De M6 Vidéo Box à UltraViolet : la copie digitale en question

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La copie digitale : fausse bonne idée

On passera par l'abus de l'utilisation du terme « Digital » en français pour se concentrer sur ce qu'il cache. Pour faire simple, il s'agit d'une version numérique du film qui est mise à votre disposition lorsque vous achetez un DVD ou un Blu-ray, que vous pouvez télécharger et utiliser comme bon vous semble... ou presque.

La « copie digitale » : on cherche à annuler les problèmes, ils s'additionnent

Car comme nous avons pu le voir au fil des années, tout n'est pas si rose, folie des DRM oblige. Afin d'éviter un piratage qui s'est de toute façon développée sur le terrain d'une offre légale bancale, la version numérique mise à disposition par les ayants droits a toujours été plus ou moins limitée.

Elle s'est ainsi souvent avérée inutile pour le consommateur qui pouvait avoir toute raison de croire que l'on se moquait de lui avec cette copie proposée uniquement dans des éditions spécifiques, et plus chères. En effet, la copie digitale était généralement la partie d'un pack comprenant un DVD et un Blu-ray, permettant la lecture sur différents supports contre quelques euros de plus. 

Cinq ans après un premier essai, le bilan est encore plus mauvais qu'à l'époque

La Warner est sans doute la société qui a été la plus active sur ce terrain en France depuis tout ce temps, sans parler de ses différentes tentatives comme la location de films via Facebook. C'est en effet quasiment la seule à avoir proposé une solution, qui a largement évolué au fil des années, pour devenir plus ou moins permissive au gré des modes. Mais surtout, cela s'est fait sans quasiment aucune continuité. Nous avions en effet effectué un premier essai début 2009 avec The Dark Knight et nous avions été relativement déçus.

Si jamais aujourd'hui nous voulions profiter de cette copie digitale, ce serait quasiment impossible. Le téléchargement proposé ne peut être effectué que pendant une courte période et de toute façon, le site n'existe plus. Si le code était à l'époque valable jusqu'en décembre 2014, il aurait donc été inutilisable si nous ne l'avions pas déjà exploité. En fait, nous aurions dû garder le fichier qui n'était alors lisible que dans Windows Media Player pour tenter d'en profiter désormais sous Windows 8.1. Bref, au bout du compte, une galette maltraitée aura plus de chance d'être encore lisible.

Plus récemment, nous avions acheté un Blu-ray de Projet X – film le plus piraté de 2012 – qui, en plus de disposer d'une version longue non censurée, offrait la possibilité de récupérer une copie digitale exploitant la technologie de DivX. Ici, les choses étaient un peu plus simples et passaient par le nouveau portail de l'époque, MyWarner, toujours disponible (mais pour combien de temps ?). Le fichier n'était pas du niveau d'un Blu-ray mais était de plutôt bonne qualité. Problème, il nécessitait DivX Player ou un lecteur physique compatible DivX. C'était néanmoins moins contraignant que notre premier essai, d'autant plus que les adeptes de Windows Media Player pouvaient privilégier ce format.

Un point drôle à noter : ce code n'était pas valable plusieurs années contrairement à celui du film précédent, mais expirait le 18 janvier 2013, l'achat ayant eu lieu pendant l'été 2012. L'autre élément intéressant est que si le film apparaît toujours dans notre compte, le message qui suit une tentative de téléchargement est assez clair :

 Erreur Droits MyWarner

En gros : merci d'avoir payé et d'avoir testé notre solution, mais pour ce qui est d'en profiter pleinement, vous repasserez. Autant dire que là encore, nous aurions dû jouer les archivistes pour avoir accès à une copie numérique. On imagine le résultat si Steam faisait de même avec ses jeux. Pire : le site nous propose de nous abonner à un service... fermé !

L'autre problème de l'époque était l'impossibilité de visionner le film sur un appareil mobile tel qu'une tablette ou un smartphone. Un comble en 2012 ou en 2013.

Flixster : la Warner mise enfin sur le multi-plateformes, mais fait encore des erreurs

La Warner ne semble néanmoins pas avoir lâché l'affaire et à plus récemment lancé une nouvelle solution qui se base sur un service maison : Flixster. Contrairement à ce qui se passe outre-Atlantique où l'ensemble est assez complet, chez nous celui-ci ne sert qu'à une chose : permettre aux clients de la Warner de taper leur code et de disposer d'une solution de lecture multi-plateformes. La promesse est belle mais les détails encore et toujours assez regrettables à analyser.

