Dans l’œil de la vidéoverbalisation

« Vidéoverbalisation ». Le mot fleurit dans la bouche de plus en plus de villes, et fut même nominé cette année afin de recevoir un Big Brother Award dans la catégorie « Novlang ». Mais de quoi s’agit-il concrètement ? Contrairement à la vidéosurveillance (ou « vidéoprotection », depuis la LOPPSI 2 de 2011), la vidéoverbalisation permet à un agent de police de verbaliser un contrevenant à distance, à partir des images qui lui sont retransmises depuis une caméra installée sur la voie publique. La personne prise la main dans le sac reçoit alors son PV par voie postale, quelques jours plus tard, de la même manière que si elle recevait une amende après avoir été flashée par un radar automatique.

Si ce genre de dispositif est utilisé par plusieurs villes telles que Nice ou Aix-en-Provence depuis plusieurs années, la liste des communes se laissant séduire par la vidéoverbalisation s'allonge progressivement. Cette année, Paris, Marseille ou Puteaux ont ainsi décidé de l’expérimenter, de même que la ville de Saint-Étienne. Mais comment fonctionne précisément la vidéoverbalisation ? Uniquement appliquée aux infractions relatives aux règles de la circulation (stationnement gênant, utilisation des voies de bus, non-respect des stops...), cette technique pourrait-elle être étendue à davantage d’infractions, comme le souhaitaient récemment plusieurs parlementaires UMP au travers d’une proposition de loi ? Pour avoir des éléments de réponse à ces questions, la ville de Saint-Étienne a accepté d’ouvrir ses portes à PC INpact, qui a ainsi pu découvrir les coulisses de ce type de dispositif, au moins tel que mis en place au sein de cette ville depuis le mois d’avril 2013.

 vidéoverbalisation police saint-étienne

De la vidéosurveillance à la vidéoverbalisation

« Les premières caméras ont été implantées en 2001, commence par expliquer Joseph Ferrara, adjoint au maire de Saint-Étienne, en charge de la sécurité et de la tranquillité publique. Dix-neuf caméras ont été installées dans un premier temps, puis déployées progressivement, au fur et à mesure du ressenti des besoins ». D’après lui, « il s’agissait à la fois de "vidéosurveiller" - maintenant de "vidéoprotéger" - et à la fois de dissuader, de gérer les problèmes de crues, d’enneigement, d’amener les services de la voirie à aller là où faut, par exemple en cas d’inondations, etc. » Petit à petit, le parc de caméras s’est développé, tant et si bien que la ville de Saint-Étienne dispose aujourd’hui de 87 caméras de vidéosurveillance.

Mais depuis plusieurs mois, quatre de ces caméras sont également exploitées pour faire de la vidéoverbalisation : deux caméras situées dans la rue dans laquelle se trouve la Préfecture, et deux dans la zone dite « cœur de ville », vers la place Dorian. « Aujourd’hui, contrairement à d’autres villes ayant déjà franchi le pas, on en n’est pas encore à se dire qu’on va mettre des caméras spécialement pour la vidéoverbalisation. Notre démarche, c’est d’utiliser les outils de vidéoprotection existants pour vidéoverbaliser » aime ainsi souligner François Driol, directeur de la police municipale de Saint-Étienne

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Quatre caméras de vidéosurveillance servent pour la vidéoverbalisation

Mais pourquoi compléter la vidéosurveillance par de la vidéoverbalisation ? Joseph Ferrara et François Driol expliquent que les deux zones en question étaient connues de longue date pour être des points noirs, sur lesquels les difficultés de circulation étaient récurrentes. L’idée était ainsi de se servir de la vidéoverbalisation comme d’un outil de dissuasion. À la clé, l’opportunité de résorber ces zones de stationnement anarchique ayant une incidence fâcheuse sur la fluidité de la circulation, et parfois même de nature à créer des dangers (une poussette obligée de passer sur la route à cause d’une voiture garée sur le trottoir, etc.).

Pour François Driol, la vidéoverbalisation correspond de ce point de vue à « une recherche d’efficacité et de fluidité de la circulation ». Cela permet également « de casser les mauvaises habitudes », lesquelles sont liées d’après lui à « un sentiment d’impunité ». D’ailleurs, il n’hésite pas à prévenir : « Avec la vidéoverbalisation, quelqu’un qui nous fait le coup trois fois par jour, on peut le verbaliser trois fois par jour ! ». Au-delà de ça, le chef de la police stéphanoise reconnaît qu’il s’agit également « de rentabiliser » le matériel et les effectifs. Direction justement la salle de contrôle des caméras, afin de suivre le processus de vidéoverbalisation dans ses moindres détails.

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De la rue, l'on peut apercevoir les écrans du CSU à travers la fenêtre de droite du premier étage.

par Xavier Berne Publiée le 04/11/2013 à 13:16