Financement participatif et jeux vidéo, on vous dit tout

Le crowdfunding, ou financement participatif est un principe dont l’existence remonte au XVIIIe siècle, sous la forme d’œuvres de charité. Son fonctionnement est plutôt simple à comprendre : plutôt que de faire appel à quelques investisseurs mettant en jeu de fortes sommes d’argent pour financer un projet, on compte sur un nombre bien plus large d’intervenants fournissant chacun de plus petites sommes, pour arriver au même total.

Le financement participatif, ou crowdfunding, pour les nuls

Les participants reçoivent généralement une contrepartie plus ou moins importante en remerciement de leur investissement. Cela peut être un exemplaire de l’objet du projet, des goodies ou parfois la possibilité de rencontrer les créateurs et d’influer sur le déroulement du processus créatif. Il est à noter que toutes les campagnes sont limitées dans le temps, et qu'en règle générale l'équipe ne touche l'argent qu'à la fin de la collecte si leur objectif est atteint. Mais cela dépend avant tout des plateformes utilisées, comme nous le verrons un peu plus loin.

 

Kickstarter homepage

Toutefois, il faudra attendre la démocratisation d’Internet, pour voir le crowdfunding apparaître dans le domaine culturel. On se souviendra par exemple du film finlandais Iron Sky, sorti l’an passé dont la campagne de financement avait démarré en 2006. Cette méthode gagnera ses lettres de noblesse en France via My Major Company, dont les membres ont financé avec succès en 2008 l’album Toi + Moi d’un certain Grégoire, qui se sera écoulé à plus de 1,2 million d’exemplaires. On peut également noter le financement la même année de l'album Letter to the Lord d'Irma, devenu disque de platine, et rendu célèbre grâce aux publicités pour le navigateur Chrome de Google.

Plusieurs grandes plateformes se partagent ce marché estimé à 2,7 milliards de dollars en 2012 par Vincent Ricordeau, co-fondateur de Kiss Kiss Bank Bank dans son livre Crowdfunding : Le financement participatif bouscule l'économie. Ceci tous projets confondus, sur plus de 300 plateformes. La plus connue d'entre elles est sans doute Kickstarter, qui a redistribué 617 millions de dollars depuis sa création en 2009. En France, les acteurs se multiplient mais l'on retrouve souvent trois intervenants majeurs : Kiss Kiss Bank Bank, My Major Company, et Ulule.

Les développeurs de jeux vidéo s'emparent du concept

Dans le monde du jeu vidéo, cela commencera avec de petits projets indépendants, dont le budget n'excède pas les 100 000 dollars, et là encore, Kickstarter sort du lot. Quelques années plus tard, la plateforme américaine monopolisera la plupart des collectes d'argent pour financer ce secteur spécifique, avec plus de 83 millions de dollars collectés en 2012. Ce grâce à de nombreuses initiatives ayant dépassé la barre du million de dollars, comme la désormais célèbre console Ouya.

D'ailleurs les studios et les fabricants de consoles ne sont pas les seuls à profiter de cette manne financière issue de la foule puisque le milieu du sport électronique commence à s'y intéresser, comme dans le cas de Tales of the Lane, un tournoi français sur League of Legends, promu par l'équipe des célèbres Pomf et Thud.

OUYA

Avec de telles sommes qui entrent en jeu, les grands éditeurs commencent doucement à se pencher sur la question. Celui ayant le plus progressé sur la question est sans nul doute Square Enix.  La société a en effet fait savoir par la voix de son PDG, qu'à l'avenir, certains de ses jeux pourraient être financés de la sorte, tout du moins en partie. Pour l'heure aucun de ses concurrents n'a vraiment réagi, et surtout, aucun n'a souhaité nous répondre à ce sujet malgré nos nombreuses sollicitations. Mais comme nous le verrons, les avantages du crowdfunding pour les créateurs de projets sont multiples. 

Ces créateurs, nous les avons justement interrogés sur leurs motivations et sur leur choix, nous avons pu ainsi nous entretenir avec Chris Roberts, le créateur du célèbre Wing Commander, et actuellement en pleins travaux sur son prochain titre : Star Citizen. Nous avons pu également échanger avec Fabien Culié, plus connu sous le pseudonyme de Chips, l'un des organisateurs du tournoi Tales of the Lane dont nous parlions précédemment. Ce sera l'occasion de découvrir comment ils organisent leurs campagnes et de comprendre leur choix d'opter pour le crowdfunding avec deux cas pratiques assez différents. 

Quelle différence avec la précommande d'un produit ?

Autre point de détail, aux yeux de certains il est difficile de faire la différence entre une simple précommande d'un objet ou d'un service et certains projets de crowdfunding. Et pour cause certains projets ne sont ni plus ni moins que cela.

L'exemple de Tales of the Lane illustre parfaitement ce propos. Fabien Culié, son créateur ne s'en cache d'ailleurs pas vraiment : « En fait, notre crowdfunding n’en était pas vraiment un dans le sens où on vendait par ce biais-là les places de l’évènement en avance. [...] Pour nous, c’était vraiment la prévente de l’évènement qui constituait le cœur de cette campagne de financement. On savait que l’on n’aurait pas assez de sponsoring pour atteindre le budget nécessaire donc on s’est dit que si le public ne participait pas, l’évènement ne pouvait pas voir le jour. C’était crucial pour nous que les gens participent », admet-il.

Précommande Assassin's Creed IV

Le crowdfunding n'est-il qu'un moyen de prendre des précommandes ?

 

Pour Chris Roberts, il y a une différence majeure entre une simple précommande et la participation au financement d'un jeu, il s'agit du retour offert par le studio aux personnes l'ayant soutenu. « Il y a une différence évidente entre simplement précommander un jeu et le financer grâce au crowdfunding. Dans le second cas, la foule est impliquée dans le projet, ce qui n'est pas le cas dans le cadre d'une simple précommande. Et les premiers à soutenir le projet peuvent avoir une voix et véritable impact sur la conception du jeu. En clair, nous construisons un jeu, mais la communauté nous regarde tout au long de la création et peut avoir son mot à dire. Nous interagissons beaucoup avec la communauté, en leur demandant et en écoutant leurs retours.

Et puis si vous vous demandez comment on fait un jeu, les studios qui financent leurs jeux ainsi ne gardent pas leurs portes fermées pendant le temps du développement. On explique clairement à la communauté, "voilà cette semaine on va travailler sur tel ou tel point pendant que telle autre équipe continuera là dessus ", c'est quelque chose qui intéresse et qui amuse beaucoup de gens ».

Quels sont les risques et les dérives possibles de ce système ?

Si de nombreux projets voient ainsi le jour, tout ne se passe pas forcément bien. Certains prennent du retard, d'autres n'aboutissent jamais, ce qui soulève nombre de problématiques. L'une d'entre elles touche justement au rôle des plateformes de financement, sont-elles simplement des intermédiaires ou jouent-elles également un rôle en cas d'échec d'un projet financé ? Nous tâcherons de répondre à ces questions en compagnie de nombreux acteurs du secteur que nous avons interrogés. Vous retrouverez l'intégralité des entretiens par ici :

Enfin, nous étudierons le cas de plusieurs projets, qui vont du simple manque de communication à des dérives plus importantes. Peut-on en tant  que simple contributeur repérer simplement les projets apparaissant comme peu fiables ? Les plateformes opèrent-elles un tri sur les projets mis en ligne ? Nous tâcherons d'y répondre.

par Kevin Hottot Publiée le 25/07/2013 à 15:00