Profession : YouTubeur

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Après avoir évoqué les publicités standards de YouTube et des Networks, ce ne sont pas les seules sources de revenus possibles. De nombreux créateurs n'hésitent pas à utiliser d'autres moyens pour arrondir leur fin de mois. Il y a bien entendu les systèmes de financement participatif tels que Tipeee ou Patreon, qui permettent à certains d'atteindre plusieurs centaines ou milliers d'euros par mois grâce à leurs fans. Cela nécessite donc de didposer déjà d'une certains notoriété afin de convaincre une communauté de vous faire vivre de vos productions.

Usul (du célèbre 3615), Benzaie, Le Fossoyeur de Films, Durendal ou encore Kriss de Languedepub arrivent par exemple régulièrement à dépasser le millier d'euros chaque mois pour réaliser leurs vidéos. Benzaie et Usul explosent même les compteurs avec des centaines de « tipeurs » et entre 2 500 et 3 000 euros en bourse chaque mois. Google a d'ailleurs lui aussi commencé à proposer un système de don en plus de ses chaînes payantes, alors que d'autres proposent aussi un système de pourboire, les « tips » qui sont aussi largement utilisés dans le milieu des contenus pour adulte.

Avec les vidéos sponsorisées, multipliez vos revenus

Il existe cependant d'autres types de financement qui lient directement le contenu à un sponsor. On appelle donc cela des vidéos... sponsorisées. Et si cette pratique peut être mal vue des internautes, l'opération est surtout très lucrative. Dans une partie dédiée à l'augmentation de la monétisation de ses membres, Wizdeo décrit parfaitement le concept : « Vous êtes payé pour la production et la diffusion de vidéos spécifiques auxquelles s’associent des marques prestigieuses. Ces opérations dites de « branded content » vous sont proposées en adéquation avec la ligne éditoriale et les spécificités de votre chaîne et peuvent vous permettre de multiplier par 20 vos revenus. »

Si la plupart des créateurs ne cèdent pas encore à cette méthode, on peut tout de même remarquer une augmentation significative du phénomène ces deux dernières années, à la manière de ce qui se passe avec les sites d'informations et autres blogs. On a par exemple pu voir Golden Moustache, qui fait partie du groupe M6, publier le 20 décembre 2013 une vidéo sponsorisée par SFR, ce qui n'a pas été du goût de tous les internautes.

 

Six mois plus tôt, Orangina a frappé plus fort encore en publiant sur son propre compte un court métrage de 14 minutes mêlant une vingtaine d'acteurs et actrices, certains pouvant être qualifiés de purs YouTubeurs. Là aussi, on retrouvait Golden Moustache mais aussi le Studio Bagel (depuis racheté par le groupe Canal), l'opération ayant été relayée dans l'émission Capital... sur M6. Le groupe indiquait ainsi en février être « la marque de référence du Brand Content » avec son équipe d'humoristes. Il est d'ailleurs aussi celui qui gère les espace publicitaires de Norman.

Notez d'ailleurs que les contenus de ces nouvelles stars du web ne sont pas leur seule manière de se faire rémunérer par les marques puisqu'à la manière des animateurs TV, on peut aussi les retrouver dans certains spots, parfois en amont de leurs propres vidéos. Et pour mesurer leur popularité de ces créateurs, on retrouve aussi depuis mars dernier une cérémonie, là aussi organisée par le groupe M6, mais sur W9 : les Web Comedy Awards.

Quand le « sponsoring » n'est pas toujours clairement indiqué

Et le phénomène du contenu sponsorisé ne cesse de s'étendre. Gonzague, connu pour ses canulars et caméras cachées, a par exemple multiplié les vidéos de ce genre, ceci pour des sociétés plutôt variées. S'il a gardé son style habituel, ses fins de vidéos, lorsqu'elles sont sponsorisées, sont toutefois de véritables publicités. Ce même Gonzague a d'ailleurs collaboré avec la banque CIC en diffusant trois défis directement sur le compte YouTube de l'établissement financier. Cyprien, le YouTubeur français le plus suivi avec plus de 6 millions d'abonnés, en a d'ailleurs fait de même pour cette banque française, avec un style digne d'un Gad Elmaleh chez LCL. Le YouTubeur Jeremy a pour sa part donné de sa personne pour Mon Contrat Pro.

Mais le « sponsoring » sur YouTube connait surtout un succès grandissant dans le secteur du jeu vidéo. Cyprien Gaming, la chaîne de Cyprien et Squeezie, a ainsi été la cible d'Un Drop Dans La Mare pour une vidéo vantant un peu trop les atouts du PS+. Plus que la publicité « cachée », c'est surtout le manque de mention indiquant qu'il s'agit d'une publicité qui gêne dans ce cas de figure. Le publireportage a ainsi fait des petits dans le secteur des vidéos. Dans le cas de Cyprien Gaming, poussé par la société Mixicom qui dispose d'une régie publicitaire qui ne cache pas réaliser du publi-rédactionnel, cela passe notamment par ses magalogues : « Mixicom introduit le concept des "magalogues" , qui sont des magazines publi-rédactionnels, gratuits et diffusés sur les lieux de vente, au plus proche des produits chroniqués » explique d'ailleurs la société sur son site.

