Internet des objets : l'ARCEP prépare « la révolution » et présente ses orientations

La guerre a déjà commencé, il serait temps ! 3
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Crédits : Weedezign/iStock
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L'ARCEP prépare la révolution de l'Internet des objets connectés. Elle publie pour cela une cartographie complète des enjeux et fait part de ses orientations. Une consultation publique est lancée afin de recueillir l'avis du marché.

Afin de poser le décor, l'ARCEP explique que « l’Internet des objets (ou IoT pour Internet of things) est au centre de l’attention des consommateurs et des entreprises », et ce n'est pas l'actualité de ces derniers mois qui dira le contraire. Le régulateur ajoute que « la promesse d’un monde peuplé d’objets connectés offre d’innombrables opportunités par les possibilités offertes, en tant qu’utilisateur comme en tant que fournisseur de service ».

Ce n'est donc pas un hasard si ce marché est un des chantiers prioritaires de sa revue stratégique. Après avoir mis en ligne ses premiers éléments de réflexion, le gendarme passe la seconde avec une cartographie des enjeux et une consultation publique afin de « préparer la révolution de l’Internet des objets ».

L'Internet des objets : un (très) très vaste sujet transversal 

Avant toute chose, l'ARCEP tient à définir la notion d'Internet des objets. Il s'agit d'un « ensemble d’objets physiques connectés qui communiquent via de multiples technologies avec diverses plateformes de traitement de données, en lien avec les vagues du cloud et du big data ». Vaste programme.

Les exemples d'applications sont d'ores et déjà nombreux ; en voici quelques-uns : les territoires « intelligents », les bâtiments et maisons connectées, le monde industriel et agricole, les voitures, la santé, etc. « Au-delà des filières identifiées ci-dessus, l’Internet des objets détient un potentiel d’application très large, à même d’affecter positivement l’ensemble des secteurs de l’économie » prédit le régulateur des télécoms. 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le domaine d'expertise est vaste puisqu'il touche à la fois les objets physiques, les réseaux de communications, l'informatique au sens large du terme ainsi que le cloud. À la simple lecture de cette liste, on se rend compte du nombre important d'acteurs concernés.

Afin de prendre en compte toutes les problématiques de ce sujet, le régulateur s'est associés à d'autres organismes : l’Agence nationale des fréquences (ANFR), l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), la Direction Générale de l'Aménagement, logement et nature (DGALN), la Direction Générale des Entreprises (DGE) et France Stratégie.

Afin de faire le point, l'ARCEP a mené plusieurs auditions avec les acteurs du secteur. Elle décrit un « écosystème où les acteurs essayent encore de se positionner au sein du marché ; certains explorent des intégrations ou des partenariats dans les différentes briques constituant l’internet des objets ».

5G, LoRa, Sigfox : la guerre des réseaux

Comme nous avons déjà eu l'occasion de le rappeler à plusieurs reprises, la guerre des objets connectés, c'est aussi (et avant tout ?) celle des réseaux de communications bas débit. Actuellement, deux solutions tirent leur épingle du jeu : Sigfox et LoRa, qui sont différents de par leur construction.

Le premier assure lui-même le déploiement de son réseau (éventuellement avec des partenaires) et impose « la certification des terminaux et le passage exclusif par le cloud de Sigfox ». Le second est « un protocole de communication développé coopérativement par de nombreux acteurs au sein de la LoRa Alliance », parmi lesquels on retrouve Bouygues Telecom, Orange, Archos et Qowisio. Chacun développe ainsi son propre réseau et l'interopérabilité peut être de mise, même si ce n'est pas aussi simple dans la pratique. L'ARCEP note tout de même un problème avec LoRa : « le nombre de fournisseurs de composants de décodage reste très limité ».

Comparé à LoRa, un des principaux problèmes de Sigfox est l'obligation de passer par son réseau afin de récupérer les données des objets, ce qui ne plait évidemment pas à certains qui préfèrent développer leur propre réseau afin d'avoir la mainmise dessus. Lors d'un entretien au CES de Las Vegas, Sigfox nous avait été précisé qu'une solution intermédiaire était à l'étude avec la possibilité pour une société d'avoir un réseau Sigfox « privé », mais cela ne semble pas encore d'actualité pour le moment.

Du côté des opérateurs de téléphonie mobile, plusieurs solutions sont à l'étude :  le Narrow Band IoT (ou NB-IoT), l’ EC-GSM et le LTE-M. Elles sont généralement compatibles avec les équipements déjà déployés et ne demanderaient qu'une mise à jour logicielle, ce qui permettrait donc une adoption rapide et à moindre coût.