Flixster

Dans le cas du Blu-ray de Gatsby le magnifique, que nous avons récemment acheté, il nous est ainsi précisé que l'on peut regarder ce film sur ordinateur, tablette ou smartphone. Une évolution donc par rapport à la génération précédente. La durée de validité du code ? Il expire en septembre 2015. La plateforme existera-t-elle encore à ce moment-là ? Mystère et boule de gomme. En lisant les petites lignes, on apprend aussi que l'offre « ne contient pas de fichiers iTunes mais est compatible avec iPhone, iPad, iPod Touch et la plupart des appareils Apple et Android ». De quoi faire plaisir aux adeptes de BlackBerry et Windows Phone qui seront mis de côté une fois de plus. 

Comme toujours on nous précise que « l'utilisateur doit résider en France et avoir plus de 18 ans ». Eh oui, les mineurs sont privés du droit de vote, et de copie digitale. Concernant la qualité du fichier fourni, on apprend juste qu'il est de « définition standard 2D. Bonus non inclus. »

Dans la pratique, c'est un peu la même chose que précédemment, mais sans l'obligation de disposer d'un lecteur spécifique sur la machine. Une application Android et iOS est proposée pour Flixster (à ne pas confondre avec celle du service US) et une fois votre compte créé vous devrez taper votre code. Vous pourrez alors télécharger le film pour une lecture hors ligne ou le lire en streaming. La qualité proposée ne dépendra par contre pas de votre choix mais de votre appareil (smartphone, tablette, etc.).

Sur ordinateur, tout se passera dans le navigateur ou une application dédiée via la technologie Adobe Air. Ne pensez pas que cela fonctionnera pour autant sous Linux, ce n'est pas le cas, puisque seule une image noire s'affiche plutôt que le film espéré. Dommage.

Gatsby Flixster

Le logo UltraViolet apparaît alors que le film n'est pas indiqué comme tel sur sa jaquette

On appréciera aussi que la technologie Air Play d'Apple puisse être utilisée depuis un appareil sous iOS, mais malheureusement uniquement en mode miroir. Il n'existe aussi aucune limite concernant le nombre d'appareils connectés ou de lectures possibles, ce qui est un point intéressant. Bref, il y a du mieux, mais ce n'est pas encore parfait car l'on constate deux manques :

  • Que se passe-t-il si je veux qu'un membre de ma famille ait accès au film acheté ?
  • Pourquoi est-ce que seuls les films de la Warner sont concernés ?

Le cas d'une (malheureuse) tentative isolée : M6 Vidéo Box

Ces deux points trouvent une réponse, mais avant d'aller plus loin, attardons nous sur le second. En effet, la Warner n'est pas la seule à proposer une telle alternative. C'est aussi depuis peu le cas de M6 Vidéo via M6 Vidéo Box. Une solution affichée sur la boîte à grands renforts de logos iTunes et Play Store, mais ne vous y trompez pas, cela ne vous donne pas le droit à un téléchargement sur l'une ou l'autre de ces boutiques. En réalité, c'est une application que vous devrez télécharger par ici (Android) ou par là (iOS).

M6 Vidéo Box M6 Vidéo Box

M6 Vidéo Box sur iPad et son formulaire d'inscription, ouvrant des droits supplémentaires

Une fois de plus, un code sera à y entrer. Vous pourrez choisir de créer un compte ou non, mais contrairement à ce qui était proposé par la solution Flixster utilisée par la Warner, les limitations sont nombreuses, la date de validité étant cette fois le 31 mai 2014 dans le cas du film Insaisissables. En effet, les conditions indiquées sont les suivantes : « 1 seul téléchargement sur la période. Ou bien, enregistrement sur votre compte sur cette même période qui vous donne accès à 4 téléchargements autorisés sur 36 mois ». Vous le sentez revenir l'arrière-goût du sale DRM de 2009, mais en version mobile ?

Les défauts de cette initiative montrent une chose : laisser les différents acteurs tenter leur chance avec des solutions maison pensée par une équipe marketing qui n'a sans doute pas eu l'occasion de tirer profit des erreurs du passé n'est pas une bonne chose. Outre les deux points précédents, il faut donc rajouter un troisième impératif à une solution un tant soit peu intéressante : qu'elle soit exploitée par les différents studios, d'une manière unifiée.

par David Legrand Publiée le 24/12/2013 à 12:12