Ivy Bridge-E : Intel met à jour sa plateforme LGA 2011 avec de nouveaux CPU

Chronique d'une série de tests ratés

Comme nous l'évoquions au sein de notre récent dossier sur ce que nous préparent les constructeurs pour les mois à venir, Intel a enfin décidé de mettre sur le marché sa gamme de processeurs Ivy Bridge-E. Un remplaçant de Sandy Bridge-E qui se sera fait attendre puisque les Core i7 3960X sont sortis il y a près de deux ans. La bonne nouvelle ? La plateforme reste la même. La mauvaise ? Il ne faut pas s'attendre à une révolution.

Il y a deux ans maintenant, Intel dévoilait Sandy Brige-E, son chipset X79 et le socket LGA2011. Prenant la suite du LGA1366 il permettait de profiter de la dernière architecture de la marque avec un maximum de six cœurs, de la DDR3 sur quatre canaux, et (presque) du PCI Express 3.0. Nous avions à l'époque effectuée une analyse sous Windows et sous Linux du modèle le plus haut de gamme : le Core i7 3960X, une puce de la gamme Extrême proposée à 990 $.

 

 

Il était bien entendu proposé dans des modèles plus abordables tels que les Core i7 3930K (555 $) et le Core i7 3820 proposé au niveau de celui d'un Core i7 2700K qui nécessitait, lui, un simple socket LGA1155 et faisait partie de la famille Sandy Bridge. Pour rappel, la génération « E » est en fait surtout à la base des puces Xeon de la marque, qui peuvent être utilisées par deux ou plus selon les cartes mères, contrairement aux modèles proposés au sein de la gamme Core i7.

 

Il s'agit donc surtout ici de versions haut de gamme pensées pour des utilisateurs qui ont des besoins spécifiques, plutôt que pour une révolution du genre en terme de rapport performances / prix. Ils sont en effet les seuls du marché à intégrer six cœurs complets, un avantage net dans certaines applications qui permettent à Intel de continuer à pratiquer des tarifs relativement importants sans trop se soucier de la concurrence, qui a déjà bien du mal à lutter avec les Core i7 de la gamme standard.

Ivy Bridge-E : un héritier sur socket LGA2011, qui s'est fait attendre

Quoi qu'il en soit, nous attendions avec impatience la relève, qui tardait franchement à se montrer. On avait ainsi même vu un Core i7 3970X être lancé fin 2012. Les indications de retard se sont franchement cumulées avec le temps, et c'est finalement au bout de deux ans que la relève est enfin officiellement là : Ivy Bridge-E. Comme pour le passage de Sandy Bridge à Ivy Bridge, tout se fait sur un même socket et le chipset n'a pas à être modifié. Du coup, vous pouvez réutiliser votre plateforme qui a deux ans sans problème, sous certaines conditions que nous étudierons un peu plus loin.

 

Core i7 4960X Slides Core i7 4960X Slides

 

Le désavantage de cette nouvelle, c'est que le chipset était justement l'un des plus gros points faibles de cette génération. Le X79 est en effet un modèle gravé en 65 nm, avec un TDP de 7,8 watts, qui supporte bien le S-ATA 6 Gb/s sur six ports, mais pas l'USB 3.0. Résultat, la plateforme consommait plus que ce que l'on peut avoir sur du LGA115x et ne disposait pas nativement des connectiques les plus récentes.

 

Si cette compatibilité est intéressante, on aurait sans doute trouvé appréciable qu'Intel mette au passage un chipset plus récent sur le marché. Les constructeurs de cartes mères aussi d'ailleurs, mais ils devront au final attendre l'année prochaine et l'arrivée du X99 pour que ce soit le cas (voir notre dossier). On passera alors à Haswell-E ainsi qu'à la DDR4, qui commence à faire parler d'elle entre la mise en production de masse par Samsung et G.Skill qui annonce qu'il va effectuer ses premières démonstrations.

Un CPU bien plus petit, qui ne révolutionnera pas le genre

Mais du côté du CPU, qu'y a-t-il de nouveau exactement ? Comme son nom l'indique, celui-ci bénéficie de l'architecture Ivy Bridge, il dispose donc de ses évolutions que nous avions détaillées au sein d'un précédent dossier, notamment pour ce qui est des fonctions relatives à la sécurité telles que Secure Key / OS Guard, nous n'y reviendrons donc pas.