De son côté, la 3GPP prend en compte l'explosion de l'Internet des objets dès maintenant afin de l'intégrer nativement dans la norme 5G qui devrait arriver à l'horizon 2020.

Il ne faut pas oublier la fibre optique et la question de l'itinérance

Dans certains cas, l'utilisation de la fibre optique peut être intéressante, notamment pour les objets qui demandent beaucoup de bande passante (les caméras de vidéosurveillance par exemple). Pour la FIRIP, il faut même envisager dès maintenant de la fibre pour les objets connectés qui ne consomment que quelques octets actuellement. En effet, leur multiplication à long terme transformera les o en Ko, puis en Mo, etc.

Et encore, il ne s'agit là que d'une approche « technique » des réseaux pour les objets connectés et d'autres questions peuvent être soulevées : quid des applications nécessitant une haute disponibilité ou une redondance ? Que se passe-t-il avec des objets connectés qui voyagent dans le monde (une valise, une voiture, etc.) ? Le régulateur des télécoms a déjà des idées sur ces questions, en voici un résumé.

« Les auditions ont démontré l’existence d’un foisonnement de technologies – filaires et sans fil – qui s’avère nécessaire, et qu’il faudra favoriser, pour répondre à la multitude des besoins d’usages et de connectivité de l’internet des objets » explique l'autorité.  Par contre, « le besoin en haute disponibilité est imparfaitement satisfait à ce jour et la question de l’itinérance nationale (sous conditions restreintes) pourrait être envisagée pour y répondre. Les performances des nouvelles technologies de réseaux LPWAN (forte couverture, faible consommation énergétique, coût de connectivité faible) en ont fait des candidats idéals pour ajouter des possibilités complémentaires de redondance de l’accès ».

Elle ajoute que l'enjeu européen « sera celui des conditions d’itinérance permanente pour les objets puisqu’une partie des objets connectés ont vocation à être utilisés en dehors de leur pays de production ». On pourrait même dire que cela dépassera forcément le cadre des frontières du vieux continent, mais il sera alors probablement encore plus compliqué de proposer une harmonisation, sauf à passer par un opérateur privé proposant une couverture mondiale, comme ce qu'essaye de faire Sigfox, mais avec les restrictions que l'on a évoquées un peu plus tôt.

Plus en profondeur se cache la guerre des fréquences et de l'identification

Avoir un réseau c'est bien, qu'il ne soit pas encombré c'est mieux. Il faut donc que les bandes de fréquences soient suffisamment bien dimensionnées pour faire transiter les milliards d'informations qui seront remontées plus ou moins régulièrement par les objets. 

Au niveau européen, des travaux sont en cours pour « libérer » les bandes de fréquences 863 à 870 MHz, 870 à 876 MHz et 915 à 921 MHz « pour plusieurs applications de faible puissance (RFID, smart metering, smart grid, smart cities, home automation, alarmes, aide à l’audition) ». En France, une consultation avait été mise sur pied début juin et elle s'est terminée avant hier, les réponses et la conclusion de l'ARCEP seront intéressantes à analyser lorsqu'elles seront en ligne.

Les bandes de fréquences sous licence (comme c'est le cas pour la 2G, 3G, 4G, etc.) peuvent également être exploitées pour l'Internet des Objets. Elles présentent généralement l'avantage d'être moins « polluées », mais aussi l'inconvénient d'avoir un cadre plus strict quant à leur utilisation.

Afin de faciliter l'innovation, l'ARCEP pourrait mettre de l'eau dans son vin dans certains cas : elle pourrait ainsi, « sous certaines conditions, définir un cadre expérimental visant à accompagner un opérateur donné dans le développement d’une technologie ou d’un service innovants, du point de vue technique ou commercial ». Afin d'abonder en ce sens, un guichet « start-up » sera d'ailleurs prochainement lancé.

En plus des fréquences, l'ARCEP pointe une autre problématique : l'identification des objets connectés sur les réseaux. Avec quelques centaines/milliers pas de problème, mais avec des milliards et des milliards se sera plus compliqué. Une première étape a déjà été franchie sur le M2M avec la mise en place d'une tranche de numéro de téléphone à 14 chiffres. L'ARCEP ajoute que « certains opérateurs souhaiteraient aujourd’hui accéder à une itinérance permanente au niveau mondial avec les ressources en numérotation nationales de leur pays d’origine ».

Pour l'identification des objets sur Internet, la transition de l'IPv4 vers l'IPv6 est déjà en route, mais elle n'avance pas bien vite... et la pénurie d'adresses IPv4 est déjà là depuis plusieurs années. Afin d'accélérer le mouvement, la loi Numérique prévoit que tout terminal vendu à partir du 1er janvier 2018 doit être compatible avec IPv6. Être compatible est une chose, que les FAI français (et mondiaux) activent massivement l'IPv6 en est une autre.

