du 30 avril 2020
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Le calvaire des détenus américains tracés par une application

Aux États-Unis, dix villes au moins obligent certains détenus à installer une « solution GPS techniquement avancée », Guardian, téléchargée jusqu'à 50 000 fois, lorsqu'ils sont libérés en conditionnelle. 

Une longue enquête de Gizmodo narre les déboires, voire le calvaire, vécus par certains d'entre eux, « au point de les terroriser psychologiquement autant que les mettre en danger de retourner en prison ».

Lancée en 2015, elle est commercialisée (90 dollars par mois à la charge du détenu) comme un outil censé réduire les coûts et profiter de la technologie de suivi existante dans les smartphones pour une libération conditionnelle plus transparente et plus pratique. 

Les utilisateurs sont invités à lire une série aléatoire de chiffres dans l'application. Guardian analyse ensuite cet enregistrement à l'aide d'une combinaison de données de géolocalisation et de reconnaissance vocale ou faciale.

Une des détenues interrogées par Gizmodo raconte comment elle en est arrivée à supplier son agent de supervision de lui installer un bracelet électronique à la place : en pleine nuit, toutes les demi-heures, l'application déclenchait en effet l'alarme d'avertissement censée intervenir lorsque le détenu n'était pas chez lui. 

Devant lui permettre, dans certaines conditions, de sortir de chez elle, elle en était paradoxalement arrivée à ne plus sortir du tout. « Guardian m'a coûté mon travail », explique une autre personne à qui l'application demandait de s'enregistrer plus de dix fois par heure. « La nuit, je ne pouvais pas dormir, puis au travail, je devais répondre à l'application tout le temps. » Or, dans la moitié des cas, elle ne reconnaissait pas exactement son visage ou sa voix.

Les détenus interrogés par Gizmodo expliquent que l'outil est défectueux au point d'être inutilisable, à force de signaler leurs emplacements de manière erronée, de ne pas reconnaître les données biométriques sur lesquelles elle s'appuie et de leur demander de s'enregistrer si souvent que cela rend la vie quotidienne presque impossible.

Presque tous les avis au sujet de Guardian sur le Google Play Store sont négatifs. Les experts en sécurité à qui Gizmodo a demandé de l'examiner ont qualifié son code, prototypé en 60 jours par une société disposant notamment d'une équipe d'ingénieurs au Pakistan, de « bâclé » et « irresponsable ». 

De plus, elle serait susceptible de pouvoir enregistrer et stocker des fichiers audio à partir du microphone de l'appareil. Ce, à l'insu de ses utilisateurs.

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