L’astrologue Élisabeth Teissier mise en orbite par la justice face à Wikimedia Foundation

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En bref
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Crédits : Xavier Berne
Justice
Marc Rees

De sa voute céleste, Élisabeth Teissier n’avait peut-être pas anticipé cet échec judiciaire. L’astrologue se serait bien vue Lion face à Wikimedia Foundation, mais s’est pris un nouveau coup Bélier dans l’Uranus. En cause, une fiche peu étoilée à son égard.

La reine des astres avait en effet demandé à Wikimédia d’insérer un très long droit de réponse qu’elle n’avait pu imposer via les voies naturelles de l’encyclopédie libre. Et son contenu était beaucoup plus positif que sa fiche actuelle.

Dans la section « prévisions » par exemple, elle aurait souhaité que soient rappelés non de vils échecs, mais son anticipation de la Guerre du Golfe, des attentats du World Trade Center, du conflit syrien, de la victoire d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris « sous une Nouvelle Lune agitée », de l’aggravation du conflit israélien autour du 19 juillet 2014, des attentats de Charlie Hebdo, et encore quelques heureuses nouvelles de Monaco : « Parallèlement au ciel de son illustre époux, le Prince Albert de Monaco, l'heureux duo Jupiter/Saturne va les mettre en vedette jusqu'en septembre, mettant en exergue une belle entente... Peut-être en raison de la promesse d'un héritier ou d'une héritière? (.) Si le prince devait redevenir père, ce sera à coup sûr en 2014 ! ».

Wikimédia avait néanmoins rejeté sa demande venue de l’espace. La célèbre astrologue décida donc de s’en remettre aux Dieux de l’Olympe judiciaire, d’autant que la fiche ésotérique contenait quelques vomissures énergétiques, tellement attentatoires à son honneur.

Par Belzebuth ! Ce 28 septembre 2015, Élisabeth Teissier s’était fait démagnétiser par le juge des référés. Cette justice illuminée avait rejeté l’ensemble de ses demandes cosmiques.

Pluton mourir que faillir

Qu’à cela ne tienne : sur les plateaux de la Balance, la reine des étoiles fit appel le 13 octobre 2015. Devant les magistrats, elle réclamait une responsabilité directe de la Wikimedia Foundation au titre d’éditeur de l’encyclopédie libre, afin de l’obliger, sous astreinte, à publier son droit de réponse. Peu certaine de son tir de comète, elle suggérait que Wikimédia soit à tout le moins reconnu hébergeur et même obligé de corriger voire supprimer la page incriminée consacrée à sa géniale personne.

Dans un râle venu des ténèbres, la Cour d’appel de Paris va lui répondre sans l’ombre d’une difficulté que Wikimedia Foundation est bien hébergeur. Sa mission en effet « consiste à fournir, à titre gratuit, les infrastructures et le cadre organisationnel permettant aux internautes qui le souhaitent, de construire des projets en contribuant et en éditant eux-mêmes des contenus, notamment sur le site encyclopédique Wikipedia, sans jouer de rôle actif de connaissance ou de contrôle des données stockées ».

Du coup, pas de doute : dans les saintes Écritures de la loi sur la confiance dans l’économie numérique, l’exercice d’un droit de réponse doit être dirigé vers le directeur de la publication ou à défaut vers l’hébergeur qui doit alors le transmettre aux principaux concernés. Or, en l’espèce, Wikimedia Foundation avait bien « transmis à l’équipe de volontaires ses réponses aux réclamations de Mme Teissier ».

Mars attaque

Depuis Alpha du Centaure, d’autres brèches stellaires avaient été exploitées par la navette Teissier : l’article 6.1.8. de la LCEN ne permet-il pas au juge de prescrire « toutes mesures propres à prévenir ou faire cesser un dommage » occasionné par un site internet ? L’article 809 du Code de procédure civile ne l’autorise-t-il pas à « prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite » ?

Mais quel était ce dommage ? Quel était ce trouble ? Surfant sur la Voie lactée des autoroutes de l’information, la demanderesse accusait de son index une fiche « clairement hostile » qui « porterait gravement atteinte à son honneur et à sa réputation en induisant que toutes ses prédictions seraient erronées, et en faisant état de la contestation par la communauté scientifique de ses titres universitaires, suggérant qu’elle serait un “charlatan” et qualifiant de “farce” la pertinence de la délivrance d’un diplôme d’État par la Sorbonne, prestigieuse université française ». Diable !

Chic planète

Elle rêvait d'une boule faite de cristal, elle a récolté une leste boule de pétanque sur les orteils. Pour la Cour d’appel, « pour déplaisantes que lui apparaissent les informations publiées sur ses prédictions dont les échecs ne sont pas discutés, ou sur les commentaires concernant ses diplômes, il ressort des débats que les propos tenus à l’égard de Mme Teissier ne sont pas insultants et relèvent plutôt de la libre critique, notamment de l’art divinatoire, exercée par les utilisateurs du site ». Du coup, le trouble venu de Wikipédia « n’est pas manifestement illicite [ne] justifiant ni les mesures sollicitées ni la provision à titre de dommages-intérêts sollicitée ».

Toutes ses demandes ont donc été catapultées au-delà de l’étoile Polaire. Avant d’embarquer, Elizabeth Teissier devra se délester néanmoins de 4 000 euros pour couvrir les frais de l’hébergeur. Bon voyage !


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