L'ouverture du code source d'Ines fait grincer des dents

Le monstre du Loch Ines 21
Accès libre
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Crédits : BraunS/iStock
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Xavier Berne

Le 14 juin dernier, l’INSEE et le ministère des Affaires sociales annonçaient fièrement l’ouverture du code source de leur modèle de simulation « Ines ». L'opération a toutefois fait grincer les dents de nombreux développeurs, en raison des conditions d’accès aux fameux fichiers... Explications.

Pour accéder au code source d’Ines, qui sert à établir des projections portant sur les prélèvements sociaux et autres prestations de type RSA ou allocations familiales, l’INSEE et la Direction des études du ministère des Affaires sociales et de la santé (DREES) demandent aux internautes intéressés de passer par une forge hébergée par l’association Adullact : « adullact.net/projects/ines-libre ». Après avoir créé un compte – passage obligé – et activé correctement celui-ci, l’utilisateur doit expressément demander à rejoindre le projet (lien sous la liste publique des membres du projet).

Une barrière qui a suscité incompréhension et irritations, exprimées notamment sur Twitter.

« On voit clairement qu’il y a la volonté de partager, de jouer le jeu du libre. Sauf que leur démarche est maladroite : le fait qu'il faille l'autorisation de l'administrateur du projet pour accéder aux fichiers, c'est terriblement lourd... Même si globalement on ne peut pas qualifier ça de mauvaise intention » commente un développeur chevronné.

Une démarche « vaine et maladroite »

Comment expliquer ce choix pour le moins curieux, à l’heure où certaines administrations optent pour une ouverture davantage en ligne avec les bonnes pratiques de l’open source ? « Nous souhaitons notamment connaître la liste des personnes qui consultent notre projet sur cette plateforme », explique l’équipe en charge du modèle Ines. « Toutes les demandes reçues sont traitées dans un délai de l'ordre de quelques minutes en semaine, et elles sont toutes acceptées », insiste-t-on.

« C'est un peu idiot, parce qu'une fois que tu as accès au code source, tu peux très bien le cloner et le mettre dans un git public et tout le monde y aura accès... » soupire un autre spécialiste de l'informatique, également sollicité par nos soins. « Pour moi, c'est de la maladresse et en plus c'est vain ! »

ines adullact

Il n’aura d’ailleurs fallu que quelques jours avant qu’un développeur ayant eu accès au fameux code source, Emmanuel Raviart, prenne l’initiative de le mettre en ligne sur FramaGit (voir ici). « Disons que cette déportation est un pis aller temporaire, le temps que les problèmes techniques d'accès au code source d'Inès soient résolus » nous explique l’intéressé – qui fut tout particulièrement impliqué dans le développement d’OpenFisca, un logiciel libre de simulation similaire.

« L'ouverture au libre du modèle Ines s'effectue dans le cadre des licences CeCILL V2.1 et OdBL. Rien n'empêche n'importe quel utilisateur de réutiliser le code source comme il l'entend, en respectant ce cadre juridique » concède-t-on à la DRESS.

L’administration fait néanmoins valoir qu’avoir accès au code source d’Ines sans la documentation proposée (en complément) sur la forge de l’Adullact se révèle « en réalité contre productif en raison de la complexité d'un tel outil ». Mais pour notre premier expert, cet argument est « complètement bidon » : « Le fait qu’un code source soit mal ou pas documenté, ça n'a jamais été une raison pour encadrer ou limiter sa diffusion. Même si c'est très compliqué, abscons, obscur... c’est du code source ! »

L’administration invitée à suivre les bons exemples

S’il n’y au final rien de trop dramatique, certains ne voudraient pas que ce genre de situation se reproduise à l’avenir, l’heure étant à l’ouverture de plus en plus de codes sources « publics »... L’Association de promotion du logiciel libre (April), par la voix de son délégué général Frédéric Couchet, se félicite ainsi de « la volonté politique » ayant conduit à l’ouverture du modèle Ines, mais demande aux responsables publics de « faire attention à être bien accompagnés, pour éviter des maladresses qui pourraient finalement être contre-productives ».

Les « bonnes pratiques » déployées par la Direction interministérielle au numérique (DINSIC), notamment lors de la libération du code source du logiciel de calcul de l’impôt sur le revenu, seraient ainsi à suivre – avec des fichiers accessibles à tous, sans enregistrement préalable, sur GitHub.


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