Après HADOPI, la LOPPSI. Interview de Jean-Michel Planche

La LOPPSI, la loi pour la performance de la sécurité intérieure, sera le prochain texte après le projet de loi Création et Internet et celui sur les jeux d’argent à vouloir réguler Internet.

Cette fois, la cause est sévère puisqu’il ne s’agit plus de musique, d’audiovisuel ou de machine à sous virtuelle, mais de pédophilie. Et autant le dire, toute démarche critique marque un risque ; celui-ci de vouloir sous-évaluer les atteintes à la dignité de la personne humaine, ici de l’enfant, sous des prétextes technico juridiques qui ne pèsent pas lourds. Reste que certains acteurs ne se privent pas pour dépassionner ce débat et mettre l’éclairage sur les points noirs de cette politique pénale et technique, le tout sous fond de neutralité des réseaux. C'est le cas de Jean-MIchel Planche.


Jean Michel Planche, qui en 1989 a crée Oléane, premier opérateur internet dédié aux professionnels, a publié sur son site un post pour dénoncer un article de la LOPPSI dont il a eu connaissance de par ses fonctions.

Petit rappel : « JMP » est membre de la CCRSCE, en fait la Commission consultative des réseaux et services de communications électroniques, une des nombreuses commissions constituées au fil du temps et des évolutions. Fin janvier, il apprend donc que le CCRSCE sera consulté sur le projet de loi sur la sécurité intérieure concocté par le ministère de l’Intérieur. La réunion est organisée le 27 avril. Et c’est lors des travaux préparatoires à cette rencontre que JMP découvre ce que cache la LOPPSI : prévoir un dispositif qui va « impose(r) aux fournisseurs d’accès à Internet l’obligation d’empêcher sans délai l’accès aux contenus illicites dont les adresses électroniques sont désignées par arrêté du ministre de l’Intérieur sous peine d’un an d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende

Nous avons interrogé Jean Michel Planche voilà quelques jours. Nous publions ci-dessous cet échange

Page 1 : La LOPPSI va créer des points de fragilité énormes
Page 2 : Cyberterrosite, je sais maintenant où attaquer
Page 3 : Se protéger dans tout l'écosystème numérique
Page 4 : On va modifier la structure des routes
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PC INpact :Quel est le problème avec cette mesure ?

Jean Michel Planche : Elle va créer des points de fragilité énormes. Internet, ce n’est pas un média, internet ce n’est pas que le web. Ce peut être une capacité de diffuser. Faire ce qu’ils font, c’est considérer qu’internet n’est qu’un réseau de distribution. Or, c’est un réseau d’échange ouvert et neutre. Si on le transforme, on se coupe de nos capacités d’entreprendre et on en revient au minitel 2.0 ! Avec la LOPPSI, on ne va pas toucher au fond : ce n’est pas par ce que des images ne vont pas circuler que des pédophiles ne vont pas attaquer nos enfants. Les gendarmes n’ont pas de moyens. On nous pond une loi sans travailler sur le fond, les causes !

L’effet de bord est considérable. Avec des méthodes régaliennes de cette nature, les gens normaux, et j’en connais déjà un certain nombre au niveau technique, vont se dire « on va dans des pays plus libertaires ». Même la Chine sur certains côtés est plus libertaire. Au moins, je peux monter un VPN quand je veux en Chine, ce que je ne peux plus faire librement en France de partout.
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Concrètement ?

On se va poser la question en se disant que nos contenus, nos services, nos innovations et notre énergie, on va les faire s’exprimer sur le réseau des autres. Ce que les gens ne voient pas c’est que le réseau des autres, ceux qui sont prêts, ils nous tendent les bras. Il y a toujours plus puissant qu’un gouvernement, il y a un opérateur, il y toujours plus puissant qu’un opérateur, c’est un Google, c’est un Amazon. A un moment donné, ils vont nous capter toutes nos capacités, nos énergies, et faire un média centré sur eux-mêmes et nous là dedans, on aura encore eu des lois « Maginot » qui vont nous protéger pour aller vendre du pinard et du fromage de chèvre.

 
 
par Marc Rees Publiée le 15/05/2009 à 16:43