 

Core i7 4960X Slides

 

Tout ce qui touche à la partie graphique, comme Quick Sync Video (QSV) par exemple, est par contre à oublier, puisque celle-ci est une fois de plus absente de ce processeur. Certains regretteront sans doute ce choix, surtout que la puce est bien plus compacte et légère en transistors que précédemment. On passe en effet de 2,27 milliards à 1,86 milliard, et de 435 mm² à 257 mm². Une densité une fois de plus en hausse, merci le passage du 32 nm au 22 nm. Physiquement, il restera inchangé par contre, à quelques détails près sur son dos.

 

Pour le reste, il ne faut pas s'attendre à de grandes nouveautés, et Intel ne s'attarde pas vraiment sur les atouts de sa nouvelle puce qui propose jusqu'à six cœurs avec gestion de l'Hyper-Threading, le Turbo Boost 2.0, jusqu'à 15 Mo de cache, AVX, AES-Ni, un contrôleur mémoire DDR3 pouvant grimper nativement jusqu'à 1866 MHz et 40 lignes PCI Express 3.0. Celles-ci peuvent être découpées de la sorte :

  • x16 / x16 / x8
  • x16 / x8 / x8 / x8
  • x16 / x8 / x8 / x4 / x4

L'overclocking bénéficie aussi des avantages liés à Ivy Bridge. Le coefficient maximal passe ainsi de 57 à 63, les paramètres peuvent être ajustés en temps réels. Mais l'on peut toujours modifier la fréquence de base via des multiplicateurs de 1,25 et de 1,67. Du côté de la mémoire, celle-ci peut grimper par palier de 266 MHz et le support du XMP 1.3 est toujours de la partie.

 

Core i7 4960X Slides Core i7 4960X Slides

 

Intel en profite d'ailleurs pour revoir son application XTU qui passe en version 4.2 pour l'occasion (nous n'avons pas eu l'occasion de la tester). Celle-ci propose une meilleure intégration d'HWBot, mais surtout, un fonctionnement spécifique par application avec un système de profils comme on peut en voir dans le milieu des cartes graphiques. Reste à voir ce que cela vaut dans la pratique.

Une gamme et des prix qui n'évoluent pas, l'effet direct du manque de concurrence

Au final, la gamme est plutôt identique à ce qui était proposé précédemment, avec trois modèles qui affichent tous un TDP de 130 watts. Ils font par contre cette fois tous partie de la gamme K ou X et proposent donc toutes les fonctionnalités en termes d'overclocking. C'est donc la fin de la mesquinerie du Core i7 3820. 

 

Core i7 4960X Slides

 

Comme vous pouvez le voir aussi dans le tableau ci-dessus, les tarifs n'évoluent pas, tout comme le cache ou le nombre de cœurs. Vous attendiez des modèles qui en intègrent six pour un peu plus de 400 € ? Dommage. Intel n'étant pas franchement sous la pression de la concurrence, on a donc droit à une évolution plutôt tranquille, certains diraient même « pépère ». 

 

C'est uniquement du côté des fréquences que l'on note un petit gain, mais cela reste assez léger puisque c'est surtout la valeur nominale (qui n'est jamais appliquée dans la pratique) qui est modifiée : 

  • Core i7 3820 > 4820K : +100 MHz / Turbo identique
  • Core i7 3930K > 4930K : +200 MHz / +100 MHz pour le Turbo
  • Core i7 3960X > 4960X : +300 MHz / +100 MHz pour le Turbo

Attention néanmoins, ces écarts pourraient être différents dans la pratique. En effet, le Core i7 3960X avait un Turbo qui lui appliquait en réalité une fréquence entre 3.6 GHz et 3.9 GHz selon le nombre de cœurs. Pour le 4960X, il sera question de 3.7 GHz à 4 GHz, ce qui est donc au final un simple gain de 100 MHz.

Une disponibilité le 10 septembre, pour une mise à jour mineure ?

Intel ne s'y trompe d'ailleurs pas, et il est le premier à indiquer que les gains en termes de performances ne devraient pas être énormes. Bref, il faut s'attendre à du mieux du côté de la consommation, mais pas à une révolution sur les performances ou de prix. Un point d'autant plus regrettable que la puce est sans doute bien moins coûteuse à produire.