Quid de l'interopérabilité et de la confiance ?

Quoi qu'il en soit, un des gros problèmes des objets connectés pour les utilisateurs est actuellement le manque d'interopérabilité. Un capteur de température d'une marque ne fonctionnera pas forcément (et même rarement) avec un thermostat d'une autre marque ; et ce n'est qu'un exemple parmi tellement d'autres.

Deux niveaux d'interopérabilité sont à distinguer pour l'ARCEP : les couches basses pour l'acheminement de l'information et les couches hautes pour le traitement des données. Dans le premier cas, le régulateur ne se fait pas d'illusion et annonce simplement que « l’interopérabilité parait difficile à organiser ». Par contre, dans le second cas, « certains acteurs semblent se positionner [...] en gommant l’hétérogénéité des couches physiques ». On peut par exemple citer les différents consortiums qui se sont créés (Open Connectivity Foundation, AllSeen, Thread et OpenThread), mais aussi des initiatives issues d'une société : IFTTT, Microsoft Flow, HomeKit et Weave.

Le régulateur reste prudent sur la mise en place d'un éventuel cadre réglementaire et explique que « les acteurs s’accordent sur le fait que le marché étant encore émergent, il convient d’éviter une action réglementaire qui tendrait à figer le marché et à limiter l’innovation ».

L'ARCEP évoque ensuite un aspect très important pour les utilisateurs : la confiance qu'ils peuvent avoir dans la fiabilité et la confidentialité des données. « Les utilisateurs (consommateur, entreprise ou collectivité) doivent pouvoir garder le contrôle sur les données qui les concernent. Il est par ailleurs nécessaire d’assurer la transparence vis-à-vis de l’utilisateur afin d’éviter un usage secondaire inconnu et éloigné de la finalité initiale de la fourniture des données. »

Les questions de l'ARCEP sur l'Internet des objets

Après avoir fait le point sur les objets connectés, l'ARCEP propose des actions qu'elle estime intéressantes à mettre en place. Cinq objectifs sont ainsi listés :

  • permettre une connectivité multiple, mobile, fiable et à coût réduit
  • veiller à la disponibilité des ressources rares
  • garder un jeu ouvert à tous
  • contribuer à bâtir la confiance autour de la donnée et des usages
  • accompagner les acteurs de l’Internet des objets

Elle pose ensuite une série de questions aux différents acteurs qui souhaitent y répondre. Le régulateur veut ainsi savoir si la mise en place d'un cadre expérimental sur les services de communication serait de nature à favoriser l'innovation. L'autorité se demande également si elle doit avoir une implication plus importante dans les instances de normalisation internationale.

La question de la mise en place d'un « portail des fréquences libres » arrive ensuite sur le tapis. Celui-ci serait réalisé en collaboration avec l’ANFR et aurait pour but communiquer sur ce sujet et de « permettre des contributions aux travaux d’identification et d’harmonisation de nouvelles bandes libres ».

Dans le cadre du BEREC (dont elle aura la présidence en 2017), l'ARCEP mène des travaux « visant à favoriser la normalisation et la diffusion des solutions de mise à jour à distance des cartes SIM pour les objets connectés ». Elle souhaite continuer dans cette voie et elle demande donc l'avis des acteurs sur marché sur ce point.

Bien évidemment, elle reste attentive aux démarches de la CNIL sur les questions du respect de la vie privée et de l'usage des données et pourra, si besoin, participer aux travaux de la commission. Sur la sécurité des données, elle travaille avec l'ANSSI, les opérateurs et les équipementiers. Vous avez des remarques sur ces points ? Faites-en part au gendarme des télécoms.

Enfin, elle « prévoit d’aménager de nouveaux rendez-vous avec les acteurs de l’internet des objets en organisant, entre autres, des ateliers périodiques autour de l’internet des objets ». Le but est à la fois de suivre les évolutions et d'identifier d'éventuels problèmes. Elle demande un retour des acteurs intéressés sur les thématiques qu'elle pourrait aborder.

Dans tous les cas, chacun peut apporter sa pierre à l'édifice puisqu'il s'agit d'une consultation publique. Comme toujours, et dans un souci de transparence, le régulateur publiera l'intégralité des réponses, sauf bien sûr ce qui est couvert par le secret des affaires. Pour connaitre la liste complète des questions ainsi que les modalités de réponse, il suffit de cliquer sur le lien ci-dessous :


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