Thom Yorke critique le modèle économique de Spotify et quitte ce dernier

Une critique globale du streaming audio

Lors du dernier week-end, Thom Yorke, du groupe Radiohead, ainsi que son producteur Nigel Godrich, ont annoncé avoir supprimé de Spotify (et de Deeezer) certains titre et albums comme Eraser et Amok. En cause, les trop faibles avantages financiers tirés de ce type de plateforme. Et ils ne sont pas les seuls dans cette situation.

Spotify The Eraser Thom Yorke
The Eraser, l'album solo de Thom Yorke, a disparu de Spotify sur demande de l'artiste et de son producteur.

Des gains par écoute dérisoires

Véritables phénomènes ces dernières années, les plateformes de streaming audio comme Deezer, Spotify, Rdio, Grooveshark, etc. sont vues comme d'excellents moyens de lutter contre le téléchargement illégal. Fortes d'un catalogue important, d'une disponibilité sur de nombreuses plateformes (smartphones, tablettes, TV, et même des voitures) et de forts partenariats avec les opérateurs mobiles, ces plateformes cumulent des millions d'utilisateurs à travers le monde.

 

Mais depuis un certain temps, les gains dérisoires pour les artistes et les labels sont régulièrement pointés du doigt. En novembre 2011, le distributeur britannique ST holdings, qui regroupe environ 240 labels indépendants, annonçait déjà qu'il se retirait de Spotify pour des raisons financières. En juin 2012, The Trichordist, un label indépendant présent sur plusieurs plateformes de musique en ligne, divulguait ses gains en fonction des écoutes et des plateformes :

  • Zune : 15 159 titres écoutés - 437,58 $ (0.028 $/titre, 1/25ème d’un titre téléchargé sur iTunes).
  • Napster : 30 238 titres écoutés - 479,07 $ (0.016 $/titre, 1/43ème d’un titre téléchargé sur iTunes).
  • Rhapsody : 50 822 titres écoutés - 668,57 $ (0.013 $/titre, 1/53ème d’un titre téléchargé sur iTunes).
  • Spotify : 798 783 titres écoutés - 4277,39 $ (0.005 $/titre, 1/140ème d’un titre téléchargé sur iTunes).

Comme vous pouvez le remarquer, malgré près de 800 000 écoutes, soit 52 fois le nombre d'écoutes sur Zune de Microsoft, Spotify n'avait généré que 9,8 fois plus de revenus. Un constat qui fut confirmé plus tard par d'autres artistes et labels.

Un intérêt de visibilité plus que financier

Au début de l'année, le label indépendant Talitres nous confiait que les plateformes de streaming audio n'avaient pas un avantage financier, mais plutôt de promotion :  « Sur les abonnements Premium de Deezer par exemple, le taux de reversement est de 0,08 centime. Pour tout ce qui est offres gratuites, on est à 0,0015 centime par écoute. (...) À l’heure actuelle, mon point de vue est relativement simple : il est de dire que plus que des plateformes qui vont générer des revenus pour les labels, ce sont des plateformes qui nous permettent de communiquer, d’avoir un acte de promotion et de relais pour nos artistes. Ce sont des sites qui peuvent nous permettre, outre le streaming qui ne rapporte presque rien du tout, d’engendrer des actes d’achat ou des gens qui viennent aux concerts. Pour moi, ce sont plus des plateformes promotionnelles qu’autre chose. »

 

Ce point de vue, partagé par certains labels, implique donc de mesurer les avantages en matière de promotion ou non, dès lors que le côté financier reste très secondaire. Pour Thom Yorke et Nigel Godrich, plutôt connus, la question ne se pose plus et ils ont dit adieu aux albums solos du premier et aux titres du groupe Ultraísta. Dans un tweet publié hier, Godrich a ainsi expliqué qu'il s'agissait d'une petite rébellion.

 

« Une équation qui ne fonctionne pas »

Afin de mieux préciser les raisons de ce départ et de cette rébellion, le producteur a fait remarquer qu'il fallait absolument faire quelque chose, que ces plateformes sont « mauvaises pour la nouvelle musique ». Pourquoi ? Car « les nouveaux artistes sont très mal payés avec ce modèle. C'est une équation qui ne fonctionne pas. »

 

Pour Nigel Godrich, l'industrie de la musique est en train de se faire avoir, « et si nous n'essayons pas et ne faisons pas tout pour que ce soit juste pour les nouveaux producteurs de musique et les nouveaux artistes, alors l'art en souffrira ». Le producteur a de plus précisé que les gens ont peur de parler car ils craignent de perdre l'exposition de ces plateformes si elles ne jouent pas le jeu, ce qui va dans le sens des propos du label indépendant cité plus haut.

 

Selon le partenaire de Thom Yorke, si intégrer d'anciens titres déjà rentabilisés dans ces plateformes a un sens, le problème se situe bien pour les nouveaux artistes, pour les titres plus récents. Il explique ainsi que proposer les morceaux de Pink Floyd est tout à fait normal, « mais si les gens les avaient écouté sur Spotify au lieu d'acheter leurs titres en 1973... Je doute fort que Dark Side (of the Moon, ndlr) aurait été fait... Il serait tout simplement trop cher. »

« L'avenir de la musique enregistrée » est en jeu

 

Du côté de Thom Yorke, l'artiste et chef de bande de Radiohead explique sur son compte Twitter que les nouveaux artistes découverts sur les plateformes de streaming audio ne sont pas payés, par contre, les actionnaires des majors ne peuvent en dire autant.

 

L'artiste, en réponse à un tweet lui expliquant que quitter Spotify ne fait que gêner ses fans, a déclaré que Godrich et lui sont « debout pour nos collègues musiciens » et non pour eux-mêmes. Eux sont à l'abri du besoin grâce à leur succès passé, mais la logique est bien sûr différente pour les nouveaux artistes. Godrich, en réponse à un tweet à peu près équivalent, a d'ailleurs répliqué de la même façon, expliquant que leur acte est fait en faveur des « nouveaux producteurs de musique et de l'avenir de la musique enregistrée ». Le producteur a même répondu à un autre message qu'il serait bien que les nouveaux artistes puissent renoncer à leur emploi pour se consacrer entièrement à la musique, sous-entendant que leurs gains sont aujourd'hui tellement faibles qu'ils doivent travailler à côté pour subvenir à leurs besoins et financer leur passion.

Spotify réagit

Suite à cette « rébellion », Spotify a rétorqué qu'il avait d'ores et déjà reversé plus de 500 millions de dollars aux ayants droit et que cette somme allait doubler d'ici la fin de l'année. « Une grande partie de cet argent est investie dans le perfectionnement de nouveaux talents et la production de nouvelles musiques. Nous sommes à 100 % engagés à faire de Spotify le service de musique le plus convivial possible pour les artistes, et nous parlons constamment aux artistes et aux managers sur la façon dont Spotify peut aider à bâtir leur carrière. »

 

Des déclarations peu étonnantes quand on sait qu'en juin 2012, nous révélions que Spotify était déjà la deuxième source de revenus la plus importante derrière iTunes pour le secteur musical en ligne. Néanmoins, iTunes reste un leader incontesté, avec plusieurs milliards de dollars déjà reversés aux maisons de disques. Cela ne dit toutefois pas combien gagnent les artistes. Selon la Spedidam, certains artistes ne reçoivent même strictement rien, tout simplement parce que leurs contrats laissent une porte ouverte à une exploitation en ligne, mais sans aucune contrepartie. Une situation qui profite donc aux labels, mais certainement pas aux artistes.

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