 

Core i7 4960X Slides Core i7 4960X Slides

Le Core i7 4960X, surtout une bonne alternative au... 4770K, trois fois moins cher

 

La disponibilité de ces modèles est au final attendue chez les revendeurs pour le 10 septembre prochain, soit juste avant l'ouverture de l'IDF de San Francisco. Il sera intéressant de voir si, cette fois encore, on aura droit à une bataille pour savoir qui sera le premier à mettre en ligne, et surtout, si tout le monde attendra bien quelques jours de plus ou non.

Intel ne met pas à jour sa carte, ASUS se perd dans les optimisations

Mais au final, comment tout cela se passe dans la pratique ? Tout d'abord, il faut savoir qu'Intel a décidé de saborder son propre lancement avec une mauvaise nouvelle : la carte mère officielle du constructeur, la DX79SI, n'est pas mise à jour avec un nouveau BIOS permettant de supporter les Ivy Bridge-E. Cela ne semble d'ailleurs pas au programme, pour une raison qui ne nous a finalement pas été précisée.

 

Les constructeurs ont, eux, pris les devants. Comme nous l'avions évoqué dans notre dossier, MSI a par exemple proposé un tableau afin d'indiquer le timing de mise à jour de ses cartes :

 

Mise à jour BIOS UEFI MSI Ivy Bridge-E

 

D'autres ont fait les choses plus ou moins discrètement dans le courant du mois d'août. Et dans la pratique, tout se passe bien. Il faut par contre que la carte soit à jour afin d'utiliser le nouveau CPU. Vérifiez donc bien auprès de votre revendeur que c'est le cas lors de votre achat. Attention aussi si vous effectuez une mise à niveau de votre machine. 

ASUS et ses UEFI complètes, aux réglages incompréhensibles

Il y a néanmoins un cas particulier qui est à évoquer, une fois de plus : celui d'ASUS. La marque a en effet mis les bouchées doubles puisqu'elle propose une page dédiée expliquant la procédure de mise à jour de ses cartes actuelles, vidéos à l'appui, mais aussi un nouveau modèle : la X79 Deluxe.

 

Attention, il ne faut pas confondre celle-ci avec la P9X79 Deluxe, dont elle se différencie principalement de par sa robe jaune et sa connectique qui est désormais bien mieux fournie. Elle bénéficie aussi des dernières nouveautés du constructeur en termes de fonctionnalités et du Wi-Fi 802.11ac / Bluetooth 4.0 par exemple :

 

ASUS X79 Deluxe

 

Le problème, c'est qu'en deux ans, les ingénieurs de la marque n'ont toujours pas compris ce que l'on avait déjà pu leur reprocher à l'époque, et continue à fournir une carte qui est inutilisable pour les testeurs, mais surtout, ne permet pas un fonctionnement correct du processeur utilisé. 

 

En effet, tout comme nos confrères, nous avons effectué notre première série de tests il y a quelques jours, lorsque le Core i7 4960X est arrivé dans nos labos. Nous utilisions alors la X79 Deluxe que la marque avait mis à notre disposition. Notre première série de relevés était plutôt bonne dans de nombreux tests, mais incohérente sur d'autres. La consommation un brin trop élevée, le score Cine Bench 11.5 l'était aussi... bref, il y avait un problème.

 

Ivy Bridge-E CineBench loupé 3.7 GHz Ivy Bridge-E CineBench loupé 4 GHz

Le bon score à 3.7 GHz / Le mauvais score à 4 GHz

 

Comme nous sommes plutôt habitués aux UEFI capricieuses d'ASUS, nous avons commencé à regarder comment se comportait le CPU au niveau de sa fréquence, en fonction des tests. Et quelle ne fut pas notre surprise de constater qu'il grimpait à 4 GHz lorsque six cœurs étaient actifs, ce qui ne devrait pas être le cas. En effet, bien qu'Intel ne nous ait pas encore confirmé l'information, il semblerait que le comportement normal de ce modèle soit le suivant au niveau de son coefficient multiplicateur, en fonction du nombre de cœurs actifs :

  • 40 / 39 / 39 / 38 / 37 / 37

Ici, nous avions l'inverse. Impossible de dépasser les 3.6 GHz lorsqu'un seul cœur est utilisé selon les remontées de CPU-Z et du gestionnaire des tâches de Windows 8, et notre fréquence était bien trop haute dans les autres cas. Lors du lancement du Core i7 3960X où nous avions relevé les mêmes problèmes, ASUS avait mis à disposition de la presse un correctif ainsi qu'une série de précisions afin de pouvoir obtenir un fonctionnement correct. Là, ce n'était pas le cas. Il nous a simplement été conseillé de tout passer en mode automatique, mais alors, les fréquences relevées semblent la encore mauvaises.

