500 auteurs dénoncent la surveillance de masse et en appellent à l'ONU

Happy hour : toujours plus de pression

Cinq cent personnalités du monde des arts - en grande majorité des auteurs - ont signé une pétition et une lettre ouverte réclamant des Nations unies qu’elles mettent en place une déclaration internationale des droits numériques de chacun. Un coup d’éclat qui prend place alors même que Microsoft, Apple, Google et d’autres géants du Net demandent au gouvernement américain des limites claires au pouvoir des agences de renseignement.

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Crédits : julesxt, licence Creative Commons

Une accumulation de pression 

Depuis la révélation initiale du programme de surveillance Prism, les activités de la NSA sont passées au microscope de plusieurs journaux. Les articles sont alimentés par les documents dérobés par le lanceur d’alertes Edward Snowden, depuis en asile politique en Russie. Le scandale s’est élargi et englobe désormais l’ensemble des méthodes de surveillance de nombeux pays, en particulier le Royaume-Uni, partenaire privilégié des États-Unis dans la traque des terroristes. Carnets d’adresses, positions géographiques, données personnelles, méthodes d’interception sur les câbles sous-marins, contournements des protections : de nombreux aspects ont été abordés sur les derniers mois.

 

Hier, l’affaire a pris un nouveau tournant avec l’association d’AOL, Apple, Facebook, Google, LinkedIn, Microsoft, Twitter et Yahoo. Huit entreprises importantes dans le monde de la high tech et des technologies internet qui n’hésitent plus à réclamer du gouvernement américain des mesures claires pour limiter les pouvoirs des agences de surveillance et mettre en place une véritable structure de communication et de transparence. Elles réclament notamment la possibilité de communiquer plus en détail sur les requêtes qui leurs sont envoyées pour fournir des données sur des cibles potentielles.

Cinq cent auteurs demandent une déclaration internationale des droits numériques

Cette fois, ce sont plus de 500 personnalités du monde artistique, en grande majorité des auteurs, qui se réunissent autour d’une lettre ouverte et d’une pétition. Une lettre qui prend l’apparence d’un constat général sur la surveillance des données ainsi que sur les dangers inhérents à cette activité pour le respect du droit à la vie privée. Provenant de 81 pays et incluant notamment cinq prix Nobel (Orhan Pamuk, J.M. Coetzee, Elfriede Jelinek, Günter Grass et Tomas Tranströmer), ces auteurs s’inquiètent des dérives d’un régime dirigé par la peur.

 

Prenant appui sur les révélations diffusées depuis plusieurs mois par des journaux tels que le Guardian, le Washington Post ou encore Der Spiegel, l’union des auteurs a à cœur de réaffirmer certains principes clairs : « Le pilier de base de la démocratie est l’intégrité inviolable de l’individu. L’intégrité humaine s’étend au-delà de son corps physique. Dans leurs pensées, dans leur environnement et dans leurs communications personnelles, tous les humains ont le droit de passer inaperçu et de ne pas être maltraités. Ce droit humain fondamental a été rendu nul et non avenu par l’abus de développements technologiques par des États et des entreprises à des fins de surveillance de masse ».

« Une société sous surveillance n’est plus une démocratie » 

La lettre rappelle qu’une « personne sous surveillance n’est plus libre », qu’une « société sous surveillance n’est plus une démocratie » et que « nos droits démocratiques doivent s’appliquer tant dans l’espace virtuel que dans l’espace réel ». Les auteurs dressent en outre une série de constats simples :

  • « La surveillance viole la sphère privée et compromet la liberté de pensée et d’opinion.
  • La surveillance de masse traite les citoyens comme autant de suspects. Elle rejette l’un de nos triomphes historiques, la présomption d’innocence.
  • La surveillance rend l’individu transparent, alors que l’État et les entreprises opèrent en secret. Comme nous l’avons vu, ce pouvoir fait souvent l’objet d’abus.
  • La surveillance, c’est le vol. Ces données ne sont pas la propriété publique : elles nous appartiennent. Quand elles sont utilisées pour prédire notre comportement, on nous dérobe autre chose : le principe de libre arbitre crucial à la liberté démocratique. »

Les auteurs demandent donc une transparence complète sur les opérations effectuées sur leurs données : leur enregistrement, leur analyse, et plus globalement qui accède à quoi. Ils réclament également le droit pour chaque citoyen de pouvoir savoir où ses données sont stockées et d’en obtenir la suppression si la collecte est illégale. La lettre présente une autre demande importante : les Nations unies devraient créer une déclaration internationale des droits numériques, tout en appelant les États et les entreprises à respecter ces droits.

Un mouvement né en Allemagne 

Comme l’indique The Guardian, l’initiative n’est pas nouvelle et a démarré en Allemagne, à la lumière des premières révélations d’Edward Snowden. Il y a plusieurs mois donc, un groupe d’auteurs avait contacté la chancelière Angela Merkel pour l’interpeler sur les dangers de cette surveillance de masse. Depuis, le mouvement a gagné un nom, « Writers Against Mass Surveillance », et s’est largement internationalisé.

 

La liste complète des signataires comprend plus de 500 noms dans lesquels on retrouve 24 Français. Il est d’ailleurs amusant d’y retrouver Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture sous Nicolas Sarkozy et qui a tant défendu le fonctionnement de la Hadopi. Une institution dont le principe même repose sur la surveillance des échanges sur réseau peer-to-peer, et qui n’a pas hésiter à flirter avec le filtrage par DPI dans le passé.

 

Quoi qu’il en soit, cette initiative prend place après des mois de scandales à répétition au sujet du monde du renseignement. On notera d’ailleurs que la demande des auteurs concerne les Nations unies, qui ont annoncé récemment qu’une enquête s’ouvrait pour vérifier si les infrastructures de supervision des agences de sécurité répondaient bien aux critères fixés par l’organisation.  

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