque groupe comptait en moyenne 2,5 registrars en son sein en 2014, contre 4,7 à la fin fin 2015. Une tendance à la concentration d'ailleurs remarquée par l'Afnic, pour sa part dans la répartition des ventes de noms de domaine en .fr.

ICANN opérateurs de registre
Répartition des opérateurs de registre (en % du total)

Ensuite, elle a exploré le monde des opérateurs de registre, qui ont la charge administrative et technique de chaque gTLD pour chaque zone. L'organisation a identifié les groupes distincts qui ont la responsabilité de ces gTLDs. Fin 2015, 42 % venaient d'Europe, 28 % d'Asie ou d'Australie, 26 % d'Amérique du Nord, moins de 3 % d'Amérique du Sud et... à peine 1,1 % d'Afrique. Une répartition qui bouge peu, même si de plus en plus de pays comptent au moins un opérateur de registre (47 fin 2015, contre 6 début 2013). Pour rappel, la diversité des acteurs dans les décisions de l'ICANN est l'un des combats à venir de l'organisation, aujourd'hui marquée par une culture très anglo-saxonne, du fait de ses racines américaines.

Si les bureaux d'enregistrement semblent bien se concentrer, les opérateurs de registre, eux, se multiplient. 42 % d'entre eux sont des entités distinctes à fin 2015, contre 30 % deux ans plus tôt. Chaque groupe comptait 2,4 opérateurs de registre en moyenne, contre 3,3 auparavant.

Des entrants et des sortants

Le nombre de nouveaux bureaux d'enregistrement monte peu à peu. Sur les deux dernières années, 68 registrars distincts ont été nouvellement accrédités pour fournir des noms de domaine liés à un gTLD. Dans l'autre sens, les suppressions d'accréditation sont aussi nombreuses, entre une vingtaine et trentaine par année. La plupart sont des suppressions volontaires, de la part des registrars eux-mêmes, quand une autre partie a été décidée par l'ICANN, par exemple pour non-respect de ses règles. En 2015, 17 suppressions ont ainsi été volontaires, contre 8 imposées par l'organisation.

Plus largement, l'ICANN prend dans les 3 000 décisions par an contre des personnes ayant enregistré un nom de domaine utilisant un gTLD, notamment pour violation de marque. Depuis 2014, les chiffres incluent d'ailleurs une procédure d'action rapide pour les détenteurs de droits, « plus efficace et économique pour résoudre les cas incontestables d'abus ». Une méthode qui n'a pas empêché les chiffres de baisser légèrement depuis 2013.

Une autre donnée intéressante du rapport est la fiabilité du Whois, le registre qui contient les coordonnées des propriétaires de domaines. Cette fiabilité est régulièrement mise en cause, notamment par l'ICANN elle-même, qui planche sur un éventuel remplaçant. Selon l'organisation, environ 67 % des informations seraient bien formatées à la fin 2015, contre environ 70 % six mois plus tôt. Une marge d'erreur importante, corroborée par les tests qu'ils effectuent (envois d'emails aux adresses indiquées, appels téléphoniques...) sur ces coordonnées, dont 64 % à peine étaient opérationnelles.

Une version bêta amenée à évoluer

Si les chiffres sont bien fournis par l'ICANN, il faut tout de même garder en tête que l'étude est en version bêta. L'organisation tente, pour chaque indicateur, de fournir des données comparables, mais n'a pas encore pu le faire cette fois-ci. Elle prévoit déjà une trentaine d'indicateurs à ajouter à ceux déjà présents, dans tous les domaines.

L'ICANN prépare, entre autres, un index de concentration pour les registrars, une indication de la répartition géographique des personnes enregistrant des noms de domaine, ou encore plusieurs indicateurs sur les réclamations portées aux bureaux d'enregistrement.


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