Internet n'a pas été inventé en FranceCrédits : jessekarjalainen/iStock

« La France aurait-elle vraiment pu inventer Internet ? » s'interroge faussement Damien Leloup dans un article paru dans Le Monde. La publication du roman « Comédies françaises », d’Eric Reinhardt, a en effet ravivé des querelles mémorielles quant aux apports des informaticiens français à la création d’Internet. Et réveillé des débats très gaulliens entre anciens ingénieurs et chercheurs de l’époque sur le rôle de l’Etat et les apports de la recherche française à la création d’Internet.

« L’idée que les Américains auraient, en intégrant du datagramme, repris un truc totalement inventé en France, est fausse », précise Valérie Schafer, professeure d’histoire contemporaine à l’université du Luxembourg et autrice d’une thèse de référence sur la création des réseaux français. « Dès le début de Cyclades, il y avait des échanges avec les Américains. Gérard Le Lann, de Cyclades, va dès 1973, un an après le lancement du projet, travailler à Stanford avec l’équipe Arpanet. »

« Les Nord-Américains à l’origine d’Arpanet connaissaient, depuis le début, le concept du datagramme. Si la première version d’Arpanet n’utilisait pas de datagramme pur, ce n’est pas par ignorance, mais parce qu’ils ont fait face à une opposition majeure de la part des constructeurs, IBM, General Electric ou Univac, qui à l’époque avaient un monopole de fait sur les ordinateurs. Ils n’avaient aucune envie de mettre à jour les logiciels de leurs machines, un travail coûteux », se souvient de son côté Gérard Le Lann.

Au passage, il explique avoir fait une découverte étonnante : « Nous nous sommes tous trompés, moi le premier, en faisant remonter l’histoire d’Internet au lancement d’Arpanet en 1969, estime M. Le Lann. Il faut remonter au moins à 1962 et à 1965. Des précurseurs nord-américains et britanniques présentent alors dans des thèses, des publications, des conférences, pratiquement tous les concepts et principes qui vont permettre les travaux d’ingénierie qui donneront Internet. Tout est là. Le rôle de ces précurseurs a été très largement négligé, en partie parce que les documents, anciens, ne sont pas toujours disponibles ou facilement trouvables en ligne. »

Sur certains points, tous les acteurs de l’époque sont d’accord, reconnaît Leloup. Si Arpanet a gagné la bataille, et si Internet s’est finalement développé aux États-Unis, c’est grâce à la conjonction de trois éléments : des financements constants, une alliance réussie entre universités, armée et entreprises et, surtout, une volonté politique incarnée plus tard par la figure du vice-président Al Gore (1993-2001), qui fera une promotion sans faille d’Internet.

A contrario, la France n’a pas su faire la jonction entre l’armée, le secteur privé et les jeunes ingénieurs des universités, souvent pacifistes et idéalistes. « Les deux tiers des managers d’Internet sont sortis du Lincoln Lab du MIT. Personne là-bas ne s’est jamais inquiété du fait qu’on y trouve aussi bien la Rand Corporation [think-tank de recherche militaire] que des idéalistes », estime M. Le Lann. 

Vous n'avez pas encore de notification

Page d'accueil
Options d'affichage
Abonné
Actualités
Abonné
Des thèmes sont disponibles :
Thème de baseThème de baseThème sombreThème sombreThème yinyang clairThème yinyang clairThème yinyang sombreThème yinyang sombreThème orange mécanique clairThème orange mécanique clairThème orange mécanique sombreThème orange mécanique sombreThème rose clairThème rose clairThème rose sombreThème rose sombre

Vous n'êtes pas encore INpactien ?

Inscrivez-vous !