Le CNNum explique son virage académique

Interviewés par Acteurs Publics, les deux nouveaux coprésidents du Conseil national du numérique (CNNum) expliquent l’orientation donnée à l’instance consultative par la nécessité de « marquer une pause » afin de réfléchir aux profondes transformations que la révolution numérique embarque avec elle dans l’ensemble de la société.

Après s'être focalisé sur le développement économique, les start-ups et la FrenchTech, les questions au sujet du numérique « ont évolué vers des enjeux autour des travailleurs des plates-formes, de la protection des données, de l’inclusion », précise Françoise Mercadal-Delasalles, directrice générale du Crédit du Nord. « C’est cette évolution qui nous a conduits à vouloir regarder le numérique non pas comme un sujet technologique ou économique, mais avant tout comme un sujet social et sociétal ». 

Il s'agirait rien moins que de « redonner du sens au numérique (et) de vérifier que cette marche en avant accélérée qu’est la révolution numérique ne dessert pas l’humanité et la planète ».

« Plutôt que de recopier bêtement ce que fait toute la planète dans le numérique, il conviendrait de marquer une pause pour réfléchir à cet autre modèle de développement du numérique que défend l’Union européenne, alors que, dans les faits, elle n’arrête pas de se comparer aux États-Unis et de vouloir leur courir après », renchérit Gilles Babinet.

Interrogé au sujet de la composition du nouveau CNNum qui, relève Acteurs Publics, « laisse peu de place aux entrepreneurs, aux techniciens, aux développeurs, à ceux qui font le numérique, et beaucoup plus à divers chercheurs en sciences humaines », Babinet trouve la critique « assez injuste, car elle postule que le débat sur le numérique serait un débat de classe, qui n’appartiendrait qu’aux experts. Si l’on avait chargé les constructeurs de pneus, d’automobiles, de haut-fourneaux, etc., de définir le monde à venir pendant la seconde révolution industrielle, je ne suis pas certain qu’ils auraient inventé l’école publique ou la sécurité sociale ».

« Il se trouve que l’urgence aujourd’hui est de réfléchir aux impacts du numérique, et ce n’est pas le travail des informaticiens ou des chefs d’entreprise, qui sont, eux, dans l’action », précise Françoise Mercadal-Delasalles.

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