La messagerie Line s'apprête à entrer en bourse

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Finances
Kevin Hottot

Cela fait quelques années que Line, l'entreprise japonaise éditant le logiciel de messagerie éponyme, tente d'entrer en bourse. Cette fois-ci pourrait bien être la bonne, même si les investisseurs ne se bousculent pas au portillon.

Depuis deux ans, Line repousse au fur et à mesure l'heure de son introduction en bourse. La septième application de messagerie en termes de popularité peine à séduire les investisseurs qui n'ont d'yeux que pour les leaders déjà en place, tels que WhatsApp ou WeChat, tous deux soutenus par des géants du web aux poches très profondes. Pourtant, Line a encore quelques atouts à faire valoir.

Des bases saines

L'entreprise nipponne a attendu cette fois-ci d'avoir un bilan présentable avant de se lancer dans le grand bain. Elle a en effet réalisé un chiffre d'affaires de 86,7 milliards de yens en 2014 (environ 770 millions d'euros), passé à 120,9 milliards de yens (1,075 milliard d'euros) en 2015. La croissance s'observe aussi sur le dernier trimestre, mais à un rythme légèrement moins soutenu. Sur les trois premiers mois de l'année, Line a réalisé un chiffre d'affaires de 34,1 milliards de yens (303 millions d'euros), en hausse de 21 % sur un an. 

Line n'est par contre pas encore rentable. L'entreprise a connu un exercice excédentaire en 2014 à hauteur de 2 milliards de yens (18 millions d'euros), avant d'afficher des pertes nettes de 8 milliards de yens (soit 71 millions d'euros). L'hémorragie tend cependant à se calmer, l'entreprise n'ayant perdu que 234 millions de yens (2,1 millions d'euros) au premier trimestre, ce qui est plutôt de bon augure.

Une croissance qui se tarit

Le bât blesse au niveau de la croissance du nombre d'utilisateurs de la plateforme. Depuis plusieurs trimestres, Line n'enregistre qu'une progression très faible de son nombre d'utilisateurs actifs mensuels (MAU), une donnée qui revêt une importance cruciale pour les investisseurs. Entre mars 2014 et mars 2015 Line a vu son nombre de MAU passer de 159 a 205 millions de personnes. En mars 2016, ils n'étaient que 13 millions de plus qu'à la même époque un an plus tôt, ce qui n'est guère reluisant. 

Line IPO

Surtout, pendant cette période, Line a connu de fortes croissances au Japon, en Indonésie, à Taiwan et en Thaïlande, qui sont ses principaux marchés. Pendant ce temps, dans le reste du monde, Line se fait croquer tout cru par WhatsApp, WeChat, Facebook Messenger et les autres. Heureusement, le nombre d'utilisateurs payants continue de grimper, ce qui permet à la plateforme de générer toujours plus de revenus, autrement que par la publicité (qui compte pour 35 % du total au 1er trimestre 2016) et ses stickers sponsorisés. 

Autre bémol, les jeux, qui sont un gros pourvoyeur d'utilisateurs payants, voient leur public s'éroder. De 39 millions de MAU en décembre 2014, il est passé à seulement 31 millions en mars 2016. À titre de comparaison, Zynga en affiche 68 millions, ce score reste donc honorable pour un acteur qui n'est pas spécialisé dans le domaine. 

Line IPO

Les investisseurs se consoleront toutefois en voyant que le nombre de messages échangés via Line ne cesse d'augmenter. En moyenne, 4,2 milliards de messages sont envoyés chaque jour et sont lus 16,2 millions de fois (un message pouvant être envoyé à plusieurs destinataires simultanément). Les utilisateurs s'envoient également chaque jour 389 millions de stickers, qu'ils peuvent acheter parmi une sélection de... 259 500 packs.

870 millions d'euros sinon rien

Pour son introduction en bourse, Line veut lever un minimum de 98 milliards de yens (870 millions d'euros environ) en échange de 16,7 % de son capital, ce qui correspond à une valorisation de 5,2 milliards d'euros. Un montant qui peut sembler élevé pour une entreprise qui peine aujourd'hui à étendre son public, mais qui reste moins élevé que les 20 milliards de dollars évoqués en 2013 lors de la première tentative d'introduction en bourse.

Cette somme, Line veut l'utiliser principalement pour rembourser ses dettes, s'élevant à 42 milliards de yens (375 millions d'euros environ) avec des taux compris entre 0,11 et 0,22 %. Des dettes que l'entreprise doit rembourser au plus tard en septembre prochain. Elle ne doit donc pas louper son coup si elle ne veut pas s'attirer des ennuis. Le reste doit servir à « financer l'extension des activités, ce qui peut inclure des investissements, des acquisitions ou des coopérations stratégiques pour accroitre la base d'utilisateur ou fournir des contenus additionnels à la plateforme ».

Un plan audacieux qui ne séduit pas vraiment les investisseurs, qui ont encore des doutes sur le potentiel de croissance de l'application. « Sur les quatre pays où ils se concentrent, il n'y a qu'en Indonésie qu'il existe une grande marge de croissance. Et même là, l'horizon n'est pas si clair », explique un gérant de fonds d'investissement à Reuters. Le résultat final de cette tentative d'introduction sera connu d'ici trois semaines.


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