L'Autorité de la concurrence valide sous conditions le mariage Darty-Fnac

Le contrat de concurrence 19
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Société
Kevin Hottot

L'Autorité de la concurrence a rendu son avis concernant le rachat de Darty par le groupe Fnac. Elle a identifié plusieurs problèmes très localisés de concurrence qui devront mener à la cession de six points de vente en Île de France.

L'un des derniers obstacles empêchant le mariage entre le groupe Fnac et Darty vient enfin d'être soulevé. L'Autorité de la concurrence avait lancé une phase d'examen approfondi fin mars 2016 afin d'étudier, « notamment, la pression concurrentielle exercée par les opérateurs de vente en ligne sur les marchés de la vente au détail de produits électroniques et ses conséquences sur la délimitation des marchés concernés par l'opération ». 

En effet, l'Autorité voyait dans ce rapprochement celui « des deux principaux réseaux de distribution physiques sur un marché où plus de 7 Français sur 10 continuent à se rendre en magasins pour effectuer leurs achats ». Si, sur la globalité du marché ce mariage n'a pas d'influence néfaste, les cybermarchands faisant office d'agitateurs, à l'échelon local l'accumulation de boutiques sous le même giron dans certaines zones de chalandise pose problème. 

L'Autorité pense local

Dans son compte-rendu, l'Autorité de la concurrence estime que « dans l'intégralité des marchés locaux situés en province, le consommateur disposera, outre l'offre en ligne de « pure players » tels qu'Amazon ou Cdiscount, de plusieurs alternatives ». Les concurrents ici sont composés d'enseignes spécialisées (type Boulanger) des grandes surfaces alimentaires qui peuvent disposer d'importants rayons de produits électroniques ou bien d'enseignes plus modestes. 

« Malgré des parts de marché parfois élevées, le groupe Fnac restera donc confronté à une pression concurrentielle sensible en province », résume le gendarme de la concurrence.

À Paris et dans le sud-ouest de la région parisienne, la donne est très différente. Le rapprochement entre Darty et la Fnac poserait quelques problèmes. Dans le centre commercial Vélizy II par exemple, on retrouve un magasin Darty et une boutique Fnac, mais aucun concurrent à proximité immédiate. Cinq autres cas similaires sont pointés par l'Autorité à Paris intra-muros : Belleville, Beaugrenelle, Italie 2 ou dans le 17e arrondissement.

Céder des magasins pour soutenir l'animation concurrentielle

Dans le cas de Paris et de Vélizy, le gendarme estime que « la nouvelle entité disposerait d'un pouvoir de marché important qui ne serait pas suffisamment contraint par la concurrence des autres enseignes. Notamment, l'opération entraîne un risque que les magasins concernés ne soient plus incités à pratiquer des baisses de prix ou des promotions ponctuelles, susceptibles d'animer la concurrence locale ». Pas question donc pour l'Autorité de laisser la concurrence s'éteindre dans ces zones, car cela serait dommageable pour le client final. 

Darty Fnac Magasins à céder

Par conséquent, elle demande à Darty et au groupe Fnac de céder six de ses magasins à un ou plusieurs concurrents « présents dans le même secteur d'activité susceptibles d'exercer une pression concurrentielle suffisante sur le groupe Fnac dans la zone considérée ».

Pas de problème en amont

L'une des principales synergies attendues du mariage entre Darty et la Fnac concerne le regroupement des achats des deux enseignes chez leurs fournisseurs. Les volumes commandés pour l'ensemble du réseau étant plus élevés, les revendeurs espéraient pouvoir obtenir des tarifs plus attractifs, et donc des marges plus confortables. 

De ce point de vue-là, les intéressés ont la bénédiction de l'Autorité de la concurrence qui explique que « l'opération ne pose en revanche pas de problèmes de concurrence sur les marchés amont de l'approvisionnement en produits électroniques ». Mieux encore, elle a « écarté tout risque de création ou de renforcement de dépendance économique des fournisseurs ». Concrètement, une fois réunis Darty et le groupe Fnac ne seront de toute façon pas assez gros pour poser des problèmes de dépendance économique aux vendeurs d'électronique, ceux-ci étant pour la plupart de grandes multinationales qui disposent déjà de nombreux autres débouchés en France pour écouler leurs produits.


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