« Piratage » : un sondage du JT de France 3 voilé sur le direct, pas sur le Net

Flood to cry

« Être licencié pour port du voile au travail vous choque-t-il ? » Hier, lors du Grand Soir 3, le journaliste Louis Laforge a finalement refusé de communiquer les résultats de ce sondage en ligne. Durant le direct, la rédaction a justifié d’un possible cas de piratage. Problème, en effet, ces sondages en ligne sont facilement manipulables. Explications.

La Cour d'appel de Paris a estimé justifié le licenciement pour faute grave d'une jeune femme voilée, salariée de la crèche Baby-Loup à Chanteloup-les-Vignes. Cette employée refusait en effet de retirer son voile islamique sur son lieu de travail, au grand dam de son employeur qui l’a licenciée pour faute grave. 

 

La rédaction du Grand Soir 3 a du coup lancé hier un sondage pour savoir ce qu’en pensaient les téléspectateurs. « Être licencié pour port du voile au travail vous choque-t-il ? » questionne France Télévisions. Le sondage devait en effet alimenter le fil du JT afin de présenter une prise de température, à moindres frais, de l’opinion des internautes.

 

 

Problème, comme on peut le voir dans l’extrait ci-dessus, la rédaction a finalement refusé la diffusion de ces données. Le malaise du présentateur est palpable : « à propos du licenciement, j’aimerais vous donner les résultats de la réponse à notre question… » une introduction suivie d’un curieux blanc, avant une porte refermée : « je ne vous donne pas les réponses à la question parce que nous ne l’avons pas encore, il y a énormément de votants ce soir. »

 

Énormément de votants ? Les explications viendront sur le plateau quelques minutes plus tard : « Nous n’avons pas pu donner la réponse à la question à cause d’une activité anormale ce soir sur le site de France TV Info. », une activité anormale « qui ressemble en gros à du piratage »

 

sondage france 3

 

Les résultats définitifs font apparaître 108 412 personnes choquées par ce licenciement, contre 20 635 qui ne le sont pas et 1335 qui ne se prononcent pas.

 

Selon un contact, bien informé, « dans ce type de sondage en ligne, en fonction dont le système a été désigné, une ligne de code suffit parfois pour faire pencher la balance. D’autres fois il en faut une vingtaine ». Comme avec le sondage de France 3, les sites inscrivent un cookie sur l’ordinateur de celui qui a voté. Dans pareils cas, il suffit de supprimer cette petite trace sur l’ordinateur local de manière automatisée puis de boucler la procédure de vote. Et hop ! Parfois des manipulations supplémentaires sont exigées lorsqu’un contrôle de l’IP a lieu. Il suffit de se déclarer sous une fausse IP tirée au sort et le tour est là encore joué.

Flood, flood, flood

Ici, il y a eu vraisemblablement un vote massif, avec des dizaines de milliers de votes pour faire pencher artificiellement la balance du résultat (en l’occurrence le « oui »). En ralentissant le « flood », ce déluge de votes, la question est du coup de savoir si cette manipulation aurait pu passer inaperçue. « Il n’y a généralement que trop peu vérification dans ces démarches. En prenant plus de précautions, il est facile de temporiser ce flood, ca serait passé comme une lettre à la poste. La question reste de savoir quelle est la crédibilité de ces opérations » nous indique une source bien informée.

 

« Dans tous les cas, quand on fait du sondage anonyme, c’est toujours un peu compliqué de faire en sorte que ce soit propre, d’autant qu’il est toujours simple de faire des faux comptes » ajoute un autre contact.

 

La question est en effet de connaître la validité des sondages réalisés sur Internet à peu de frais par les rédactions. « Nous arrivons à un moment où l’opinion est facilement manipulable » juge notre correspondant. « Ces sondages provoquent des effets de foules. Si les gens commencent à douter de tout, ils vont finir par réfléchir par eux-mêmes. »

 

Capture du site en fin de matinée

 

Fait notable, alors que France 3 sait que les résultats de son sondage sont bidons, au point de ne pas le diffuser dans son émission de TV, elle les a laissés sur son site internet sans nuance. Comme si cet environnement était une seconde zone où tout et n'importe quoi peut être balancé aux internautes. Qu'en pense Malek Boutih ou le CSA ?

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