Un lancement précipité et des constructeurs qui vont parfois trop loin

Nous avions bien entendu remonté ces informations au constructeur qui est en train de voir avec ses équipes ce qui se passe exactement, et nous allons tenter d'en savoir plus en effectuant quelques tests complémentaires assez rapidement. Mais au final, on ne peut que regretter que la tonne d'optimisations proposées vienne autant nuire à l'exploitation d'un produit.

 

ASUS X79 Deluxe UEFI ASUS X79 Deluxe UEFI

L'UEFI d'ASUS et son bloubi-boulga de réglages

 

Certes, ces soucis seront sans doute rapidement corrigés et les UEFI ne sont que les premières versions pensées pour Ivy Bridge-E, mais même au bout de deux ans, on a l'impression que rien n'a été retenu. On se retrouve donc avec un lancement pas forcément très bien maîtrisé, qui donne un arrière goût de précipitation. On se demande d'ailleurs comment Intel peut laisser passer de telles pratiques sur la modification du fonctionnement de son mode Turbo Boost 2.0.

 

Il serait intéressant au final qu'ASUS se mette enfin à proposer clairement un mode où le fonctionnement natif du processeur est assuré. Il serait d'ailleurs aussi appréciable de pouvoir visualiser le détail du fonctionnement des coefficients en fonction des réglages de la carte afin de pouvoir s'assurer de la cohérence de ceux-ci. Car, bien que la capacité ou non d'un produit à faire perdre du temps aux testeurs ne soit pas franchement un souci qui préoccupe l'utilisateur final, celui-ci pourrait aussi rencontrer des soucis similaires et avoir au final ce même genre de préoccupations. 

Au final, nous avons enfin une machine qui fonctionne (à peu près)

Une carte mère officielle, pas mise à jour, un constructeur qui se mélange les pinceaux dans les optimisations, ce test commençait donc décidément bien. Heureusement, nous avions à notre disposition une carte mère ASRock X79 Extreme-4M, un modèle Micro ATX que nous avons mise à jour hier dans la soirée afin de vérifier que le souci était bien imputable à ASUS.

 

 Core i7 4960X

 

Elle nous a confirmé que c'était bien le cas puisque le comportement du CPU semble correct, tout comme la consommation, et les résultats sont plus cohérents. Tout n'était pas parfait pour autant puisque la carte refuse pour le moment de s'éteindre correctement, alors que celle d'ASUS refusait de redémarrer complètement. Quand on vous dit que tout n'était pas prêt pour les tests.

 

Quoi qu'il en soit, nous avons monté le tout avec une GeForce GTX 780 de référence signée Zotac, ainsi que 4x 4 Go de DDR3 de chez Corsair, disposant d'un profil XMP et capables de tenir les 2133 MHz (11-11-11-37). Nous nous sommes ici limités à 1333 MHz, pour nous assurer de ne pas avoir de mauvaise surprise. Et voici donc notre résultat CineBench final pour un Core i7 3960X puis un 4960X :

 

Ivy Bridge-E CineBench 3960X Ivy Bridge-E CineBench 4960X

Nos scores sur le Core i7 3960X, puis le 4960X

 

Comme on peut le voir, et comme c'était assez attendu, la différence est faible et sans doute principalement dûe au gain en fréquence. Avec un seul cœur d'utilisé, on ne constate donc pas de grand écart. Avec six, le gain est de 5,8 % pour une fréquence améliorée de 2,7 %. Les résultats semblent au final assez cohérents avec ce que nous obtenions lors des tests du Core i7 3960X, il faudra voir si cela se confirme lors de prochains essais.

 

Côté consommation, au repos, notre machine passait par contre de 63 à 60 watts environ, contre 199 à 162 watts en pleine charge sous Cine Bench 11.5 avec tous les cœurs actifs. Un écart cette fois plutôt appréciable. 

 

Malheureusement, nous ne pourrons pas effectuer l'ensemble de nos essais avec cette plateforme pour le moment. Nous allons donc tenter de voir avec Intel afin de pouvoir reprendre tout cela en repartant de zéro dès notre retour de l'IDF. En attendant, nous vous inviterons à suivre les essais de nos confrères via une revue de presse qui sera publiée dans la matinée, afin de vous faire un avis définitif sur ce nouveau CPU. 

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