Cyprien Gaming n'est toutefois pas une exception. Récemment, le Studio Bagel a multiplié les remarques négatives suite à la publication de trois vidéos portant sur un voyage à Los Angeles (le premier épisode par exemple). Centrées sur les péripéties à l'E3 de trois membres du studio (qui appartient désormais à Canal+), les vidéos mettaient surtout en avant des jeux vidéo d'Ubisoft, Far Cry 4, The Crew et Just Dance plus précisément. Sous couvert de second degré, la publicité « cachée » n'en reste pas moins évidente. Et contrairement à la vidéo de Golden Moustache financée par SFR et clairement indiquée comme telle au début de la vidéo, aucune mention n'est ici faite.

Cela ne s'arrête cependant pas là. Le marché du « sponsoring jeux vidéo » semble particulièrement lucratif, puisque le Studio Bagel compte lancer Studio Gaming, une chaîne dédiée aux jeux vidéo donc. Le contenu de cette future chaîne reste encore à déterminer, mais tout semble indiquer que les vidéos financées par Ubisoft pour l'E3 ne soient qu'une entrée en matière.

Questionné par nos soins sur ce sujet délicat, le duo d'Un Drop Dans La Mare (UDDLM) a eu la dent dur. Pour eux, afin de vivre de leurs activités, les créateurs vont « céder à une pratique de plus en plus répandue : le publireportage. L’objectif sera donc pour les YouTubeurs de réaliser des publicités déguisées sous forme de sketch, de tutoriel ou bien de simples conseils afin de promouvoir les avantages d’un produit de l'entreprise qui les aura rémunérés pour. »

« L’utilisation de superlatif tout au long de la présentation du jeu en est la résultante »

Mais concrètement, comment s'organise une vidéo sponsorisée ou un publireportage ? Il existe plusieurs méthodes pour les éditeurs et les constructeurs afin de contacter un YouTubeur, mais deux moyens sont principalement utilisés. Il y a tout d'abord les agences web spécialisées dans ce type de contact. « C’est le cas par exemple de la société influence4you.fr contactée par le studio 505games qui souhaitait faire connaitre le jeu Terraria auprès d’un public orienté Minecraft » nous expliquent Rémi et Thomas d'UDDLM. « La web agency a donc mis en relation le studio avec le YouTubeur Unsterbliicher pour qu’il réalise une vidéo de promotion du jeu. L’utilisation de superlatif tout au long de la présentation du jeu en est la résultante. »

La seconde grande méthode est tout simplement le contact direct. Une entreprise X, via  va ainsi appeler un YouTubeur ou lui envoyer un email afin de négocier contre des produits voire de l'argent une vidéo vantant l'un de ses produits. Pourtant très critiques envers le milieu du jeu vidéo, les deux membres d'UDDLM eux même été contactés afin de faire partager leur avis sur un produit avec leur audience. Il faut dire que du côté des marques même, il y a une pression.

Nombreux sont les responsables marketing qui commencent à se voir imposer par leur hierarchie des objectifs sur les réseaux sociaux, mais aussi sur la notoriété de leurs marques auprès des YouTubeurs, qui son prescripteurs auprès des jeunes. Ils sont donc de plus en plus sollicités pour évoquer tel jeu plutôt que tel autre, afficher tel casque pendant un « Let's play », vanter telle souris, expliquer pourquoi telle carte graphique leur rend de grands services au quotidien, etc. 

Cette pratique est-elle condamnable ? Tout dépend bien entendu si cela est indiqué ou non dans les vidéos. « Sans rentrer dans un conflit juridique, la publicité déguisée est condamnable sur un plan éthique. Partons du principe que quand on tente de dissimuler quelque chose, c’est qu’on n’est pas tout à fait en accord avec sa morale, tout du moins qu’on se sait en désaccord avec la morale d’autrui » résument pour leur part les deux membres d'UDDLM.

Pour le duo, non seulement les méthodes des compagnies sont à pointer du doigt, mais la responsabilité du YouTubeur qui accepte cela est aussi en cause. « Une grande partie de son auditorat est composée de jeunes qui n’ont pas forcément la capacité de discernement suffisante pour reconnaitre une publicité d’un contenu rédactionnel. Ces jeunes se retrouvent face à l’avis biaisé d’une personne dont ils apprécient le travail et écoutent les recommandations. » Et les YouTubeurs, grâce aux statistiques dont ils disposent, connaissent bien l'âge de leurs auditeurs.

« En bout de ligne, c’est l’acheteur qui valide ou non un produit. Et soyons très clair, l’acheteur a validé sur internet le publirédactionnel en consommant du Cyprien Gaming et du jeuxactu, tiré par des célébrités du web. On a beau retourner le problème dans tous les sens, on est toujours seul face à ses choix » conclurent Rémi et Thomas.

Publiée le 26/09/2014 à 17:05